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Cette fiche vous est proposée par : Johnny


La Confession

Trevor

Lorsque j'avais vu John entrer dans ma demeure, j'étais heureux de le revoir. Lui, ses parents et moi ne partagions pas que la même confession, mais aussi les mêmes tourments ancestraux; ma famille avait dû fuir vers le Nouveau Monde à cause des persécutions du roi Jacques 1er, la sienne en raison de l'édit de Fontainebleau qui en finissait avec la liberté de conscience pour les protestants français. Je le connaissais depuis sa naissance, nos chemins s'étaient croisés ici, à Londres, ou là-bas, à New Rochelle. Cela faisait plusieurs années que je ne l'avais vu, mais j'étais fort loin de me douter qu'il reviendrait vers moi pour m'avouer de telles choses. Lui, un parricide? Lui, le responsable de cette éclipse qui avait fait craindre à tous la fin du monde? Cela me paraissait insensé; depuis toujours, je percevais John comme quelqu'un de bon et vertueux, calme par nature, ayant la colère en horreur. Pourtant, le ton qu'il avait employé m'empêchait de douter de sa sincérité. Pourquoi ne me suis-je pas emporté contre lui? Sans doute parce que l'on m'avait toujours dit qu'un homme qui n'était pas Dieu n'avait pas le droit de juger un autre homme, mais aussi parce qu'il m'apparaissait nécessaire de tout savoir sur les événements des jours passés, des événements qui, m'a-t-il dit, ne venaient pas du Malin, comme je le pensais au départ...

John

Ainsi, le révérend Trevor a refusé de me juger personnellement, laissant cette charge à Dieu. Le premier obstacle est donc levé. Je n'aurais pas supporté de ne pouvoir lui raconter cette histoire...car je ne peux la raconter à personne d'autre; l'on me tiendrait pour fou. Cette histoire...depuis ma plus tendre enfance, l'on m'a dit que nous étions tous prédestinés à la grâce ou à l'Enfer...Et cette prédestination ne m'a guère été favorable...J'ai tué mes parents...Je suis devenu un criminel bien malgré moi...Moi, qui n'existais plus alors, je n'étais plus moi-même...J'étais...Non, je ne puis me résoudre à entendre ce nom dans ma tête...Et pourtant, tôt ou tard, il me faudra en passer par là...Mais je préfère retarder cette fatidique échéance...même si cela peut être assimilé à de la lâcheté...Le moment est venu; le révérend me regarde droit dans les yeux, prêt à écouter ma confession...Puisqu'il le faut.

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La pluie tombait de plus belle sur Londres et elle martelait violemment les carreaux de la demeure du révérend Trevor. Celui-ci regardait fixement John, d'un air non impatient, mais déterminé à savoir tout sur ce jeune homme qu'il connaissait pourtant depuis bien longtemps. D'une main tremblante, John avala une cuillerée brûlante de soupe, puis prit enfin la parole:

"Révérend, comme je vous l'ai dit, c'est une longue histoire. Une histoire qui a commencé près d'un mois auparavant, alors que mes parents et moi-même étions partis pour l'Empire ottoman..."

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New Rochelle, 1er octobre 1743

Les porteurs, d'un pas lent, chargeaient sur l'imposant voilier de lourdes caisses contenant des draps de lin conçus par la manufacture Roligny. Son dirigeant, Etienne Roligny, était l'héritier d'un calviniste rochelais, Henri Roligny, qui avait émigré en 1685 avec plusieurs centaines de ses coreligionnaires vers le Nouveau Monde, pour y fonder New Rochelle trois années plus tard. Etienne était né dans cette petite colonie en 1700, son père s'étant marié assez tard pour l'époque, car il était auparavant trop occupé à faire fructifier ses affaires. Il inculqua une morale assez puritaine à son fils qui, une fois marié en 1722 à une jeune fille prénommée Catherine, eut comme seul héritier un garçon qu'il nomma John, pour marquer son attachement à sa nouvelle terre.

Etienne Roligny regardait d'un air ravi ses serviteurs qui chargeaient les marchandises à bord du voilier. Il dit alors à son fils, qui venait de se placer à ses côtés:

"Regarde, John...Contemple le travail de toute une vie de labeur...Ces draps de lin serviront à gagner un capital précieux, qui sera réinvesti infiniment pour fabriquer de nouveaux draps de lin et garantir ainsi la réussite matérielle de la manufacture Roligny...John, cette manufacture est certainement un signe de l'élection de Dieu...Plus tard, quand je quitterai cette Terre, tu deviendras le nouveau gérant de cette merveille et j'espère que tu te montreras à la hauteur de la tâche que je t'incombe."

Le jeune homme sourit timidement, avant de répondre:

"Je ne vous décevrai pas, mon père. Lorsque nous arriverons dans l'Empire ottoman, j'observerai scrupuleusement vos moindres faits et gestes, afin de me montrer digne de vous dans l'avenir..."

John marqua une courte pause, puis reprit:

"Père, quand quitterons-nous le Nouveau Monde?"

"Dans trente minutes, John, le temps que les marchandises linnt chargées à bord. De plus, il nous faut attendre ta mère et le révérend Valnoy, qui ne devraient pas tarder à arriver..."

John et son père se turent alors et regardèrent attentivement les manoeuvres charger les caisses de draps à l'intérieur du bateau en partance pour l'Empire ottoman. Puis, cinq minutes après, une femme d'environ quarante ans, vêtue d'une robe noire, et un homme d'âge mûr portant une soutane sombre vinrent vers le fils et le père. Il s'agissait de Catherine Roligny, la mère de John, et du révérend Valnoy, précepteur du jeune homme, un homme bien plus strict qu'Etienne Roligny, influencé par la rigueur morale de feu Oliver Cromwell, dirigeant du Commonwealth au XVIIème siècle. L'Angleterre, un pays souvent visité par les Roligny, qui étaient très proches du pasteur non-conformiste Paul Trevor, descendant d'une famille anglaise expatriée sur le Mayflower. Un pasteur strict, à qui John racontait en ce moment son histoire.

Une fois que sa femme et le révérend furent près de lui, Etienne Roligny salua ce dernier:

"Comment allez-vous, révérend?"

"Je me porte bien, Etienne...Et vous, John, dit-il au jeune homme, vous sentez-vous prêt à partir?"

"Tout à fait, révérend." approuva le jeune homme.

"J'en suis ravi. Je pense que ces voyages vers l'Empire ottoman, puis vers les Provinces Unies et l'Angleterre, vous formeront pour l'avenir...Quand vous reprendrez la manufacture de votre père...Je connais votre goût pour le labeur, John, et il ne fait aucun doute que vous faites partie des rares élus du Seigneur...Cela vous sera sans doute profitable, quand vous dirigerez la manufacture Roligny avec votre femme à vos côtés."

En effet, un mois auparavant, Etienne Roligny avait arrangé le mariage de son fils avec une jeune fille du nom de Jeanne Guilbret, fille aînée d'un négociant en meubles de New Rochelle, afin de rapprocher leurs affaires respectives. Un mariage d'affaires, comme avait été celui des parents du jeune homme. Ce dernier n'avait pas bronché, non pas qu'il ne trouvait pas Jeanne désagréable à ses yeux, mais parce qu'il était conditionné par le milieu strict dans lequel il était plongé depuis toujours. Honore ton père et ta mère, et Dieu te donnera longue vie, un commandement divin auquel il obéissait sans se poser la moindre question.

"Révérend, répondit John, j'ignore si ce que je vivrai bientôt confirmera mon élection divine, mais si cela peut m'aider à suivre les traces de mon père, cela me suffira amplement."

Le révérend Valnoy sourit, puis s'adressa à Etienne en ces termes:

"Votre fils, Etienne, est un modèle de vertu. Discipliné, studieux, rechignant à la violence...La pureté de son âme est une évidence."

"Puisse l'Eternel vous donner raison, révérend." se contenta de répondre le père de John.

Les Roligny et le révérend restèrent ensuite sur le quai durant quasiment dix minutes, jusqu'à ce que toutes les caisses de draps furent chargées à bord. Etienne Roligny dit alors:

"Le moment est venu de partir. Catherine, John, révérend, veuillez me suivre, s'il vous plaît."

John et sa mère, ainsi que son précepteur, montèrent donc à bord du voilier qui devait les mener à bord de l'Empire ottoman. Alors qu'ils venaient de monter sur le pont, le jeune homme souffla à sa mère:

"Mère, je n'ai pas vu les Guilbrets pour nous dire adieu...Pourtant, je suis censé épouser leur fille dans un mois..."

Catherine répondit:

"Après que ton père et monsieur Guilbret aient décidé de ton mariage avec Jeanne, il a été également décrété que tu ne la verrais qu'une fois avant notre départ...ce qui a été déjà fait. N'oublie pas ceci, John; ce mariage est censé faire prospérer nos affaires respectives. Je suppose que tu as assez de bonne conscience pour le comprendre."

Le jeune homme, toujours aussi peu enclin à contester la volonté paternelle, se contenta de hocher la tête pour répondre "oui". Cinq à dix minutes plus tard, les amarres furent larguées et le voilier des Roligny prit la mer vers l'Empire ottoman.

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"Nous étions donc partis pour un long périple, à l'issue duquel ma famille devait revenir plus riche qu'avant et je devais épouser celle qui m'était destinée. Mais le destin réserve parfois de douloureuses surprises..."murmura John au révérend Trevor, qui demeurait silencieux, les mains croisées.

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Une quinzaine de jours plus tard

John

Après une lecture quotidienne de la Bible et une initiation rapide au commerce, initiation enseignée par mon père, j'avais eu la permission exceptionnelle de respirer l'air marin. La traversée s'est déroulée sans encombre pour le moment, nous avons navigué sur un océan plutôt calme, sans manquer de rien; les vivres sont suffisants pour arriver jusqu'à Istanbul dans quelques jours...Il me tarde d'arriver, j'ai beau noyer mon ennui dans les leçons de mes parents et du révérend, ainsi qu'en lisant la Bible, je souhaiterais tant me confronter à la vraie vie...Et pourtant, j'ai beau savoir qu'il est possible que j'aie la vie éternelle après mon passage sur Terre, je ne peux empêcher la lassitude de s'installer en moi...

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Tout à coup, le jeune homme fut interrompu dans ses rêveries par un bruit lourd. C'était le révérend Valnoy qui venait vers lui. D'un air sévère, il regarda le jeune homme et lui dit:

"Je peux deviner ce que vous pensez, John. Vous commencez à vous ennuyer...Prenez garde, John, il est nécessaire que vous mainteniez un comportement exemplaire..."

John répondit, non sans un certain trouble dans la voix:

"Révérend...Je...Je ne vois pas ce qui vous fait dire ça...Je suis simplement désireux d'arriver à Istanbul, afin de suivre l'exemple de mon père, dont la fortune est plus prospère que jamais!"

"Je préfère vous entendre parler ainsi, John...Je souhaite que vous suiviez les traces de cet homme vertueux, dont le sang coule dans vos veines...Je souhaite également que votre descendance suive votre exemple, qui sera certainement des plus brillants!"

"Justement, révérend, enchaîna John. Il...Il y a quelque chose que je ne comprends pas...Pourquoi...Pourquoi a-t-il été décidé que je ne reverrai plus Jeanne avant notre retour? Pourtant, elle est celle que je dois épouser..."

Le révérend Valnoy regarda alors le jeune homme, les yeux dans les yeux, et lui dit d'un ton ferme:

"John, cette décision a été prise pour vous éloigner des pires tentations. Vous ne la trouvez pas désagréable, et cela pourrait nuire à votre caractère vertueux...Le Malin est insidieux, John, souvenez-vous en...Souvenez-vous en..."

Après ça, le précepteur du jeune homme s'éloigna discrètement, le laissant contempler la Mer Méditerranée. Lorsqu'il se fut assuré que le pasteur était hors de sa vue, John songea:

"Pourquoi me mettre en garde? J'ai beau ne pas trouver Jeanne désagréable, je ne suis pas pour autant rempli de pensées infâmes!...C'est difficile à admettre, mais je ne parviens pas à comprendre l'attitude de mes parents et du révérend Valnoy...L'Eternel a décidé de mon sort par avance, pourquoi mettre autant l'accent sur mon comportement?..."

Toutefois, le jeune homme se lassa très vite de ces questions existentielles et préféra s'abandonner à la contemplation de l'horizon marin, l'un de ces rares moments de repos qui lui étaient accordés.

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Trevor

Je ne comprends pas la logique de John. Il me raconte là des choses d'une monotonie inimaginable. Pourquoi est-il aussi sombre? Je ne puis le comprendre...Aussi, je me décidai à lui demander de manière diplomate:

"John, je ne vous comprends pas...Ce voyage semble s'être bien passé, je ne décèle rien qui ait pu être responsable de votre désarroi..."

Et le fils de mes défunts amis de me répondre:

"Justement, révérend...Le soir même, il s'est passé quelque chose dont j'étais loin de me douter..."

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La nuit était tombée et les passagers du voilier étaient partis dormir, à l'exception de quelques marins, qui devaient se relayer pour conduire le bateau vers l'Empire ottoman, aucune perte de temps n'étant admise par Etienne Roligny. De son côté, John dormait depuis plus de trois heures, essayant de profiter de son sommeil, qui était limité à huit heures par la volonté paternelle, le labeur primant en permanence. Le jeune homme était donc totalement plongé dans les bras de Morphée et bien décidé à y rester pendant plusieurs heures de suite. Mais ce fut alors qu'une voix résonna dans sa tête:

"John...John Roligny..."

John se retourna à deux ou trois reprises dans son lit, puis marmonna tout en somnolant:

"Hmm...Où suis-je...Qui...Qui est-ce?..."

"Tu auras le temps de tout découvrir à mon sujet...A ton sujet, John!"

La voix qui parlait dans la tête de John était une voix étrange. Une voix grave, mystérieuse et empreinte d'une curieuse mélancolie. Le jeune homme, qui n'était guère disposé à s'interroger sur les caractéristiques de son interlocuteur, se retourna de nouveau dans son lit, puis marmonna de nouveau:

"Que...Que voulez-vous dire...Où vais-je?..."

"Tu vas vers ton destin, John...Tu vas vers un destin incroyable, qui n'est réservé qu'à un seul mortel tous les deux cents ou trois cents ans!"

"Je...Je ne comprends pas, murmura John. Je...Je connais mon destin, je vais me marier, reprendre ensuite la manufacture de mon père..."

"Ton ingénuité me touche, John, reprit la voix. Tu étais donc bien l'élu!"

"L'élu? Que...Qu'est-ce que ça veut dire?..."

Mais le jeune homme n'eut pas de réponse; la voix choisit de disparaître. Il émergea alors lentement de son sommeil, mais sursauta brusquement dans la foulée; le voilier semblait être brusquement agité. John se leva précipitamment de son lit, mais fut envoyé à terre par un brusque sursaut du bateau. Ce fut alors qu'il entendit des cris:

"Tempête! Tempête!"

Ces cris intriguèrent le jeune homme, car la Mer Méditerranée avait été calme jusqu'alors. Et voilà que, en pleine nuit, le voilier était soumis à de violentes houles. Lorsque John voulut se relever, il vit son père en face de lui, qui avait été aussi réveillé par la tempête. Il lui dit aussitôt:

"Père! Je...Comment se fait-il que la Mer Méditerranée soit aussi déchaînée?"

"Les aléas imposés par Dieu, John, se borna à répondre Etienne Roligny. Relève-toi et habille-toi, je crains que nous ne devions nous préparer au pire!"

John se mit à frissonner de tout son corps...Cela voulait-il dire que lui, ses parents, son précepteur et les quelques membres de l'équipage étaient destinés à mourir? Cependant, devant la gravité de la situation, il jugea préférable de remettre cette question à plus tard, aussi se hâta-t-il de se rhabiller précipitamment, alors que son père lui avait tourné le dos. Catherine, quant à elle, était désormais tout à fait réveillée, aussi son fils lui dit avec inquiétude:

"Mère! S'il vous plaît, mère, levez-vous vite, la mer semble déchaînée, le bateau pourrait chavirer d'un instant à l'autre!"

Tâchant de garder son sang-froid, la mère de John se leva lentement, puis demanda à son époux et son fils de quitter la cabine, tandis qu'elle se rhabillerait rapidement. Près de deux minutes plus tard, elle vint les rejoindre dans le couloir du bateau, puis demanda:

"Etienne, à présent, qu'allons-nous faire?"

"Mon aimée, désormais, notre destin est entre les mains du Seigneur! Qu'il nous épargne ou nous rappelle à lui, je n'en sais absolument rien! Pour l'instant, il nous faut attendre!"

Cinq secondes plus tard, le révérend Valnoy arriva dans le couloir et se hâta de dire à Etienne:

"Etienne, j'ignore comment la Méditérranée a pu se démonter aussi rapidement, mais les faits sont là! Il n'y a plus qu'à espérer la miséricorde divine!"

John leva timidement la main, afin de proposer une suggestion:

"Père...Je pensais au devenir des caisses...Peut-être...Peut-être faudrait-il en sauver quelques-unes, si jamais il nous arrivait malheur..."

"Quelle idiotie, John! protesta le négociant. Nous sommes en danger de mort et tu ne penses qu'à sauver nos marchandises?!"

Le jeune homme n'eut pas le temps de répondre car, subitement, un marin accourut dans la direction de la famille Roligny pour leur dire:

"Monsieur Roligny! La mer est plus déchaînée que jamais! Or, il me semble avoir aperçu des côtes non loin de là, malgré l'obscurité! Je pense que nous devrions nous diriger dans cette direction, sinon, nous allons tous y passer!"

Etienne réfléchit rapidement, car il savait que le temps lui était compté. D'une part, il ne voulait pas retarder son voyage vers Istanbul, mais d'autre part, il lui fallait aussi bien sauver la vie de ses proches que la sienne. Finalement, près de dix secondes après, il répondit au marin:

"C'est une décision sensée! Essayez de faire cap sur le rivage, et prenez garde à ce que nous ne chavirions pas!"

"ça n'arrivera pas, je vous le promets!" répondit l'homme en bleu.

Et il se hâta d'avertir le capitaine du bateau. Quant à John, il dit timidement à son père:

"Tout compte fait, peut-être que mon idée n'était pas si sotte qu'elle en avait l'air..."

Etienne ne répondit pas. Il tourna le dos à son fils, et regarda vers le lointain, où il ne pouvait apercevoir que la nuit. Catherine était inquiète, mais elle n'en montra rien, tandis que le révérend Valnoy avait fermé les yeux et priait en silence. John soupira, à la fois à cause de la réaction de son père et de la dramatique situation dans laquelle tous étaient actuellement plongés, puis il décida de prier en silence à son tour, attendant une issue meilleure.

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Ce fut alors que le révérend Trevor interrompit le jeune homme :

"John, il y a quelque chose que je ne comprends pas dans votre récit...Quelle était cette voix qui est venue troubler votre sommeil?"

John baissa les yeux vers son bol de soupe et se figea dans cette position durant une vingtaine de secondes, sous le regard perplexe de Trevor, qui n'osa toutefois pas le brusquer. Sa patience fut presque payante, puisque le jeune homme répondit d'une voix basse:

"C'était tout simplement lui...Mais je ne veux pas en parler pour le moment...J'y viendrai plus tard, quand le moment sera venu..."

John reprit donc son récit là où il l'avait brièvement arrêté.

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La Méditerranée tanguait de plus belle. Le bateau avait changé de trajectoire et se dirigeait vers les côtes. Quant à ses passagers, ils priaient pour qu'il ne leur arrive pas malheur. Cette prière collective fut subitement interrompue par Etienne Roligny, qui se dirigea vers l'extérieur du couloir, malgré le mauvais temps. Puis, quand la pluie vint humidifier son visage, il interpella l'un des marins:

"Ecoutez-moi! Au cas où il nous arriverait malheur, veuillez sortir quelques caisses de la cale! Prenez un autre matelot avec vous!"

"Comme vous voudrez, monsieur!"

Une fois que les deux marins se furent dirigés vers la cale, Etienne courut à toute vitesse vers l'intérieur du bateau, où le révérend Valnoy lui demanda:

"S'est-il passé quelque chose de grave, Etienne?"

"Non, rassurez-vous, révérend. J'ai simplement demandé à deux marins de partir chercher quelques caisses contenant les marchandises...Le bateau tangue de plus belle et un accident est vite arrivé..."

Tout à coup, une violente secousse renversa Etienne, sa femme, son fils et le pasteur et les projeta à terre. Dans la foulée, un cri de panique se fit entendre:

"Nous avons heurté un récif! Nous avons heurté un récif! Nous allons tous mourir!"

Le rythme cardiaque des membres de la famille Roligny se mit à augmenter sensiblement. Ils s'étaient rapprochés des côtes et voilà que la mort venait les rattraper. L'air navré, Etienne se releva, posa ses mains sur les épaules de John et Catherine, puis leur dit:

"J'ai le regret de vous annoncer que notre fin est proche...Nous nous retrouverons dans l'au-delà..."

Soudain, les deux marins qu'Etienne avait envoyés chercher la cargaison accoururent avec deux caisses sous les bras pour chacun d'eux. Le marin de droite s'adressa au huguenot en ces termes:

"Nous avons récupéré toutes les caisses, monsieur! Certaines sont sur le pont supérieur! Mais malheureusement, nous avons heurté un récif alors que nous n'étions plus très loin des côtes!"

Ce fut alors que John prit la parole:

"Père! Il me vient une idée! Si nous ne sommes pas loin des côtes, nous devrions utiliser les caisses pour naviguer vers elles! Comme ça, nous pourrions sauver nos vies et notre cargaison!"

"John, intervint le révérend Valnoy, je ne crois pas que ce soit une idée sensée. Nous n'avons plus beaucoup de temps devant nous et si nous sautons dans la mer déchaînée, nous pourrions très aisément y passer..."

Etienne se chargea de couper court à la remarque du pasteur:

"Révérend, la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement est similaire à celle d'un entrepreneur en difficulté! Qui ne tente rien n'a rien! John, je pense que tu avais eu une idée judicieuse, en fin de compte! Dépêchons-nous, à présent!"

"Oui, merci de votre confiance, mon père!" sourit le jeune homme.

Etienne Roligny se contenta de répondre:

"Prenez chacun une caisse et sautez dans la mer! C'est risqué, mais nous n'avons plus rien à perdre!..."

Les quatre passagers du voilier prirent donc chacun une caisse et coururent rapidement vers le pont supérieur. Mais, à peine y étaient-ils arrivés qu'une violente lame surgit du fond des mers. Affolés, les Roligny et le révérend Valnoy se jetèrent à terre, espérant qu'il ne leur arriverait rien. A peine étaient-ils au sol qu'ils entendirent des cris terribles. Ils ne mirent pas bien longtemps pour deviner leur provenance:

"Ainsi, le Seigneur a rappelé à lui le capitaine et les marins de ce voilier, constata solennellement le révérend Valnoy."

"Autrement dit, enchaîna Etienne, si nous ne nous dépêchons pas rapidement, ce sera notre tour! Allons-y!"

Le négociant huguenot se releva rapidement puis, suivi par sa femme, son fils et le précepteur de son fils, ils s'emparèrent des caisses qu'ils pouvaient saisir, coururent vers la poupe du bateau puis, en même temps qu'ils priaient Dieu en leur for intérieur, ils sautèrent dans la mer.

La Méditerranée était devenue particulièrement houleuse et ne rendait pas la tâche aisée pour les quatre huguenots. Catherine Rolingy et son fils burent même la tasse à deux ou trois reprises et manquèrent de couler. Mais les côtes étant devant eux, ils ne pouvaient se permettre d'abandonner.

"Il...Il faut continuer! lâcha Etienne Roligny, malgré les vagues qui éclaboussaient constamment son visage. Nous avons l'occasion de sauver nos vies et notre marchandise, nous ne pouvons nous permettre d'abandonner si près du but!"

Encouragés par les injonctions du négociant de New Rochelle, les trois autres naufragés se mirent à battre des jambes dans la mer, tout en s'agrippant fermement à ou aux caisses qu'ils avaient sous les bras, malgré la tempête. Cependant, au fur et à mesure qu'ils progressaient, ils sentaient que les conditions météorologiques devenaient moins critiques, ce qui fut traduit par une parole de John, qui commençait pourtant à se fatiguer:

"C'est...C'est bon! Je sens que nous pouvons arriver près des côtes, nous y sommes presque!"

Tout à coup, un grondement terrible se fit entendre derrière le jeune homme et les autres naufragés. Le jeune calviniste jeta un coup d'oeil derrière lui et pâlit. Une vague de deux ou trois mètres de haut s'apprêtait à les engloutir, lui, ses parents, et le révérend Valnoy. Il n'eut néanmoins pas l'occasion de pousser un cri de terreur, car la lame s'abattit brutalement sur eux, les fit goûter de plus belle à l'eau de la Mer Méditerranée, puis les projeta en avant. Dans le tumulte, trois des six caisses ayant pu être sauvées étaient désormais définitivement perdues. Les trois autres se retrouvèrent sur le rivage avec les quatre naufragés.

La famille Roligny et le révérend Valnoy restèrent inconscients pendant deux minutes, puis la pluie vint les sortir de leur torpeur. John fut le premier à se remettre sur ses deux pieds. Il regarda autour de lui, puis murmura:

"Nous...Nous sommes donc vivants...Nous pouvons donc remercier Dieu..."

Son père se releva ensuite à son tour et dit à son fils:

"John...Où sommes-nous?"

Le jeune homme secoua la tête:

"Je n'en ai aucune idée, malheureusement...Nous avons pu sauver la moitié de la cargaison restante, ainsi que nos vies, mais nous sommes bel et bien perdus..."

"Dans ce cas, répondit Etienne Roligny, il va falloir nous débrouiller nous-mêmes...Je me charge de réveiller le révérend et ta mère, John, reste immobile pour l'instant."

Il ne fallut pas plus d'une minute au négociant pour réveiller Catherine et le pasteur. Ce dernier s'adressa à lui en en ces termes:

"Où sommes-nous, Etienne?"

"Je n'en ai malheureusement aucune idée, révérend. La seule chose dont je sois sûr, c'est que nous sommes sains et saufs et que nous avons pu préserver la moitié de notre cargaison restante, les trois autres caisses ont coulé pour de bon...Je crois que nous n'avons plus d'autre choix que de marcher droit devant nous...John, prends une caisse, je me charge des deux autres. Catherine, révérend, vous marcherez derrière nous!"

Catherine et le pasteur hochèrent la tête, puis suivirent le père et le fils Roligny, qui avaient entamé leur marche sur la plage. Ils la quittèrent trois minutes plus tard, puis commencèrent à découvrir le paysage qui se tenait devant eux, malgré une obscurité quasi omniprésente:

"J'ai...J'ai l'impression que nous sommes dans un paysage de collines rocheuses, voire peut-être de montagnes..."

"Cela ne nous éclaire guère sur notre localisation." soupira John.

"En ce qui me concerne, j'ai l'impression que nous sommes arrivés dans l'Empire ottoman, étant donné que nous avions dépassé la Sicile depuis plusieurs jours...Mais je ne crois pas que nous sommes arrivés à notre destination initiale, suggéra Etienne. En attendant, il nous faut continuer à marcher, malgré les intempéries!"

"Oui, père." approuva John.

De leur côté, le révérend et Catherine ne bronchèrent pas et suivirent le propriétaire des manufactures Roligny et son fils. Toutefois, après plus d'une demi-heure de marche, la fatigue vint les gagner, à cause de l'environnement hostile et accidenté, et de la pluie qui n'en finissait plus de tomber, sans compter que les quatre naufragés n'avaient guère eu l'occasion de dormir et qu'il leur avait fallu nager dans des conditions difficiles. Etienne tenta bien de résister à la fatigue durant cinq minutes, mais il finit par voir le révérend Valnoy, puis sa femme tomber à terre et sombrer dans l'inconscience. L'effet d'entraînement faisant son effet, il s'écroula à son tour. Quant à John, il se sentait flageolant sur ses jambes, mais priait de tout son coeur pour ne pas céder au sommeil. Néanmoins, ses parents et son précepteur ayant succombé à la fatigue, il décida de se laisser aller; il fit un demi-tour sur lui-même, puis, les paupières de plus en plus lourdes, il tomba, ventre à terre. Cependant, avant de perdre conscience, l'espace d'un dixième de seconde, il eut le temps d'apercevoir quelque chose semblable à des colonnes doriques.

Le lendemain, vers dix heures

Non loin de l'endroit où John, sa famille et le révérend Valnoy s'étaient évanouis, trois hommes, ou plutôt deux jeunes hommes et un jeune garçon, marchaient. Le plus âgé du groupe devait avoir dépassé la vingtaine, il avait les cheveux châtains foncés, avec une mèche qui couvrait son front, et était plutôt grand. Le deuxième se rapprochait de la vingtaine, avait un teint basané indiquant qu'il devait venir d'un pays de l'hémisphère sud, certainement du grand Empire ibérique se situant en Amérique du Sud, le troisième avait les cheveux noirs et courts et était bien plus jeune que ses deux compagnons. Tous, malgré leurs origines diverses, ils portaient des tenues très proches de celles des combattants grecs de l'Antiquité, l'aîné du groupe portant notamment un plastron recouvrant sa poitrine. Ils marchaient d'un bon pas, escaladant le paysage rigoureux, quand ils crurent apercevoir quelque chose au loin:

"Maître! dit le plus jeune à l'aîné du groupe. Il...Il me semble qu'il y a quelque chose non loin devant nous!...Ou plutôt quelqu'un!"

"Des gens s'aventurant par ici? s'étonna le jeune homme. Pourtant, depuis que je suis arrivé au Sanctuaire, l'on m'a toujours dit que c'était un lieu inaccessible pour ceux qui n'y vivent pas!"

Puis, se tournant vers le jeune homme basané:

"Cristobal! Pars en avant et viens voir ce qu'il y a précisément devant nous! Arkantos et moi, nous resterons derrière toi!"

"Comme tu voudras." répondit le jeune homme du nom de Cristobal.

Cristobal partit donc d'un bon pas, suivi par Arkantos et l'aîné du groupe. Ce dernier et le jeune garçon avaient marché pendant vingt secondes de plus, quand Cristobal leur dit:

"Il y a quatre personnes ici! Ils sont tous vêtus de noir! Il y a un homme d'âge mûr, une femme un peu plus jeune que lui, un homme encore plus âgé, si l'on voit ses cheveux grisonnants, et un jeune homme qui semble avoir environ vingt ans!"

"Et comment vont-ils, Cristobal?"demanda Arkantos.

"Ils sont vivants, mais évanouis! Je ne sais pas comment ils ont pu arriver ici, mais nous ne pouvons pas les abandonner à leur sort!"

"Ce ne serait pas digne de nous, en effet, admit l'aîné du groupe. Le problème, c'est que Rodorio, le village le plus proche du Sanctuaire, a fermé son dispensaire aujourd'hui! Et pourtant, il faut pouvoir sauver ces malheureux!"

Cristobal allait répondre, quand il entendit plusieurs pas derrière lui. Il se retourna et vit quatre hommes portant la même tenue et dont les traits étaient couverts par des casques ressemblant à ceux de l'époque antique. L'un des hommes s'avança vers l'aîné du groupe et lui dit:

"Chevalier! Nous inspections en ce moment les montagnes qui protègent le Sanctuaire de la curiosité du commun des mortels, mais nous n'y avons rien trouvé!"

Le jeune chevalier fronça les sourcils, puis rétorqua:

"Permets-moi de te détromper. Nous venons de trouver quatre personnes égarées dans ces montagnes, vivantes mais inconscientes! Je ne sais pas comment ils ont pu venir ici, mais nous ne pouvons pas les abandonner!"

"Et que comptez-vous faire, chevalier?" demanda le soldat.

"Etant donné que le dispensaire de Rodorio a fermé aujourd'hui, je vais, avec l'aide de Cristobal et d'Arkantos, les amener au Sanctuaire!"

Le jeune garçon intervint:

"Maître! Vous n'y songez quand même pas sérieusement?"

"Bien sûr que si, Arkantos, pourquoi me poses-tu cete question?"

"Seuls les chevaliers sacrés ont le droit de se trouver sur les terres sacrées du Sanctuaire! Il est formellement interdit d'héberger des inconnus là-bas!"

"Chevalier, dit alors l'un des soldats, je crois que votre disciple a raison, je ne pense pas que le Grand Pope apprécierait que vous désobéissiez à ses ordres..."

"Le Grand Pope, répondit le jeune homme, m'a aussi appris qu'il est parfois bon de désobéir à certains ordres quand la situation l'exige! Les lois et les règles sont faites pour nous guider, pas pour nous asservir! Cristobal, tu vas porter le plus âgé des étrangers sur tes épaules, Arkantos, tu te charges de la femme, tandis que je m'occuperai des deux autres!..."

Le chevalier s'arrêta subitement de parler, puis remarqua les caisses qui se trouvaient près des égarés. Il s'adressa alors aux soldats en ces termes:

"Quant à vous, vous porterez ces caisses, afin de ne pas être inutiles! J'irai m'expliquer en personne auprès du Grand Pope, il comprendra!"

************

"L'on m'a raconté cela peu de temps après que je sois arrivé au Sanctuaire." dit John

Le révérend Trevor avait écouté de manière perplexe le récit de John. Une perplexité qu'il finit par traduire en mots:

"John, je ne vous comprends pas...Où voulez-vous en venir?"

"Restez patient, révérend, demanda le jeune homme. Je vous l'ai dit, c'est une longue histoire, très longue histoire..."

************

John

Je me suis réveillé au bout de plusieurs heures de sommeil. Je m'étais effondré sur le sol dur de ce paysage hostile, où je n'avais pu décerner qu'une colonne dorique au lointain. Visiblement, il se peut que nous nous trouvions dans l'Empire ottoman, mais dans sa partie grecque...Istanbul est donc encore loin...Je regarde autour de moi, je me trouve dans un lit plutôt confortable, les quatre murs qui m'entourent sont en pierre. Je me palpe, je me tâte, je n'ai aucune blessure sur le corps, je suis donc en bonne santé. Je regarde une nouvelle fois autour de moi, je suis seul. Je me lève, inquiet:

"Père! Mère! Révérend! Où...Où êtes-vous?"

Personne ne répond. Je commence à m'affoler, je cours alors vers une porte que j'ai eu le temps de repérer, mais je n'ai pas l'occasion de l'ouvrir; quelqu'un le fait à ma place, et me demande, avec un fort accent espagnol:

"Tu es réveillé?"

Je ne réponds pas tout de suite, trop surpris par cette apparition. Celui qui se trouve devant moi est un jeune homme un peu plus âgé que moi, aux cheveux châtains foncés, le front couvert par une mèche de cheveux et vêtu d'une tenue bleue similaire à celle des combattants de la Grèce antique. Je n'y comprends absolument rien. Mon vis-à-vis me regarde fixement et me dit avec un sourire:

"Aurais-tu perdu ta langue?"

"Non, pas du tout, répondis-je. Je vais bien, merci...Mais...Mais pourquoi portez-vous cet accoutrement bizarre?"

"Ce n'est que la tenue des habitants du Sanctuaire, quand ils sont soldats ou ne portent pas leurs armures de chevaliers sacrés!"

Je lève les yeux au ciel pendant cinq secondes, ne comprenant plus rien à rien, avant de balbutier:

"Le...Le Sanctuaire?...Les...Les chevaliers sacrés?...Mais où suis-je? Et où sont mes parents et le révérend Valnoy?"

"Ils vont bien, rassure-toi. Ils dorment encore dans la pièce à côté. Maintenant, quant à savoir le lieu où tu te trouves, je peux te le dire: tu es sur le territoire du Sanctuaire de la déesse Athéna!"

"Athéna?! dis-je d'un ton étonné. La déesse de la Guerre dans la mythologie grecque? Il y a donc encore des païens de nos jours?"

"La fidélité que nous autres chevaliers avons pour elle est moins d'ordre religieux que spirituel. Nous la servons car c'est elle qui protège l'humanité des forces du Mal...Tu auras le temps de tout apprendre sur ce sujet...Mais, dis-moi, comment t'appelles-tu?"

"Je me nomme John Roligny, fils d'Etienne Roligny, propriétaire d'une manufacture de draps à New Rochelle, ville fondée par des réformés après l'édit de Fontainebleau."

"Tu viens donc de loin, John, sourit le jeune homme. Quant à moi, je suis Felipe, chevalier du Capricorne!"

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