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L'émergence des géants

Ile de Milos, 16 août 1970



La journée avait été dure et le jeune Camus était heureux d’en voir le bout. Son maître, la belle Béatrice, était en train de lui faire quelques remarques sur les enseignements qu’il devait tirer de la journée. Bien qu’il fut impatient de rejoindre Milo, le jeune français ne perdait pas une des paroles prononcées par le chevalier d’argent.


Au cours des derniers mois, qui avait vu perdre ses kilos en trop jusqu’à ce qu’il devienne presque aussi athlétique que son ami grec, le jeune orphelin avait appris à respecter Béatrice du Cerbère.


La femme chevalier regrettait certes toujours son incapacité à pénétrer la carapace de son élève, mais elle se satisfaisait de la relation de confiance qui les liait à présent. La semaine précédente, Camus avait même laissé échapper un « maman » en s’adressant à son maître. Le garçon s’était immédiatement corrigé, il avait même rougi, expression de ses émotions quasiment impensable le concernant, mais le maître n’avait pas manqué d’afficher un sourire satisfait.


Elle avait également fini par acquérir la certitude que le garçon avait un potentiel exceptionnel. Il avait très vite montré des dispositions physiques au-dessus de la moyenne malgré son allure pataude des débuts et elle sentait qu’il comprenait déjà certains grands principes du cosmos. Certains jours elle avait le sentiment qu’il était à deux doigts d’éveiller son sixième sens mais elle avait à chaque fois la vague impression d’aborder la formation du garçon sous un angle légèrement inadéquat, comme si son cosmos encore en sommeil était… subtilement différent de ce qu’elle connaissait.


Elle pensait en tout cas qu’en ôtant les freins mentaux qu’il s’infligeait lui-même, aucun espoir ne serait trop beau le concernant. Et elle espérait parvenir à cet état de fait plus facilement si le garçon acceptait les habitants de l’île comme sa nouvelle famille.


Ils marchaient tous les deux vers le campement lorsqu’ils perçurent simultanément que quelque chose n’allait pas.


Ils regardèrent le ciel orangé où le soleil s’apprêtait à disparaître à l’horizon et le virent se… froisser puis se déchirer en plusieurs dizaines d’endroits. Et des formes noires comme la nuit surgirent soudain de ces déchirures surnaturelles.



* * * * * * * * * * * * * *



Aphrodite et Akiera venaient de dire au revoir à Lyn et se trouvaient sur le perron de leur petite maison. Le temps était agréable selon les standards Groenlandais et le soleil était encore haut dans le ciel malgré l’heure avancée, il ne se couchait de toute façon pour ainsi dire jamais à cette période de l’année. La scène avait été très pudique mais chargée d’émotion. La mère avait donné d’ultimes conseils à son fils, des promesses avaient été échangées puis l’heure du départ était finalement venue.


L’ancien chevalier des Gémeaux, qui portait le sac de son fils, s’apprêtait à ouvrir un passage dimensionnel menant au Sanctuaire. Il concentrait son cosmos pour déchirer la structure de l’espace-temps quand soudain il tomba à genoux en se tenant la tête.


-Papa qu’est-ce qui se passe ?


-Akiera ?


L’androgyne fit un geste pour rassurer sa femme et son fils. Il se releva en leur faisant un sourire crispé mais il tremblait encore légèrement et une goutte de sueur froide coula sur son front.


-Alors que j’allais ouvrir le passage j’ai senti quelque chose. Une perturbation cosmique d’une amplitude comme je n’en avais pas ressenti depuis…



* * * * * * * * * * * * * *



Camus courait à en perdre haleine, de chaudes larmes coulant sur ses joues.



Béatrice était morte.



Lorsque les chevaliers vêtus d’armures noires comme la nuit étaient apparus partout sur l’île, il n’avait d’abord pas eu spécialement peur, influencé par l’attitude calme de son maître face à la situation. Malgré le fait qu’elle n’avait pas son armure sacrée sur elle, Béatrice du Cerbère s’était interposée devant un groupe de quatre agresseurs. Mais la confiance de la guerrière s’était vite évanouie. Camus lui-même s’était vite rendu compte qu’elle était dépassée par le nombre et la force de ces démons noirs. Elle avait juste eu le temps de lui hurler de fuir avant de disparaître sous le flot des coups.


Camus allait désobéir et aller l’aider lorsqu’il avait vu un coup atteindre la tempe de son maître, suivi d’un craquement sourd. Il avait alors pris ses jambes à son coup, couru plus vite qu’il ne l’avait jamais fait et miraculeusement il n’avait pas encore été rattrapé.


Il se dirigeait vers le campement, estimant que c’était là qu’il avait le plus de chance de trouver Stellio.


En arrivant sur place il aperçut plusieurs apprentis se faire capturer et être emmener dans des passages semblables à ceux qui avaient amenés les assaillants mais, impuissant, le jeune français poursuivit sa course dans la direction que lui indiquait son instinct.



* * * * * * * * * * * * * *



Milo était avec cinq autres apprentis plus âgés que lui ainsi que Taliradis lorsque huit chevaliers noirs leur tombèrent dessus.


Taliradis leur hurla de rester derrière lui en se mettant courageusement en avant mais un seul coup d’un guerrier à l’œil rigolard suffit à l’étendre pour le compte.


-Les protéger ? Il faudrait d’abord que tu sois capable de te protéger toi…


Milo s’avança alors pour s’interposer devant le chevalier noir.


-Après une demi-portion un gamin ? , ricana l’homme.


Son rire fut brutalement interrompu par un coup de pied acrobatique du jeune grec qui l’atteignit au visage. Pris par surprise, l’homme faillit tomber au sol mais se rattrapa de justesse.


-Espèce de sale petit…


Un uppercut sauté de Milo finit de le faire tomber, la mâchoire en miette et hors de combat.


Un des autres chevaliers noirs s’approcha en applaudissant ironiquement.


-Voyez-vous ça ! Le gamin est plus redoutable que l’adulte !


Pas plus impressionné par ce guerrier-ci que par le précédent, Milo l’attaqua sans hésiter.


Mais cette fois-ci le coup de poing fut facilement esquivé et le guerrier sombre attrapa même le poignet du garçon. Sans douter une seule fraction de seconde, Milo enchaîna avec un coup de pied qui obligea son adversaire à le lâcher. Il fit un petit saut en arrière et se mit en garde, jugeant plus sage de ne pas foncer tête baissée contre cet adversaire-ci.


-Tu ne comprends pas bien à qui tu as affaire… , dit le chevalier noir en s’approchant.


-Moi je crois deviner qui tu es, Toucan Noir ! , dit une voix.


-Comment ?



Trois formes apparurent alors aux côtés de Milo.


Diomède de Pégase, Bayer du Toucan et Jacob de la Girafe. Trois chevaliers d’Athéna qui mettaient enfin la main sur ce qu’ils poursuivaient depuis si longtemps.


-Le monde est petit, dit Toucan Noir. Comment faites-vous pour être déjà ici ?


-Vous vous doutiez bien que nous vous mettrions la main dessus tôt ou tard, dit Diomède.


-C’était probable en effet. C’est une bonne chose en tout cas, nous allons pouvoir faire coup double en éliminant enfin la nuisance ridicule que vous représentez. Car franchement si vous pensez être venu ici pour aider, vous allez très vite comprendre que c’est vous qui avez grand besoin de secours.


-C’est ce que nous allons voir !


-C’est tout vu ! Oh ! Avant que nous ne commencions, je voulais que vous sachiez une chose… C’est moi qui aie abattu votre compagnon comme un chien dans cette forêt norvégienne.


-Maudit ! Moi Bayer du Toucan, je jure de te faire mordre la poussière !


-Ha, j’ai déjà entendu ces paroles ce jour-là !



* * * * * * * * * * * * * *



Lorsque Camus trouva enfin Stellio celui-ci était aux prises avec un groupe d’une dizaine de chevaliers noirs. Malgré l’infériorité numérique écrasante le maître chevalier était d’une efficacité redoutable.


Perpétuellement en mouvement et sur l’offensive afin d’empêcher ses assaillants de s’organiser efficacement, il avait déjà blessé plusieurs des chevaliers noirs, certains gravement.


Il semblait flotter entre les coups, chaque mouvement étant parfaitement adapté à la situation. Il attaquait sans utiliser de techniques spéciales qui lui auraient demandé bien trop de temps mais en se rapprochant suffisamment de ses adversaires pour poser la paume de sa main sur leur corps. Il libérait alors une onde de choc à bout portant qui faisait voler en éclat les protections ou disloquaient les os.


Entre deux assauts, Stellio lança un regard à Camus et lu dans le regard du garçon la confirmation de ce qu’il avait ressenti.


Poussant un cri de rage, il porta un nouveau coup qui arracha la moitié du torse d’un adversaire.


Les autres chevaliers noirs reculèrent instinctivement devant cette démonstration de puissance Stellio voulut les poursuivre mais il s’arrêta en constatant que deux nouvelles têtes venaient de faire leur apparition.


Mirfak de Persée et Jason de la Carène venaient prêter main-forte au maître de l’île.


-Voulez-vous bien nous en laisser quelques-uns ? , demanda Jason.


-Il y en a pour tout le monde, répondit Stellio.



* * * * * * * * * * * * * *



Tandis que Bayer affrontait seul son alter ego noir, Diomède, Jacob et Milo luttaient de concert contre les chevaliers noirs restant.


Le chevalier Pégase se félicitait d’être tombé sur ce garçon aux cheveux violets qui faisait plus que sa part dans le combat. Pour le moment les choses ne tournaient pas trop mal pour eux ; profitant d’un bon travail d’équipe, Jacob était parvenu à déclencher son Wild Run et avait déjà neutralisé un des adversaires. En revanche, Diomède était beaucoup plus inquiet en ce qui concernait Bayer.


Les rares brides qu’il pouvait entrapercevoir de son affrontement lui donnaient l’impression que son ami était totalement dominé et que son adversaire jouait avec lui plus qu’autre chose.


Mais pour le moment Diomède ne pouvait que se concentrer sur son propre combat.


Il vit le jeune apprenti lui faire un clin d’œil puis se précipiter sur un chevalier noir sans faire preuve de la plus élémentaire prudence. Le guerrier qui portait une réplique sombre de l’armure de Mirfak, sans le bouclier de la Méduse, au grand soulagement des chevaliers, vit Milo se jeter sur lui et voulut l’intercepter d’un coup de pied. Mais le jeune grec esquiva en se baissant et en se laissant glisser jusqu’à sa cible. Il prit alors appui sur une main pour tournoyer et faucher le pied d’appui de Persée Noir avec ses deux jambes.


Diomède vit le chevalier noir voler dans les airs et sut que le garçon lui avait offert une chance inestimable. Il sauta sur le guerrier en détresse en faisant exploser son cosmos.


-PAR LE GALOP DE PEGASE ! , hurla-t-il, abattant sur son ennemi une pluie de coups semblable à des étoiles filantes.


Persée Noir roula dans la poussière, inanimé, sous le regard incrédule de ses compagnons.



Toucan Noir n’avait rien perdu de la scène et laissa échapper un juron.


-Tes compagnons se débrouillent mieux que toi, pâle chevalier. Me voilà obliger de faire le travail moi-même, encore une fois. Mais cela veut dire que ta dernière heure est venue !


Bayer, qui reprenait son souffle bruyamment, se mit en garde.


-Tu as raison il est temps d’en finir ! Voyons qui est le vrai chevalier du Toucan !


Les deux adversaires enflammèrent leurs cosmos simultanément afin de déclencher leurs techniques secrètes et leurs animaux totems apparurent derrière eux.


-LE VOL SACRE ! , hurla Bayer.


-BLACK WING ! , rétorqua le chevalier noir.


Les deux oiseaux volèrent l’un vers l’autre et se percutèrent dans un éclair.


Aux multiples battements d’ailes du toucan de bronze qui provoquaient des courants d’air tranchants comme des épées, l’oiseau noir ne répondit que par un seul battement dont la puissance balaya ses contreparties.


Après s’être croisé dans les airs, les deux adversaires atterrirent dos à dos.


Jacob et Diomède virent alors la tête de leur ami se détacher de ses épaules et rouler au sol.



Alors que le corps du chevalier de bronze ne s’était même pas encore écroulé, Toucan Noir marchait déjà vers eux.



* * * * * * * * * * * * * *



Jason, Mirfak et Stellio formaient un trio redoutable. Mais au moment où ils commençaient à prendre définitivement le dessus en ayant neutraliser trois adversaires, d’autres chevaliers noirs étaient venu appuyer les premiers.


Et certains des nouveaux arrivés se révélaient particulièrement redoutables à moins que ce ne fut la fatigue qui commençait à entrer en ligne de compte.


Les chevaliers noirs avaient entrepris de saper les forces des serviteurs d’Athéna en se relayant dans la mêlée.



Le chevalier de la Carène faisait à ce moment-là face à deux adversaires qui le soumettaient à des attaques croisées plutôt bien coordonnées.


Celui qui semblait être le Lézard Noir attaqua avec une vague d’énergie ténébreuse. Jason esquiva en effectuant un bond prodigieux en hauteur. Les deux chevaliers noirs ne l’avaient pas perdu de vue et attendaient le moment où il retomberait quand ils se rendirent compte que le chevalier d’argent était en train de concentrer son cosmos.


-SHIP OF HEROES ! , hurla Jason.


Son attaque frappa le sol entre ses deux adversaires qui furent soufflés comme des fétus de paille.


Jason atterrit comme un chat et s’élança instantanément vers le plus proche des deux chevaliers noirs. Celui-ci se releva prestement mais seulement pour se retrouver nez à nez avec le chevalier d’argent.


-SHIP OF HEROES ! , hurla à nouveau Jason en portent cette fois-ci son coup à bout portant.


L’armure noire explosa sous l’impact et le corps sans vie fut propulsé à une dizaine de mètres.


Si Jason n’avait pas pu s’occuper de lui, Lézard Noir ne fut pas plus verni que son compagnon. Il était tombé presque aux pieds de Mirfak qui profita de l’aubaine pour braquer le bouclier de la Méduse vers le l’homme qui se relevait. Les yeux de le gorgone s’ouvrirent, transformant le guerrier malchanceux en statue de pierre que Mirfak s’empressa de briser d’un coup de poing.


Mais Jason qui observait la scène se rendit compte que son ami avait été trop imprudent dans sa hâte de profiter de la situation.


-Derrière toi ! , cria-t-il mais c’était déjà trop tard.


Un chevalier noir frappa Mirfak dans le dos et son coup de poing ressortit au niveau du cœur. De façon totalement incroyable, Mirfak semblait ne même pas sentir le coup qui venait de transpercer son armure et son corps comme du papier.


Il saisit à deux mains la tête de l’homme qui venait de le tuer et dont le bras lui traversait encore le corps et lui brisa le cou d’un seul geste.


Mirfak se dégagea alors du cadavre et tenta d’arrêter le flot de sang qui se déversait de sa poitrine avec ses deux mains mais cela était totalement vain. Il tomba à genoux et son regard croisa celui de Jason.


-Pas tout seul, murmura le chevalier de Persée entre ses dents rougies par le sang.


-Non ! , cria Jason.


Mirfak choisit alors un adversaire au hasard et se rua sur lui. Deux chevaliers noirs le frappèrent au passage mais il continua comme si de rien n’était.


Sa cible voulut alors prendre la fuite devant le forcené mais le chevalier mourant la rattrapa en la saisissant dans le dos. Il prit alors une impulsion et s’éleva dans les airs avec son compagnon forcé pour le dernier voyage sur le visage duquel Mirfak plaqua le bouclier de la Méduse dans un dernier effort. Les deux ennemis furent simultanément transformés par le regard de la Gorgone en statues de pierre qui se brisèrent en mille morceaux en retombant au sol.


Le bouclier de la Méduse lui-même ayant été brisé, les deux corps reprirent leur consistance ordinaire, offrant un spectacle particulièrement morbide.



* * * * * * * * * * * * * *



Un chevalier courait vers son chef pour lui faire son rapport. Il posa un genou à terre et parla sans plus attendre.


-Seigneur Dragon Noir, nous nous sommes déjà emparés de presque toute l’île. Il n’y a plus que deux poches de résistance.


-Bien, assure-toi que le transport des prisonniers se passe bien. De mon côté je vais aller voir ça de plus près.




* * * * * * * * * * * * * *



Milo sentait que la situation devenait intenable. Les deux chevaliers avec qui il combattait étaient vaillants, mais ce chevalier du Toucan Noir déséquilibrait trop les choses.


Il aurait fallu qu’ils soient à trois sur lui seul pour avoir une chance…


Le chevalier de la Girafe avait pris ses responsabilités de son rang et luttait contre ce formidable adversaire au corps à corps. Mais, avec les autres chevaliers noirs qui le harcelaient et malgré le fait que ses deux compagnons couvraient ses flancs, sa tâche était presque impossible.


Malgré tout le chevalier d’argent continuait à se battre comme si la défaite n’était pas une option, conscient que de lui dépendait la vie de son ami Diomède et des apprentis.


Il ne pouvait pas céder et utilisait toutes ses ressources, toute son expérience, toute sa rage. Toute son existence l’avait amené à ce moment-là, ce suprême instant de vérité. La justice était de son côté, il était un des braves chevaliers de la déesse Athéna, il devait être la hauteur.


Malheureusement ce qui devait arriver… arriva. Le plus cruel pour le chevalier d’argent fut que la faute qui provoqua sa chute ne fut de son fait. En une telle situation, la seule solution est d’avoir une confiance en ses compagnons, il faut assumer que jamais ils ne céderont et protégeront toujours efficacement ses arrières.


Le jeune Milo prouvait en ce jour qu’il serait un jour un glorieux serviteur de la déesse. Mais ce qu’il serait un jour ne changeait pas ce qu’il était à l’instant : un apprenti encore inexpérimenté et encore dans l’enfance malgré des ressources physiques et une endurance hors norme.


Jacob ne vit jamais le péché d’orgueil, ou plutôt la trop grande envie de bien faire, que commit Milo. Il ne vit pas l’apprenti se lancer dans un assaut inconsidéré, qu’il ne rata d’ailleurs finalement que de quelques centimètres à cause de la fatigue qui commençait à tétaniser ses muscles. Il entendit par contre vaguement l’impact du coup du chevalier noir qui avait cueilli le jeune garçon imprudent. Et il sentit définitivement l’impact du corps du garçon contre son flanc qui le déséquilibra alors que lui-même était lancé dans un assaut sur Toucan Noir.


Profitant de l’aubaine, Toucan Noir asséna à Jacob un coup du tranchant de la main au niveau du cou. Alors que le col de l’armure d’argent volait en éclat, le chevalier eu le temps de penser que, parfois, la volonté et le courage ne suffisaient pas. Puis il s’écroula comme une masse, inconscient ou mort.



Avant même qu’il n’ait vraiment compris ce qu’il avait involontairement causé, Milo fut remis sur pied par Diomède.


Le chevalier de bronze et l’apprenti luttaient à présent dos à dos, un dernier baroud d’honneur avant de rejoindre leurs alliés vaincus.


Le jeune grec sut que sa dernière heure était arrivée s’il ne réagissait pas tout de suite. Avec l’énergie du désespoir, il enflamma son cosmos qu’il avait découvert il y a à peine quelques semaines.


-Je ne veux pas mourir, pensa-t-il en essayant de repousser ses limites.


Il poussa un cri et un déclic se produisit. Son cosmos explosa, créant un souffle surpuissant. Diomède eut juste le temps de se jeter aux pieds du garçon et d’attraper le corps de Jacob puis le vent redoubla de puissance arrachant la plupart des chevaliers noirs du sol.


Seul Toucan Noir semblait en mesure de résister au souffle, mais il était immobilisé et ne pouvait rien faire d’autre que subir les événements.


Milo leva alors sa jambe gauche en arrière, la plaçant dans son dos comme la queue d’un scorpion et un sourire se dessina sur ses lèvres. Il commençait à contrôler le flux de puissance qu’il générait et entreprit instinctivement de manipuler le souffle avec ses mains.


Il envoya d’abord les chevaliers noirs se fracasser contre les baraquements et les rochers des environs. Cela se révéla incroyablement facile et cela le rendit euphorique. Il les fit tous rebondir comme des pantins désarticulés plusieurs fois puis se concentra sur Toucan Noir qui résistait toujours à la tempête surnaturelle.


Milo déchaîna toute sa puissance et le chevalier noir commença à reculer, ses pieds creusant des sillons dans le sol. Mais impossible de l’arracher du sol. Le garçon se rendit alors compte qu’il ne pourrait plus maintenir le souffle très longtemps et que ses forces étaient cette fois presque totalement épuisées.


Il poussa un hurlement presque animal et Toucan Noir perdit enfin contact avec le sol et alla s’écraser avec violence sur le rocher où Milo avait déjà projeté plusieurs chevaliers noirs.



Sur ce dernier coup de boutoir, le cosmos de Milo se dissipa et il tomba à genoux, épuisé.


-Et bien toutes mes félicitations, dit Diomède en se relevant.


-Merci, répondit le garçon entre deux inspirations bruyantes.


Le chevalier de bronze profita de l’accalmie pour prendre le pouls de Jacob et constata avec soulagement qu’il y en avait un. Néanmoins sa blessure au cou, l’inquiétait fortement, son ami avait certainement des cervicales brisées.


-C’est pas possible ! , articula Milo à grande peine.


Diomède regarda dans la même direction que le garçon et découvrit Toucan Noir qui venait vers eux, blessé mais surtout visiblement furieux.



* * * * * * * * * * * * * *



Jason commençait à penser qu’ils avaient une chance de l’emporter.


Les dernières secondes de vie du chevalier de Persée qui l’avaient vu emporter trois adversaires dans la tombe avaient marqué le moral des chevaliers noirs. Connaître la réputation de pugnacité des chevaliers est une chose mais la voir en œuvre en est une autre. Malgré sa mort, Mirfak avait porté un coup qui pouvait se révéler décisif.


De plus la présence de Stellio changeait tout. Certes les deux serviteurs d’Athéna étaient marqués par la fatigue, mais ils opéraient avec méthode et en parfaite coordination. Jason sentait que l’influence de Stellio faisait de lui un meilleur combattant : le maître chevalier était de ces guerriers si accomplis que sa sérénité et son expertise rejaillissaient autour de lui, une contamination positive de l’excellence.



L’arrivée de Dragon Noir sur les lieux du combat interrompit les choses : tous les chevaliers noirs cessèrent les hostilités et s’écartèrent pour laisser leur chef s’approcher.


Les deux résistants profitèrent de l’aubaine pour souffler un peu et se rapprocher l’un de l’autre mais en se demandant aussi ce qui allait suivre.


-Stellio du Lézard n’est-ce pas ? Le chevalier d’argent dont on dit la puissance presque digne d’un chevalier d’or.


Stellio vint à la rencontre du nouveau venu en faisant signe à Jason de ne pas le suivre.


-Ma réputation a atteint votre île démoniaque ? Je ne sais pas vraiment si je dois considérer cela comme un honneur.


-Oui, nous savons qui vous êtes. Vous êtes même la raison pour laquelle je participe à cette petite expédition… Mais je suis un seigneur noir, ta force est sans conséquence sur l’issue du combat.


Sur ces mots Dragon Noir passa à l’attaque. Stellio voulut esquiver mais…


-Trop rapide, pensa-t-il juste avant de recevoir un coup de pieds circulaire dans les côtes.


Le maître chevalier vola dans les airs mais se rétablissa grâce à une acrobatie et atterrit sur ses pieds, en position de garde. Il contrôla la douleur grâce à sa respiration puis tendit la paume de sa main en libérant son énergie. La poussière vola tandis que Dragon Noir, qui s’était caché derrière son bouclier, reculait de plusieurs mètres, laissant deux petites tranchées dans le sol.


S’il avait été ébranlé, le seigneur noir n’en laissa rien paraître.


-Cela va peut-être se révéler intéressant, dit-il en s’approchant.



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Diomède et Milo se lancèrent à l’assaut du chevalier noir mais le garçon était tellement épuisé que Toucan Noir n’eut aucun mal à l’envoyer à terre d’une simple gifle.


-PAR LE GALOP DE PEGASE !


Diomède s’éleva dans les airs et tenta d’atteindre le chevalier noir avec sa pluie de coups de pieds portée avec plus de vitesse que jamais, presque à mach 2. Mais bien que Diomède se soit élevé pendant une fraction de seconde au niveau d’un chevalier d’argent l’attaque se révéla totalement vaine. Toucan Noir para tous les coups puis saisit la jambe droite du chevalier de bronze et effectua un grand mouvement circulaire pour écraser son adversaire au sol, sur le flanc droit.


Milo revint alors à l’assaut mais le chevalier noir l’écarta à nouveau d’une gifle.


-Je m’occuperai de toi après, cria Toucan Noir qui écumait de rage.


Diomède se releva alors, son bras droit pendant le long de son corps, apparemment inutilisable.


Cela sembla donner une idée à Toucan Noir qui repartit à l’assaut. Diomède voulut le frapper de son bras valide mais Toucan Noir bloqua l’attaque comme si elle avait été portée par un enfant et brisa l’avant-bras de Diomède comme s’il s’agissait d’une brindille.


Il frappa ensuite successivement les deux genoux du chevalier de bronze, lui brisant les rotules.


Diomède, les membres brisés et impuissants, fut alors soulevé à bout de bras par le chevalier noir qui lui hurla au visage de toutes ses forces, écumant.


-Je crois que je vais vous démembrer et puis sucer vos os.


-Mange déjà ça, dit Diomède en enfonçant son poing droit dans la bouche grande ouverte de son adversaire et lui brisant les dents au passage.


-PAR LA CHARGE AILEE, cria-t-il en déchaînant son plus puissant arcane qui arracha le haut du crâne de Toucan Noir.


Le chevalier de bronze et le cadavre tombèrent puis roulèrent au sol.



Milo vint alors se pencher sur Diomède et le tourna sur le dos, tandis que les apprentis qui s’étaient éloignés pendant le combat osaient à présent se rapprocher.


-Ca va ? , demanda-t-il.


-J’ai été en meilleure forme.


-Hé, votre bras n’avait rien !


-Non.


-C’était une bonne ruse !


-Oui… J’avoue qu’idéalement je n’avais pas prévu qu’il me brise tous les autres membres…


-Oh…


-On va avoir de la compagnie, ajouta Diomède en faisant un signe de menton dans une direction. Milo vit alors que quatre des chevaliers noirs qu’ils avaient maltraités un peu plus tôt avaient repris connaissance et s’approchaient d’eux prudemment.


-Tu peux refaire ton truc de tout à l’heure ? , demanda le chevalier de bronze.


-Je crois pas…


-Dans ce cas nos petits exploits n’auront pas servi à grand-chose…



* * * * * * * * * * * * * *



Stellio ne pouvait que se rendre à l’évidence, il n’était tout simplement pas à la hauteur.


Son adversaire était plus rapide et plus fort. Surtout que ce Dragon Noir lui était à peine inférieur sur le plan technique, si bien que Stellio n’avait aucun moyen de compenser son désavantage. Comment un chevalier noir pouvait-il posséder un tel niveau ?


Le corps de l’ancien chevalier d’argent était couvert de blessures. Aucune n’était réellement sérieuse mais leur accumulation commençait à l’handicaper sérieusement. Dragon Noir, lui, était indemne. Les rares coups qu’il avait reçus avait été absorbés par son armure.


-Prêt pour le dernier assaut ?


Stellio n’eut même pas le cœur à émettre une ultime bravade. Il ne se faisait pas d’illusions et sentait que la fin était effectivement proche. La logique de ce combat voulait qu’il s’achève lors des prochains coups échangés mais Stellio était un serviteur d’Athéna, il ne pouvait pas renoncer et décida de tenter le tout pour le tout. Sa seule chance était de toucher Dragon Noir avec sa plus puissante arcane au moment où celui-ci voudrait l’achever.


Dragon Noir chargea et Stellio sortit de l’attitude défensive qu’il avait adopté depuis que le cours de l’affrontement avait commencé à trop pencher du côté de son adversaire.


-SALAMANDER STAR !


Une étoile d’énergie blanche se forma devant le chevalier d’argent puis explosa en des milliers de flèche de feu blanc. Stellio eu le temps de voir un doute s’inscrire sur le visage de son adversaire puis celui-ci disparut et le puissant coup ne toucha que le vide. Le seigneur noir réapparut une fraction de seconde plus tard sur le flanc droit de Stellio. Avant que ce dernier ne puisse faire quoi ce soit il fut pris sous un déluge de coups de poing. Dragon Noir saisit alors son adversaire par le col en se préparant pour le coup de grâce.


-Jolie attaque, vous m’avez forcé à accélérer un peu… Mais maintenant je crains que tout ne soit fini !



-Pas si vite, dit Jason en chargeant d’un coup de pied sauté le seigneur noir qui se dégagea en lâchant Stellio.


Jason tenta un autre coup de pied que le seigneur noir esquiva d’un petit bon en arrière. Le chevalier de la Carène s’interposa alors devant Stellio tandis que Camus et les autres apprentis se précipitaient au côté de leur maître tombé.


-Un acte bien inutile… Rendez-vous et vous mourrez sans souffrances inutiles.


-Jamais ! , cracha le chevalier d’argent.


-Je sais, ce n’était que pour parler…


Jason ne vit même pas arriver le coup qui brisa son plastron et le jeta à terre. L’armure d’argent avait été littéralement réduite en poussière, mais elle lui avait sauvé la vie.


Pour l’instant.



Il se relevait péniblement quand un nouveau coup, moins violent et rapide que le précédent mais malgré tout imparable dans son état, l’envoya rouler jusqu’à buter contre le corps de Stellio.


-Fuyez… , soupira Jason à l’intention des apprentis, mais aucun ne bougea, statufiés qu’ils étaient par la peur.


-Et bien ? C’est pourtant un fort bon conseil qu’il vous a donné là, ricana Dragon Noir.


Le seigneur noir tourna alors les talons en faisant signe à ses hommes d’achever la besogne.



Camus vit deux démons noirs s’approcher et il ne pouvait pas faire le moindre mouvement. Ce furent les pleurs de ses compagnons qui le ramenèrent à la réalité. Il fallait faire quelque chose !


Mais quoi ? Il n’était sur cette île que depuis trop peu de temps, il n’avait encore presque rien appris du combat. Il était totalement impuissant mais il repensa alors aux paroles de Béatrice qui lui disait que son cosmos était là, prêt à se réveiller… Il se rappela qu’elle lui avait dit qu’elle pensait qu’il s’en était déjà servi une fois pour sauver sa vie lors de cet accident qui avait décimé sa famille, même si son traumatisme moral l’empêchait de s’en rappeler…


Non ces pensées étaient inutiles, elles le détournaient de la situation présente.


Il lui fallait réfléchir et vite ! Si seulement les choses pouvaient se ralentir un peu, si seulement le temps lui-même pouvait se ralentir !


Les autres apprentis virent un cosmos blanc se former autour de Camus qui ne se rendait compte de rien. La température se mit alors à décroître sensiblement tandis que Camus agissait inconsciemment sur le mouvement des atomes.


Dragon Noir se retourna et resta interdit un instant devant ce qu’il voyait, des cristaux de glace flottaient autour des gamins et des chevaliers à terre.


-Attention, revenez ! , cria-t-il à l’intention de ses deux sbires mais un seul réagit, l’autre se contentant de regarder la scène d’un œil bovin.


Les cristaux grossirent soudain à vue d’œil et se solidariser les uns avec les autres. Un air glacial souffla sur les chevaliers noirs qui se protégèrent le visage avec leurs bras.


Quand la bourrasque gelée fut passée Dragon Noir découvrit avec un certain effarement qu’à l’endroit où se tenait les apprentis et les chevaliers s’élevait à présent un gigantesque bloc de glace de plusieurs dizaines de mètres cube, haut comme un petit immeuble. Il aperçut que le corps du chevalier noir un peu trop lent à la réaction pour son propre bien était prisonnier de la gangue de glace jusqu’à la taille et que l’homme était aussi mort que possible.


-Pff… Toi, brise-moi ça ! , ordonna-t-il à celui qui venait de faire montre d’une vivacité de réaction salvatrice.


D’abord inquiet, le chevalier noir s’approcha du bloc de glace haut comme un petit immeuble en prenant soin d’être aussi loin que possible de son infortuné compagnon. Il concentra son cosmos noir et frappa alors de toutes ses forces la paroi. Le bruit des os de son poignet se brisant comme du bois sec s’entendit à cinq cent mètres de là.


-J’ai horreur des contretemps… , fit Dragon Noir.



* * * * * * * * * * * * * *



Le Grand Pope, Mû et Aioros étaient en train d’assister aux combats préliminaires du tournoi organisé pour l’attribution de l’armure de bronze du triangle lorsqu’un coursier essoufflé vint remettre un message au maître du Sanctuaire.


Le messager s’inclina en tendant le papier sur lequel avait été griffonné à la hâte un court texte.


-Cela vient des cinq chevaliers actuellement en mission pour votre excellence, dit simplement l’homme mais tout dans son attitude trahissait l’urgence de la teneur du message.


Sion lu le texte avec attention et Aioros eut l’impression de le sentir blêmir bien qu’il ne puisse voir son visage caché par son casque.


-D’après eux, les chevaliers noirs seraient en train d’attaquer l’île de Minos en ce moment même, finit par dire le Grand Pope d’une voix grave. Et les chevaliers seraient allés s’interposer.


D’un seul mouvement, Aioros et le Pope se tournèrent dans la direction de l’île de Minos. Mû les regarda sans comprendre, ils semblaient extrêmement concentrés.


-Je sens des combats, dit Aioros.


-Je sens de la peur et… des morts, ajouta Sion d’une voix sinistre avant de regarder Aioros avec un air surpris.


-Comment vous faites, c’est à plusieurs centaines de kilomètres ? , interrogea Mû avec perplexité.


Sion semblait avoir envie de poser la même question à Aioros mais le contexte ne s’y prêtait guère.


-Le temps de prendre mon armure, j’y serai en dix minutes... , dit Aioros.


-D’autres seront morts d’ici-là, dit Sion en serrant le poing de rage et d’impuissance.


-Impossible de faire plus vite. A moins que… Saga ! Il pourrait ouvrir un passage dimensionnel ! , dit-il triomphalement.


Aioros et Sion se tournèrent simultanément vers Rodorio, de nouveau dans un mouvement tellement synchrone que Mû cru qu’ils s’étaient peut-être entraînés. Mais le garçon préféra garder cette pensée hors contexte pour lui…


-La barbe, je ne sens pas sa présence ! , s’exclama Aioros, presque furieux de frustration.


Mû se souvint alors que l’un des chevaliers qui cherchaient les chevaliers noirs était lié familialement au chevalier du Sagittaire.


-Moi, non plus, ajouta Sion. Je savais que je ne devais pas vous autoriser autant de latitude de mouvement…


-Pourquoi vous n’y allez-vous pas en vous déplaçant à la vitesse de lumière ? , demanda Mû. Ca vous prendrait même pas une seconde !


-Pas possible sur une si grande distance, même en parlant de vitesses largement inférieures à la lumière. Si la fatigue ne me tuait pas avant même d’avoir atteint Athènes, la chaleur le ferait, elle.


Le jeune apprenti du Pope leva un sourcil surpris.


-Nos armures absorbent les frottements… dans une certaine limite, compléta Aioros, qui cachait mal son agacement de devoir expliquer ce genre de choses en une telle situation.


Mû eut une moue déçue tandis qu’Aioros commençait à concentrer son cosmos pour appeler son armure.


- Pourquoi pas la téléportation, alors ? , proposa néanmoins l’apprenti dans la foulée.


-Trop loin aussi, dit le Grand Pope.


-Pas si on est deux à la faire et que je vais avec Aioros.


Le Grand pope eut un moment d’hésitation, trahissant qu’il estimait cela effectivement possible mais il secoua néanmoins négativement la tête.


-Hors de question, tu n’es pas encore assez formé pour être ainsi exposé au danger.


-Ca peut sauver plein de gens ! Et c’est le moyen le plus rapide ! , dit Mû d’une voix à la fois excitée et suppliante.


Aioros et Sion échangèrent un bref regard.


-Une fois sur place, tu ferais exactement ce que je te dis ? , demanda le chevalier du Sagittaire.


-Promis.


Le garçon paraissait soudain sérieux comme la mort.


-A vous de voir, dit Aioros en regardant Sion. Mais il faut se décider maintenant, nous perdons du temps.


L’armure du Sagittaire se matérialisa alors au-dessus de l’arène. L’assistance, qui ne comprenait guère ce qu’il se passait, retint son souffle devant l’apparition de ce centaure ailé consumé par un feu doré. La forme embrasée se décomposa en une multitude de parties qui vinrent recouvrir le corps du gardien de la neuvième maison du zodiaque.


-Alors ? , interrogea Aioros d’un ton pressé.


-Une seconde, dit le Pope.


-Et Shura ? , demanda pourtant Aioros dans la foulée.


-Au moins un chevalier d’or doit rester au Sanctuaire. Cela pourrait être un piège…


Le Grand Pope hésita encore une seconde avant de prendre sa décision.


-Je dois… je dois d’abord lancer un appel télépathique, dit le Grand Pope. Je n’aurai plus la force après. Mû, commence à te concentrer pendant ce temps…



* * * * * * * * * * * * * *


-Vous voulez vraiment pas nous dire c’qu’y vous arrive ?


La voix de Deathmask était presque agacée, cela faisait maintenant presque vingt secondes que son maître s’était soudain suspendu en pleine conversation.


Ils étaient avec Sonya en train de visiter une petite église gothique et Praesepe en train de faire un commentaire architectural, par ailleurs inintéressant de l’avis du jeune italien, sur le fait que l’église était bâtie sur les fondations d’un ancien temple dorique , quand l’ancien chevalier s’était soudainement interrompu.


-Chéri ? , interrogea Sonya qui commençait à s’inquiéter.


Puis soudain l’ancien chevalier sembla reprendre ses esprits, son regard vitreux un instant plus tôt se fixant sur Deathmask.


-C’était Sion. Les chevaliers noirs sont en train d’attaquer l’île de Minos. Nous devons nous y rendre aussi vite que possible.


-J’crois que j’connais un raccourci, dit le jeune chevalier en se frottant le bas du nez avec l’index, l’air fi er de lui.


L’aura dorée du garçon se matérialisa alors et s’intensifia jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une silhouette dorée, comme de l’or en fusion.


Praesepe comprit que son successeur s’apprêtait à utiliser son pouvoir suprême, le Seki shi ki Meikai Ha, qui sert d’ordinaire à envoyer les âmes des adversaires dans le royaume des morts pour se rendre physiquement sur les pentes du puit de morts.


-Yomotsu-hirasaka ? Mais que veux-tu aller faire là-bas ? , demanda Praesepe.


-Pas obligé de faire un vrai aller-retour… , dit Deathmask d’un ton mystérieux en commençant à se volatiliser.


-Fichu gamin ! , maugréa Praesepe en activant à son tour son pouvoir pour le suivre.



-Surtout ne vous en faites pour moi… , soupira Sonya à présent seule dans la petite église.



* * * * * * * * * * * * * *



Tous les belligérants s’arrêtèrent simultanément car un événement inattendu venait de survenir. Un chevalier d’or et un gamin à l’allure étrange venaient de surgir du néant au beau milieu des combats.


-Mon dieu, mais que sont-ils ? , s’exclama Aioros.


Il venait de regarder les chevaliers noirs avec son septième sens, ce qui lui permettait d’ordinaire de percevoir les cosmos. Et ce qu’il observait… n’avait aucun sens pour lui.


-Quoi ? , demanda Mû.


-Rien… Plus tard… , répondit Aioros.


Le jeune chevalier d’or allait ajouter quelque chose lorsqu’il fit volte-face.


-Qu’est-ce que… , commença-t-il.


Deux formes humanoïdes dorées venaient d’apparaître et en quelques secondes elles se changèrent en Deathmask, revêtu de son armure sacrée, et Praesepe.


-Vous ? Déjà ? , fut tout ce qu’Aioros put dire.


-Deathmask express, terminus ! Et notez la précision, on se retrouve direct en bonne compagnie, dit l’italien d’une voix ironique en regardant Aioros.


-Joli tour, mon apprenti, reconnut Praesepe.


-Quand j’vous disais que j’avais pas que passer mon temps à bronzer ! , ricana Deathmask. Bon qui je dois éclater ?


-Tout ce qui porte une armure noire, dit Aioros en regardant alentour leurs adversaires qui commençaient à se remettre de leur surprise.


-Et ce n’est pas ça qui manque… , constata Mû.


Sur ce l’air se troubla et s’ouvrit pour laisser passer Akiera et un garçon que, même si seul Praesepe l’avait déjà rencontré en chair et en os, tout le monde identifia comme son fils, Aphrodite des Poissons.


-Il m’a semblé que nous pouvions donner un coup de main, dit Akiera.


-Les grands esprits se rencontrent, dit Praesepe.


Le chevalier du Sagittaire se tourna alors vers la petite troupe soudainement rassemblée.


-Praesepe, essayez de secourir les blessés. Mû, reste avec Praesepe quoi qu’il arrive et n’intervient qu’en cas d’absolue nécessité. Akiera et son fils, essayez de libérer les prisonniers. Deathmask, avec moi… fais ce que tu sais faire.


Tous hochèrent la tête et Praesepe mit une seconde à réaliser qu’il venait de se faire donner des ordres par son ancien élève, tellement cela s’était passé naturellement.


-Un chef né, songea Praesepe en faisant signe à Mû de le suivre.



-Repli immédiat, emmenez les prisonniers dans les passages dès qu’ils seront apparus. Retenez-les en attendant, dit Dragon Noir aux chevaliers noirs l’entourant.


-Pourquoi on ne se les fait pas ? , interrogea l’un des hommes.


-Ce sont des chevaliers d’or, crétin. Six d’entre eux. Je ne peux pas m’en occuper sans les autres seigneurs noirs…



Sur ces directives, plusieurs chevaliers noirs allèrent vers les nouveaux arrivants, mais seuls Aioros et Deathmask vinrent à leur rencontre, les autres allant de leur côté accomplir leurs rôles.


Tandis que Deathmask commença à étriper méthodiquement ses adversaires, Dragon Noir et Aioros, les deux donneurs d’ordres qui s’étaient repéré l’un l’autre, se foncèrent dessus sans trop se soucier de ce qui les entourait.


-Je supprime le chef d’entrée, cela les désorganisera, pensait Aioros.


-L’un des aînés de leur nouvelle génération de chevaliers d’or… Si je n’ai le temps que d’en supprimer un, autant que ce soit celui-là, pensait de son côté le seigneur noir.


Aioros avait lu les lettres de son oncle, et il savait que Diomède estimait que ces chevaliers renégats disposaient de pouvoirs redoutables. Il avait aussi pu constater en quelques secondes l’étendue de dégâts dont ils étaient responsables. Le jeune chevalier était prévenu, et se méfiait de son adversaire en conséquence. Mais même ainsi, il demeurait un chevalier d’or pensant affronter un adversaire largement inférieur et sa méfiance ne fut pas tout à fait à la hauteur de l’adversaire.


Aioros frappa pourtant vite et fort, mais le fait qu’il pensait déjà à ce qu’il ferait après avoir expédié cet adversaire fit que son attaque manqua de la conviction nécessaire.


Dragon Noir esquiva le coup de poing du chevalier d’or à une vitesse proche de la lumière et dans le même mouvement lui colla un puissant coup de genou dans le bas du ventre. Tandis qu’Aioros était propulsé en arrière par l’impact, le seigneur noir concentrait son cosmos noir dans ses mains puis libéra sa puissance à l’état brut, à bout portant.


Un bruit de tonnerre retentit sur l’île et un énorme nuage de poussière s’éleva là où se tenait le jeune chevalier d’or. Même Deathmask, qui était en train de labourer de coups de poings une bouillie sanguinolente qui devait avoir été un visage encore une seconde plus tôt, leva un œil de sa besogne pour regarder ce qu’il se passait.


Le nuage de poussière fut alors dissipé par un vent violent déchaîné par le cosmos du chevalier du Sagittaire. Ce dernier n’avait pas la moindre blessure apparente, et avançait vers son adversaire, nimbé de son aura dorée.


-Etonnant, fit Dragon Noir. Je dois en conclure que les armures d’or sont aussi solides que leur réputation le prétend.


-Rien à voir, c’est le coup qui était bien trop faible.


-Ha, jeune chevalier arrogant… Il est temps pour toi de réaliser certaines choses…



* * * * * * * * * * * * * *



Les quatre chevaliers noirs, bien que blessés, avaient tenté d’achever Milo et ses compagnons d’infortune, mais le jeune grec s’était battu avec une énergie renouvelée par l’arrivée des secours.


Sa hargne avait inspiré les jeunes apprentis jusqu’alors terrorisé si bien qu’aucun des chevaliers noirs, qui pestaient à cause de cette résistance inattendue, n’avait pu approcher de Diomède et Taliradis qui gisaient toujours au sol, le premier hurlant des encouragements aux jeunes combattants.


Les quatre guerriers maudits reculèrent alors de quelques pas.


-Ha vous comprenez enfin que ça ne sert à rien ! , hurla Milo d’un ton triomphant.


Il sentit alors quelqu’un lui poser une main sur un épaule et en levant la tête il vit le grand homme noir qui était apparu avec le deuxième chevalier noir.


-Bon travail mais permet-moi de prendre le relais.


-Non, je continue !


-Tu es très courageux mais tu as rempli plus que ton rôle. Je te charge d’une tâche très importante, protéger tes amis pendant que je règle leur compte à ses vauriens.


-Très bien, concéda finalement Milo en s’écartant du chemin.


-A nous, messieurs, fit Praesepe en s’avançant vers les quatre guerriers noirs.



L’un d’entre eux s’avança d’un ton décidé.


-Nous n’avons pas peur de toi ! Nous allons te…


Sa tirade fut interrompue lorsqu’il reçut en plein visage une pierre grosse comme un ballon de football qui l’étendit pour le compte.


-Oh, et j’avais oublié de vous présenter Mû, ajouta Praesepe tandis que l’intéressé, un sourire moqueur aux lèvres, s’avançait à ses côtés.



* * * * * * * * * * * * * *



Pendant ce temps, les chevaliers noirs qui avaient voulu attaquer Deathmask commençaient à reculer et semblaient même sur le point de déguerpir en prenant leurs jambes à leur cou. Ils venaient de voir deux des leurs se faire tout simplement massacrer en quelques secondes et ils auraient tout donné pour se retrouver le plus loin possible de ce maniaque sanguinaire qui avait éclaté de rire en décapitant ses victimes.


Le chevalier du Cancer, couvert de sang et tenant ses trophées par les cheveux, le cosmos flamboyant et les yeux brillants d’une rougeur malsaine du fait de l’afflux de pouvoir, marchait tranquillement, l’index de la main droite tendu vers les renégats apeurés.


-Toi, dit-il en désignant un chevalier qui devait être Pégase Noir.


Le chevalier désigné recula encore de plusieurs pas tandis que ses compagnons s’écartaient en toute hâte de lui. Le cosmos de l’italien se concentra alors dans l’index de sa main droite, sous la forme d’une lueur malsaine et morbide.


-SEKI SHI KI MEIKAI HA ! , dit le chevalier d’or.


Les autres chevaliers noirs virent l’âme de leur compagnon être arrachée de son corps puis tenter dérisoirement de se retenir aux épaules de son enveloppe de chair et de sang avec ses doigts spectraux.


-Deux âmes, remarqua Deathmask qui éprouvait de la difficulté à réussir son attaque. Les deux essences spirituelles, profondément entremêlées au point qu’elles étaient presque indiscernables, s’accrochaient désespérément. Mais le chevalier d’or ne manquait pas de ressource, il intensifia son cosmos et, dans un dernier hurlement sourd, l’âme de sa victime fut expédiée dans la dimension du Puit des Morts, le Yomotsu-hirasaka.


Devant ce spectacle, les autres chevaliers sombres craquèrent et prirent la fuite. Deathmask regarda la débandade en souriant de toutes ses dents, il s’amusait vraiment comme un fou. Il prit le temps de récupérer un troisième trophée avant de s’abattre sur les fuyards tel la grande faucheuse.



* * * * * * * * * * * * * *



Le jeune apprenti ne pouvait s’empêcher de crier alors qu’il était emmené, ligoté comme deux autres de ses compagnons, par un groupe de quatre chevaliers noirs. Il n’avait que sept ans et cette attaque soudaine, avoir vu leur maître respecté mordre la poussière si rapidement… C’était plus que ce qu’il ne pouvait supporter.


Pour ne rien arranger, il commença à se demander si en plus il ne perdait pas la raison. Voilà qu’il se mettait à pleuvoir… des roses rouges ?


Mais à la réaction surprise de leurs kidnappeurs, il comprit vite que s’il s’agissait de visions, il n’était pas le seul à les avoir.


Le parfum des fleurs lui parvint aux narines. Un parfum incroyablement agréable, apaisant…


Il sentit qu’il était arraché des mains du guerrier noir qui le portait sur son épaule et entraperçut un visage d’une beauté parfaite qui ne pouvait appartenir qu’à une nymphe de la mythologie.


-Mieux vaut ne pas rester ici, dit l’apparition d’une voix douce mais indiscutablement masculine.


-Il a l’air d’avoir mon âge… Cupidon, peut-être ? , songea-t-il en commençant à s’endormir.


Il avait les paupières si lourdes, tout à coup...


L’apprenti se rendit compte néanmoins qu’il était à présent à plusieurs dizaines de mètres des quatre chevaliers noirs, avec ses deux compagnons d’entraînement qui semblaient tout comme lui sur le point de sombrer dans l’inconscience , mais auxquels deux autres apprentis étaient en train de parler en leur présentant des roses jaunes. Il se rendit compte que celui qu’il considérait comme Cupidon tenait aussi une rose jaune dans sa main et lui disait quelque chose… Mais ses yeux ne pouvaient se détacher des quatre chevaliers noirs. Ils marchaient comme des pantins désarticulés au milieu d’un véritable nuage de roses rouges qui tourbillonnaient dans les airs. Il entendit un grand cri, quelque chose qui finissait par « explosion ». Et il y eu effectivement une grande explosion là où se tenaient les quatre démons.


Il sentit qu’il commençait à sortir de sa torpeur et à reprendre ses esprits. Il tenta de comprendre enfin ce que lui disait le demi dieu à la beauté irréelle.


-Reste avec moi ! Tu dois respirer ça ! , disait-il d’une voix pressante en lui enfonçant presque la rose jaune dans le nez.


-Quoi ?


-Tu as senti toi aussi le parfum de mes Royal Demon Roses, dit l’incarnation de Cupidon.


-Démon ? Non, c’était eux les démons. Vous, vous êtes un ange !


Aphrodite laissa échapper un sourire en lui présentant à nouveau la rose jaune.


-Peut-être mais il faut quand même que tu respires ça…



* * * * * * * * * * * * * *



Praesepe et toute la petite troupe qu’il avait secourue était en train d’attendre avec anxiété juste à côté du grand bloc de glace.


-Qu’est-ce qui lui prend tant de temps ? , s’inquiéta alors le guerrier à la peau d’ébène.


Comme s’il l’avait entendu, Mû se matérialisa alors, le visage exténué, et posa une main sur la paroi glacée pour reprendre son souffle.


-C’est bon, ils sont tous indemnes. Mais se téléporter à travers cette masse chargée d’énergie cosmique est épuisant, expliqua le jeune apprenti du Grand Pope.


-Sans compter que tu as aidé Sion à téléporter Aioros jusqu’ici et que tu n’as pas été avare de ta télékinésie pour m’aider, pensa Praesepe.


-L’espace est assez grand pour qu’ils ne manquent pas d’air ? , demanda-t-il à haute voix.


Mû hocha la tête.


-Si on ne les laisse pas là jusqu’à demain cela devrait aller.


-Très bien…


Praesepe mourrait d’envie d’aller aider les autres mais il sentait bien que si jamais des chevaliers noirs revenaient, Mû et le jeune apprenti aux cheveux violets seraient trop fatigués pour faire quoi que ce soit.


-Très bien, on attend.



* * * * * * * * * * * * * *



Aioros et Dragon Noir échangèrent encore une série de coups improductifs. Le chevalier d’or esquivait sans réel problème les assauts du seigneur noir qui de son côté parait avec la même facilité les coups avec son bouclier.


-Il va falloir prendre plus de risques si tu veux me toucher, se moqua le chevalier noir.


-La réciproque est vraie, fit remarquer Aioros.


-Certes, mais contrairement à toi j’ai renoncé à achever ce combat aujourd’hui. Je suis juste en train d’attendre.


-Attendre quoi ?


-Ca, répondit le seigneur noir.


L’air autour de lui se mit à onduler puis s’ouvrit littéralement en deux.


-A bientôt, dit le seigneur noir quand la plaie de la réalité le happa et se referma sur lui, sans laisser le temps à Aioros de réagir.


Le chevalier d’or regarda autour de lui et vit que des passages dimensionnels s’ouvraient partout en même temps.



* * * * * * * * * * * * * *



Saga et Kanon avaient choisi une dimension aux propriétés quasiment identiques à la Terre pour s’entraîner.


Le plus jeune des deux frères avait rapidement progressé sous la direction de son aîné. Saga lui transmettait consciencieusement tout le savoir que lui-même avait reçu d’Akiera. Mais l’entraînement prodigué par Saga était peut-être encore plus efficace que ne l’avait été celui de son prédécesseur au poste de gardien de la troisième maison du zodiaque. Tout simplement car Saga se retrouvait à être le maître de son alter ego presque parfait, c’était comme s’il s’enseignait à lui-même. Il connaissait ses forces et ses faiblesses et savait donc sur quel point approfondir les choses, quel détail méritait d’être étudié, quel autre aspect serait au contraire rapidement assimilé.


Si le pouvoir de Kanon était à présent digne d’un chevalier d’or, Saga estimait qu’il demeurait néanmoins légèrement plus puissant que son frère. L’avantage de l’expérience et du nombre d’années à s’entraîner dans de bonnes conditions permettaient à Saga de conserver une avance.


Pour l’instant ils étaient occupés à livrer un combat soit disant factice mais dont chaque coup était pourtant porté avec énergie. Kanon avait eu beau réduire son retard, il ne pourrait sans doute jamais totalement le combler. Etre conscient de cet état de fait était une chose, l’accepter en était assurément une toute autre.


Kanon faisait reculer pas après pas Saga en le maintenant sous la pression constante d’une pluie de coups parfaitement enchaînés. Mais le jeune chevalier d’or décida soudain que cela avait assez duré. Son aura se matérialisa et il fit exploser son cosmos, le souffle énergétique suffisant à repousser Kanon deux mètres en arrière. Le cadet des gémeaux fit un geste de la main comme s’il voulait demander à son frère de s’arrêter mais il reçut un direct en pleine figure qui l’étala pour le compte.


Saga, tout sourire, regarda son jumeau se relever en frottant sa joue douloureuse.


-Saga, j’ai encore senti quelque-chose !


-Pff… Moi pas, ne te cherche pas d’excuses ! , dit Saga d’un ton moqueur. Reste concentré, ce coup-ci je ne plaisanterai pas !


Saga se mettait en position pour déclencher la galaxian explosion mais il retint son geste au dernier moment. Il regarda son frère avec un air étonné.


-D’accord, je l’ai senti aussi !


-Ha, tu vois bien !


-Une énergie énorme… Il faut que j’aille voir ce que c’était. Rentre m’attendre à Rodorio.



* * * * * * * * * * * * * *



Aioros et Deathmask assistaient impuissants à la fuite des chevaliers noirs à travers des portes dimensionnelles, emportant avec eux de nombreux jeunes apprentis captifs. Même les blessés et les morts ennemis disparaissaient dans des replis de la réalité.


Aioros utilisa alors son septième sens pour observer la scène. Il adapta sa perception à plusieurs niveaux énergétiques différents et perçut finalement un réseau énergétique qui reliait les portes en train de s’activer comme celle qui s’était déjà refermée ou pas encore ouverte. Chacune des brèches dimensionnelles étaient reliées les unes aux autres par des fils d’énergie et ces fils convergeaient tous vers le même endroit : l’origine du cosmos qui était à l’origine de ces phénomènes.


-Montre-toi ! , hurla Aioros en libérant une vague d’énergie dorée.


Le coup fila dans l’air jusqu’à ce qu’il semble heurter un obstacle. L’air se troubla et une grande silhouette encapée, sur la main de laquelle le coup s’était arrêté, apparut alors. L’apparition semblait presque irréelle, on pouvait même se demander s’il y avait quelque chose à l’intérieur de cette cape sombre et l’on ne pouvait discerner aucun traits sous la capuche.


-Aioros du Sagittaire… , fit l’apparition d’une voix inhumaine et cristalline. Nous nous rencontrons à nouveau…


-Quoi ? , fut tout ce que put répondre le jeune chevalier.


Mais sans un autre mot, l’apparition disparut aussi vite qu’elle était venu et toutes les portes dimensionnelles se refermèrent dans la foulée.



Tous restèrent là, l’air hagard devant la fulgurance des événements. Mais les six membres, actuels, anciens et futurs, de l’ordre des chevaliers d’or sentirent un nouveau passage dimensionnel en train de s’ouvrir.


Enflammant leurs cosmos, ils se ruèrent tous les six à l’endroit où il sentait que la porte allait apparaître.


Saga fut quelque peu surpris de tomber sur six compagnons qui, vu leur visage peu commodes, étaient apparemment bien décidés à l’étriper sur place.


Le chevalier des Gémeaux leva les bras au ciel tandis qu’au moins cinq techniques secrètes étaient stoppées au dernier stade de leur préparation.


-Heu… j’ai raté quelque chose ? , fit-il.



Terres de Blue Graad, le même jour


 


La bataille était terminée et le champ de bataille était à présent jonché des cadavres des adversaires désormais unis dans la mort. Les corps sans vie étaient déjà bleuis par le froid et la neige qui commençait à tomber promettait de dissimuler bientôt ce funeste spectacle sous un linceul immaculé.



Un guerrier avançait seul, l’air hagard, au milieu de ce passage de désolation. Le cheveu grisonnant et la barbe finement taillé, il avait les traits et le port altier de la noblesse même en ce moment de malheur. Il portait une massive armure intégrale qui semblait faite de glace bleue et était âgé d’une cinquantaine d’année. La protection aux reflets bleus était endommagée en de nombreux endroits, autant de preuves que l’homme avait pris une part active dans le carnage.


Il s’arrêtait souvent pour se pencher sur les morts et laissait échapper des râles de douleur devant les visages familiers. Et, semblait-il, il avait des amis dans les deux camps.



Mardouk, le seigneur de Babylone revêtu de son armure sacrée et qui semblait lui aussi avoir lutté, s’approcha alors du guerrier qui errait sans but.


-Est-ce donc cela, le retour au calme que vous m’aviez promis ? , dit l’homme.


Mardouk le regarda avec un air réellement attristé.


- Bolthorn … Je suis vraiment désolé, se contenta-t-il de dire finalement. Je… Je ne pensais pas qu’ils apporteraient un tel soutien à vos dissidents.


L’homme nommé Bolthorn écarta l’excuse bien dérisoire d’un revers de main. Il ria d’un rire sans humour un long moment puis reprit sa contenance.


-Vous n’y êtes pour rien, dit-il finalement. Ces démons sont cause de tout. Ils ont semé la zizanie dans mon royaume, sous mon nez, et je n’ai rien vu avant qu’il ne soit trop tard. Si vous n’étiez pas intervenu ce conflit se serait éternisé, nos villes auraient été mises à feu et à sang et cela en aurait été fini de mon peuple. Vous nous avez au moins offert l’occasion de survivre.


-Vos villes ont néanmoins déjà subi de gros dégâts. Je suis prêt à accueillir une partie de votre peuple sur mes terres.


-Vos « terres ». J’ai cru comprendre que vous n’en aviez plus vraiment… , fit remarquer le guerrier d’une voix ironique.


-J’en ai de nouvelles…


-Non. Merci, dit Bolthorn d’un ton définitif.


Il fit un geste aux alentours et sembla reprendre du moral.


-Mon peuple a toujours vécu sur ces terres gelées, depuis la nuit des temps. Il restera là. Il se relèvera. Il se relève toujours.


-Très bien, répondit le babylonien en baissant la tête. Si jamais vous avez besoin de notre aide, moi et mes alliés seront là.


Mardouk commença à partir mais avant qu’il n’ait fait trois pas l’homme le rappela.


-Je viens avec vous, dit-il.


-Quoi ?



Ils se regardèrent un moment dans les yeux et Mardouk put lire la détermination dans les yeux de son interlocuteur.


-Il n’y a rien de pire que la guerre civile… , dit l’homme. Toutes sont impitoyables et sans merci. Mon peuple vivait dans la précarité, nous avions des querelles, des divergences de vues… Mais nous étions susceptibles de sombrer dans cette guerre. Nous ne serions pas tombés dans ce gouffre sans fond sans ces chevaliers noirs.


L’homme fit quelque pas et se baissa vers un cadavre qui était déjà à moitié recouvert par la neige.


-Cet homme était le frère de ma femme. Je l’ai tué de mes propres mains cette après-midi. Les pères ont tué les fils, les frères ont égorgé les frères… A cause de ces démons. Je veux me venger.


-La vengeance ne vous mènera nulle part. Je vais m’occuper d’eux, restez ici avec votre peuple. Vous êtes leur suzerain, vos gens ont besoin de vous, plus que jamais.


-Je suis un homme du passé, démodé. Aujourd’hui l’ordre des Blue Warriors s’est éteint, ou plutôt s’est auto-détruit, par ma faute. Je suis le dernier. Je n’ai pas eu d’autres réponses à la montée des troubles que la violence et la répression. J’ai failli autant qu’il était possible de faillir et j’ai décidé d’abdiquer et d’abandonner mon titre de Blue Warrior.


-Vous ne pouvez pas laisser votre peuple sans guide…


-Mon frère, Piotr, prendra ma place. C’est un homme de paix, tout ce que je ne suis pas et tout ce dont a besoin ce pays, maintenant. De plus ma lignée s’est interrompue, j’ai enterré mes deux fils lors de ce conflit fratricide. Piotr vient d’avoir un héritier. Cet enfant représente l’avenir, le renouveau. Peut-être même la renaissance des Blue Warriors.



Bolthorn vint devant Mardouk et posa un genou à terre.


-Relevez-vous…


-Non, écoutez-moi. Je sais pourquoi vous luttez. Je sais que détruire ces chevaliers noirs n’est en rien la finalité de votre combat. Je veux que le fils de Piotr ait la chance de vivre dans un monde meilleur. Et je sais que la meilleure chance que j’ai d’influencer les choses c’est de combattre à votre côté.


Mardouk hocha simplement la tête.


-Très bien. Laissez-moi à présent. Il me reste encore des larmes à verser…



Mardouk s’éloigna en marchant lentement et bientôt il vit l’homme que l’on appelait Ogier venir vers lui en courant malgré sa lourde armure de plate moyenâgeuse.


-Mardouk… , fit-il en arrivant à hauteur de son chef. Les chevaliers noirs ont attaqué un camp d’entraînement des chevaliers d’Athéna, à l’instant même où nous combattions ici.


-Quoi ?




Sanctuaire, Salle du Grand Pope, le lendemain



-Hier a été le pire jour de mon règne.


La voix ferme du maître du Sanctuaire résonnait dans la grande salle.


L’ensemble des chevaliers d’or était là, ainsi qu’Akiera et Praesepe. Le jeune Aphrodite était également présent et avait d’ailleurs du mal à cacher qu’il était impressionné. On aurait pu en effet rêver quelque chose de plus calme pour un premier jour au Sanctuaire… Enfin, le chevalier d’argent Jason de la Carène complétait l’assemblée.


-Il y avait plus de cent apprentis sur l’île de Minos, ainsi que huit maîtres ou assistants. Le deuxième plus important centre d’entraînement après le Sanctuaire. Seuls trente apprentis n’ont pas été enlevés ou tués. Six maîtres ont péri, dont trois chevaliers en titre. A cela s’ajoute la mort de deux autres chevaliers et la paralysie d’un autre. Et enfin nous ne saurons pas avant plusieurs mois si le chevalier Diomède pourra combattre de nouveau un jour. C’est une catastrophe et il nous faut en tirer les leçons immédiatement.



Jason leva timidement la main, impressionné de parler devant tous ces chevaliers d’or ou assimilés.


-Je peux déjà dire une chose : ils ne s’arrêteront pas là. Au moment où nous parlons je suis persuadé qu’ils préparent déjà leur prochaine action.


-Dans ce cas, nous devons les trouver avant qu’ils agissent, dit Praesepe.


-Ce n’est pas si facile croyez-moi, dit Jason.


-Les moyens ne seront plus les mêmes, dit Praesepe.


-Ils auraient déjà dû être plus importants dès le départ, intervint Aioros.


Jason baissa la tête et un silence embarrassé tomba sur la salle.


-J’ai effectivement sous-estimé la situation, dit le Grand Pope. Mais la force de ces chevaliers noirs était… inattendue.


-Le moindre d’entre eux a une force au moins comparable à un chevalier de bronze, dit Jason. Certains sont beaucoup, beaucoup, plus forts.


-Ce Dragon Noir avait quasiment la force d’un chevalier d’or, confirma Aioros.


-Comment est-ce possible ? , s’étonna Shura. J’ai grandi sur cette île, aucun d’entre eux n’avait ce genre de pouvoir alors.


-Y’ sont pas que ce qu’ils semblent, intervint Deathmask. Quand j’ai utilisé mon pouvoir sur l’un d’entre eux, j’ai senti que son essence était mélangée à quelque chose… d’étranger. Je pense que c’était pareil pour les autres.


Tous regardèrent l’italien qui haussa les épaules.


-M’en demandez pas plus… Je ne peux que vous dire ce que j’ai vu.


-Oui, il y avait définitivement quelque chose de bizarre dans leurs cosmos, confirma néanmoins Aioros.


-De quoi pouvait-il s’agir ? Un parasite ? Une entité intelligente ? , se demanda Saga à haute voix.


-En tout cas nous pouvons assumer que c’est cette sorte de… symbiose… qui est l’origine de leur pouvoir, dit le Grand Pope.


-Je suis un imbécile, tout est de ma faute, dit alors Akiera.



Tous se tournèrent vers l’ancien chevalier des Gémeaux et attendirent qu’il s’explique.


-J’ai été confronté à des créatures vivant dans les dimensions singulières, voilà plus de dix ans. Je les avais pourchassées car elles étaient venues sur Terre commettre des massacres apparemment sans motifs. Individuellement elles étaient relativement faibles, presque sans substance. Mais elles avaient la capacité de se fondre entre elles, de se rassembler pour former une entité plus… puissante. Lorsque les chevaliers noirs se sont échappés, j’avais eu un sentiment de… familiarité. Je sentais que quelque chose m’échappait mais je n’ai pas approfondi, je me suis contenté d’un avertissement bien dérisoire. J’aurais dû enquêté mais Aph’ est tombé malade juste après et…


Il se tourna alors vers Jason, les yeux remplis de honte.


-Je suis inexcusable. Pardonne-moi.


Le chevalier d’argent posa une main apaisante sur l’épaule d’Akiera, sans dire un mot.


-Si la responsabilité de cette affaire tombe sur les épaules d’un seul ce n’est surtout pas de toi, intervint le Grand Pope. Tu m’avais prévenu que tu pressentais un danger, je n’en ai pas tenu suffisamment compte. Je prends les décisions, j’en assume donc toutes les conséquences.


Sion et Akiera se fixèrent un instant, l’androgyne ayant l’impression de presque discerner le regard du premier serviteur d’Athéna dans l’ombre de son casque. A cet instant, il sut que ses différents avec le Pope étaient oubliés.



-Papa, pourquoi ont-ils enlevé tous ces garçons sur l’île ? , dit alors Aphrodite.


-Pas très futé le beau gosse, commenta Deathmask en faisant un clin d’œil au jeune suédois.


-Pourquoi ? , demanda-t-il avec un air vexé.


-Ils avaient besoin de nouveaux corps, voilà tout, expliqua l’italien. On a eu la preuve que ces choses pouvaient mourir, en plus.


-Mais alors pourquoi n’avoir capturé que les apprentis ? Pourquoi pas les chevaliers ? , demanda Praesepe.


-Sans doute cela ne marche-t-il pas avec des individus ayant déjà un cosmos mature, proposa Aioros. Ces créatures doivent écraser la personnalité des êtres qu’elles parasitent.


-Non, les deux essences spirituelles que j’ai envoyées au diable étaient sur un pied d’égalité, dit Deathmask. Je pense.


-Oui, mais les chevaliers noirs étaient sans doute volontaires pour recevoir ces choses… , avança Akiera.


-Je pense aussi qu’ils n’auraient reculé devant rien pour accroître leurs pouvoirs et quitter leur exil, confirma Shura.


-Et présent quitte à prendre de nouveaux corps, autant en prendre qui soient susceptibles à terme de développer un cosmos, termina le Grand Pope avec un froid pragmatisme.


Tous hochèrent gravement la tête, persuadés d’être très près de la vérité.



-Mais alors avec le nombre qu’on en a tué et vu qu’ils n’ont pas récupéré autant de corps qu’ils l’espéraient… , commença Jason.


-Ils vont encore avoir besoin d’autre corps, termina Saga.


-Il faut protéger les centres d’entraînements, dit Aioros.


-Il faut surtout les retrouver et leur régler leur compte, dit Shura.


-Nous les avons déjà chercher sur la Terre entière… , rappela Jason.


-C’était peut-être là le problème, intervint Saga.


Le chevalier des Gémeaux adressa un sourire désolé au chevalier de la Carène.


-Je ne suis sûr de rien mais comme vous le savez je suis arrivé précisément quand eux partaient. J’étais entre les dimensions à ce moment-là et j’ai pu vaguement sentir où ils allaient. Et je suis sûr que ce n’était pas sur Terre. Bien sûr cela ne pourrait être qu’une étape intermédiaire pour retourner dans notre continuum dans un deuxième temps… Mais mon intuition me dit qu’ils se terrent quelque part dans les dimensions étranges. Et cela correspondrait au soupçon de mon maître.


-C’est à grâce à cette entité qu’a attaqué Aioros qu’ils se déplacent entre les dimensions, dit Akiera. C’était la même qui leur avait permis de fuir Death Queen Island. Il faut la débusquer et la détruire, en priorité. Le reste viendra plus facilement après ça.



-Je suis d’accord, dit le Grand Pope. Cela devient notre objectif numéro un avec la sécurisation de tous les centres d’entraînement dispersés dans le monde. Mes amis, ils nous ont attaqué et ont exploité notre manque de vigilance. Il est temps de changer les choses et de reprendre la main. Ils doivent payer. Le prix fort.




Kilimandjaro, le même jour



Mardouk attendait patiemment qu’Elle daigne se rendre compte de sa présence, plongée qu’elle était dans une de ses interminables méditations.


En attendant, son regard était plongé dans le brasero qui éclairait la pièce creusée à la même roche. Il lui revenait les souvenirs de sa première visite voilà presque quinze ans. A l’époque il avait dû attendre des mois avant de La rencontrer, occupant la plupart de ce temps à discuter avec Rudy ou avec le mystérieux homme lion.


L’homme lion… L’un des rares mystères dont le babylonien doutait d’avoir la réponse un jour, malgré tous ceux qu’il avait déjà percé au cours de sa vie.


Aujourd’hui il n’avait eu à attendre que quelques secondes pour être mené devant Elle, le temps d’échanger quelques paroles avec l’être à tête d’animal.


Quand il pensait que l’une des personnes qui était déjà là à attendre de La rencontrer quinze plus tôt se trouvait toujours là…


Si le temple bâti dans les cavernes et Elle-même n’avaient pas changé (Elle paraissait toujours âgée d’une vingtaine d’année, comme figée dans le temps), lui avait évolué ainsi que leur rapport au fil de ses nombreuses visites. Il avait perdu le compte des ses visites en ce lieu, c’était devenu son étape systématique entre chacune de ses quêtes pour construire son… armée.


Il n’était plus cet enfant hanté qui venait chercher des réponses mais le chef respecté de la plus ambitieuse des croisades. Elle lui parlait à présent presque comme s’il était Son égal, même si le babylonien savait bien que cela n’était pas le cas et que cela ne le serait jamais.


En patientant, il examina une nouvelle fois les symboles gravés dans la roche autour des deux cercles de pierre où ils se trouvaient assis tous les deux. Au fil des ans et de ses voyages, il avait fini par apprendre la signification de certains de ces signes magiques et à saisir l’ampleur des protections qui L’entouraient. Si jamais il lui avait pris l’envie saugrenue de l’attaquer, il aurait déjà eu besoin de toute l’intensité de sa cosmos-énergie pour simplement franchir les deux mètres qui le séparaient d’Elle.



-Tu t’es toujours sous-estimé, dit-Elle alors en se tournant vers lui.


-Je sais, mais je me soigne, répondit-il avec un sourire.


-Qu’est-ce qui t’amène en ma retraite, mon jeune ami ?


-Les chevaliers noirs deviennent réellement une nuisance que nous ne pouvons plus sous-estimer. Hier, ils ont contribué à la mise à feu et à sang de Blue Graad, et leurs actions exacerbent la haine et les conflits aux quatre coins du monde. Il est temps de les stopper. Lors des derniers mois Ogier, Rudy et moi avons réussi à tuer deux des quatre seigneurs noirs originaux, mais nous pensons qu’ils ont été remplacés depuis. En revanche, nous n’avons jamais pu approcher à moins de cinq dimensions de leur maître.


-Cela ne m’étonne pas. Le laquais est devenu très méfiant depuis une certaine occasion où il fit preuve d’un optimisme déplacé.


-Alors que nous luttions à Blue Graad, ils ont même attaqué un centre d’entraînement des guerriers d’Athéna pour obtenir de nouveaux corps.


-Hum… Le Sanctuaire va devoir réagir à cela.


-Oui, c’est ce que je pense. Si eux déploient enfin des ressources importantes pour régler le problème et que nous faisons de même de notre côté, je pense que ces démons ne pourront se cacher longtemps.


-Le Sanctuaire ne manquera pas de le remarquer, alors. Tu suggères donc que nous sortions de la clandestinité ?


-Oui. Je pense que nous avons accompli tout ce que nous pouvions en restant cachés aux yeux du Sanctuaire. Il est temps de vraiment agir à la lumière et de changer d’échelle. J’ai fini de rassembler ceux que nous avions choisi, notre armée du changement est prête… Il est temps d’agir, toute cette mise en place n’a que trop duré.


Elle hocha la tête.


-Oui, j’étais arrivée à la même conclusion. Mais à présent nous avancerons dans l’inconnu, mes prédictions vont devenir de moins en moins fiables à mesure que notre ennemi essaiera de nous contrer.


-Vous n’avez toujours pas réussi à déterminer ce qu’il avait changé, ce jour-là ?


-Non, tout reste trop vague. Je pense juste que cela ne nous concernait pas directement. En tout cas, il n’a plus bougé depuis ce jour où il a envoyé son laquais sur cette île maudite. Il a utilisé tant de pouvoirs à cette occasion qu’il ne doit penser qu’à récupérer, caché dans sa tanière. Et il sait que je guette la moindre erreur de sa part.


-Espérons qu’il sera obligé de bouger, dit Mardouk.


Ils réfléchirent tous les deux en silence un moment avant qu’Elle ne reprenne finalement la parole.


-Dès que tu auras bougé tes troupes, il ne sera plus possible de revenir en arrière.


-La réussite ou la mort et l’oubli. J’ai toujours connu les termes du contrat et je ne les ai jamais cachées à personne.


-Très bien, mon jeune ami. Va changer le monde, alors.



Une dimension étrange, le lendemain



L’endroit aurait pu faire penser à la terre mais vue par les yeux d’un peintre adepte de l’art moderne. L’endroit paraissait être une grande prairie, mais il n’y avait pas besoin d’un long examen pour découvrir des différences aussi subtiles que nombreuses.


La mystérieuse créature capée regardait les chevaliers noirs s’affairer autour des prisonniers. La plupart avaient déjà été convertis et il ne restait plus qu’à prendre soin d’une poignée.


L’entité avait ressenti un grand plaisir chaque fois que l’un de ses protégés s’était emparé d’un des corps et avait consciencieusement écrasé la misérable volonté humaine qu’il l’habitait jusqu’à lors.


Au moins, ces nouveaux serviteurs ne seraient plus aussi désagréablement indépendants que les anciens. Ces maudits chevaliers noirs, leur médiocrité et leur ridicule arrogance, tout cela commençait à entamer les limites de sa patience. L’entité avait déjà décidé de ne plus traiter avec ces rebus de l’humanité, qui était de toute façon déjà méprisable dans son ensemble à ses yeux, que par l’intermédiaire de ce Dragon Noir.


S’il ne valait guère mieux que les autres, au moins s’élevait-il au-dessus de la stupidité crasse de ses congénères.


-Leur utilité touche de toute façon à sa fin, pensa la créature.



C’est alors qu’elle sentit un léger contact cosmique, tellement ténu que bien peu d’êtres auraient pu le percevoir. Une communication qui avait pris tous les détours possibles entre les dimensions…


-Maître.


-Mon serviteur… Cela commence, ils sont en train de bouger. Les deux côtés.


-Tout se passe comme vous l’aviez prévu, Maître.


-Evidemment. Comment pourrait-il en être autrement ?


-Les choses dont vous m’aviez parlé ont été réglées ainsi que vous l’aviez demandé.


-Bien, mon serviteur. Il est temps de commencer à bouger certains pions. Voilà ce que vous allez faire.



Ile de la Reine morte, septembre 1970



-Vous avez l’humour le plus bizarre que j’aie jamais connu, dit le Cygne Noir.


-Franchement, est-ce que j’aurais parcouru tout ce chemin pour faire de l’humour ? , répondit Akiera.


-Cette perspective me semblerait moins absurde que ce que vous venez de dire.


L’ancien chevalier des Gémeaux se contenta de hausser les épaules.


-Bon sang ! Vous êtes vraiment sérieux n’est-ce pas ! Quel est le fou furieux qui a pu avoir une telle idée ?


-Et bien… Cette idée est de moi, en fait. J’admets que les autres ont eu la même réaction que toi quand je leur ai présentée. Mais ils n’en avaient pas de meilleures et en y réfléchissant… ils ont vu que ça se tenait.


-C’est ridicule, je suis un chevalier noir. Et je crois savoir que vous venez d’avoir un épisode particulièrement douloureux avec les autres membres de mon ordre.


-Je ne crois pas que tu ais jamais été vraiment un des leurs. Ce qui compte c’est que tu as été un authentique chevalier d’Athéna… et le seul chevalier des glaces en cent ans ce qui fait de toi le plus qualifié pour cette tâche. Bien que tu te sois rendu coupable d’un crime effroyable qui t’a déshonoré, tu t’es infligé toi-même une sanction exemplaire. Tu t’es fort bien comporté avec le jeune Shura et enfin tu nous as épargné la corvée de te pourchasser en ne profitant pas de la mort de l’ancien gardien de l’Ile pour t’échapper…


-Evidemment, je suis venu ici de mon propre chef ! Je n’allais donc pas m’enfuir. Ce nouveau Guilty est une bête malfaisante, soit dit en passant.


-Je le sais, mais ne nous éloignons pas du sujet. Le Grand Pope est prêt à te pardonner tes fautes passées si tu prends en charge la formation de ce jeune garçon. Tu ne récupéreras évidemment pas ton armure mais tu seras libre de partir refaire ta vie ou te faire pendre où bon te semblera.


-Encore une fois, je n’ai aucun intérêt à quitter cette île sans compter que je ne suis pas digne de former un chevalier! Cette proposition ne m’intéresse tout simplement pas et…


-Tu commences à sérieusement m’agacer ! , coupa Akiera. Ton auto-apitoiement et ton auto-flagellation sont en train de me donner de l’urticaire ! Crois-tu avoir commis un crime tellement horrible que tout pardon t’est interdit ? Tel n’est pas l’avis du Grand Pope et il t’offre l’occasion de redonner un sens à ton existence pitoyable. A toi de choisir : soit tu accomplis cette tâche au combien respectable, soit tu préfères rester sur cette île maudite à méditer éternellement sur la façon dont tu as gâché ta vie !


Akiera attrapa alors le chevalier noir et le souleva de terre comme s’il s’agissait d’un enfant.


-Et si vraiment tu tiens tant que ça à vivre dans ce cercle de l’enfer qui te sert de patrie pour respecter ton sens de l’honneur pervers et bien qu’à cela ne tienne ! Forme ce gamin et reviens ici ensuite, je m’en moque ! Mais quelque part en toi, je sens qu’il reste un serviteur d’Athéna. Et ce serviteur sait qu’il a une dernière tâche à accomplir ! Et vu la façon dont il avait accompli les précédentes il n’est nullement en position de discuter…


Akiera lâcha alors le chevalier noir qui faillit tomber mais se rattrapa néanmoins. Les deux hommes se regardèrent un long moment, bouillonnant de rage.


-Lors de notre première rencontre… , murmura finalement le Cygne Noir mais il laissa sa phrase en suspens.


Akiera leva un sourcil perplexe ne sachant où son interlocuteur voulait en venir.


-Ce jour-là tu m’avais dit que j’étais trop méprisable pour que tu t’abaisses à me tuer, dit-il finalement.


-C’est vrai, j’avais dit cela et je m’étais trompé, comme je l’ai réalisé depuis. J’aurais sans doute dû te tuer, tu en valais la peine… Mais je me félicite de ne pas l’avoir fait.


-Tu avais aussi dit que si jamais tu réalisais t’être trompé… tu me tuerais.


-Je crois voir où tu veux en venir… Chaque chose en son temps. Acceptes-tu de former ce Camus, oui ou non ?


Les deux hommes se fixèrent encore un moment, leurs colères respectives s’apaisant progressivement.


-Oui, dit finalement le chevalier noir en détournant le regard.


-Très bien, tu redeviens donc Gienah et n’est plus sujet au sceau de l’île. As-tu une idée d’où tu vas l’emmener ?


-En Sibérie. Cela ne peut se passer que là-bas.



* * * * * * * * * * * * * *



-On ne les emmène pas ? , demanda Saga à Akiera.


-Non. Gienah veut faire le voyage seul avec le garçon. Pour faire connaissance…


-Je lui souhaite du plaisir. Ce garçon est une tombe.


Saga dit cela avec un petit sourire mais le cœur n’était pas là. Il avait les yeux dans le vague et était visiblement perturbé.



Akiera posa alors une main sur l’épaule de son ancien élève.


-Tu veux en parler ?


-Non, ce n’est rien. C’est juste d’être si près de lui… C’est idiot, mais je ne pensais pas que cela me ferait un tel effet.


-Tu ne veux pas le voir ?


-Surtout pas !


-Bien…



Quelques secondes passèrent encore puis Saga regarda l’homme qui lui avait tout appris avec un air décidé.


-Partons. Kanon va nous attendre.


Akiera ouvrit alors un passage dimensionnel dans lequel ils s’engouffrèrent. Le cadet des Gémeaux les attendait de l’autre côté, flottant dans le vide sidéral d’une dimension déserte et morte.


-Très bien, jeune gens, la traque commence ! , dit l’adulte.

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