Bienvenue sur Saint Seiya Animecdz
  




Cette fiche vous est proposée par : black dragounet


L'émergence des géants

Babylone, Temple de Mardouk, août 1962

De l’extérieur c’était un bâtiment délabré, portant la marque du temps qui n’éveillait que l’indifférence des passants. L’intérieur était tout autre une fois que l’on en avait franchi le seuil anonyme.

On découvrait alors un temple majestueux à la richesse tapageuse fait de marbre noir. Les lourdes portes étaient faites d’or massif, de gigantesques tapis finement brodés recouvraient le sol, les murs étaient peints de somptueuses fresques racontant les exploits passés de Mardouk, le roi de Babylone devenu le roi des dieux de Mésopotamie. Les murs, le sol et le plafond de la salle centrale, où convergeaient tous les couloirs bordés de colonnes, étaient sertis de pierres précieuses. Un trône, taillé dans un unique bloc de diamant et surplombant l’ensemble, était occupé par l’héritier du titre et du nom de Mardouk, un jeune homme âgé de moins de quinze ans. Il était le quatre-vingt septième à occuper le siège du pourfendeur de Tiamat. Il portait une armure magnifique, faite d’écailles reptiliennes semblables à des rubis et recouvertes de motifs d’or et de platine, un gros diamant noir occupant le centre du plastron. L’armure protégeait la poitrine, les avant-bras et les genoux, sa tête restant nue. Il tenait dans sa main droite une épée noire, sertie de joyaux, la pointe sur le sol. Cela rajoutait encore à la présence quasi-divine qui émanait de l’homme, tant sa beauté était grande et ses yeux saphirs transperçants. Sa longue chevelure bleu marine était nouée en queue de cheval et descendait sur son épaule droite. Autour de lui dix combattants, huit hommes et deux femmes d’âges divers, revêtus également de puissants habits guerriers, gardaient le silence.

Face à cette assemblée se tenaient deux visiteurs. Revêtus de leurs armures dorées, les casques sous le bras, Akiera des Gémeaux et Praesepe du Cancer n’étaient nullement impressionnés par les lieux ou du moins ne le laissaient pas paraître.

-Vous avez demandé à me rencontrer émissaires du Sanctuaire, déclara Mardouk. Eu égard aux alliances qui ont toujours existé entre le conseil mésopotamien et le Sanctuaire d’Athéna, moi, héritier de la puissance séculaire de Mardouk, je vous accorde audience. Parlez et vous serez écoutés.

Après un instant, ce fut Praesepe qui prit la parole.

-Nous vous remercions humblement de nous recevoir. Nous sommes ici pour… clarifier la situation. Notre Sanctuaire n’a pu éviter de constater que les armures d’Ea s’étaient réveillées et que de nouveaux porteurs s’étaient présentés sous votre autorité. Athéna a la responsabilité de la Terre et assure sa protection. Nous venons donc nous enquérir du motif qui a amené au réveil des guerriers sacrés de Mésopotamie.

Mardouk laissa passer quelques secondes avant de reprendre d’une voix froide.

-Nous n’avons pas à répondre de nos décisions devant votre Sanctuaire.

A ces mots Akiera se tendit légèrement tandis que Praesepe attendait patiemment la suite.

-Néanmoins, je vais vous révéler les raisons qui m’ont amené à réveiller les protecteurs des peuples de Mésopotamie et à revêtir cette armure faite du corps même de Tiamat. Les sages ont étudié les eaux du Tibre et de l’Euphrate et ont interprété les messages que nous transmettent nos ancêtres. Le monde va au-devant d’une série de crises comme jamais il n’en a traversé. Ces crises seront provoquées par les dieux olympiens et leurs veines et incessantes querelles. Oui, encore une fois votre déesse guerrière va participer à des batailles dont les répercussions seront sensibles pour tous les peuples de la planète.

Akiera faillit réagir devant la critique directe d’Athéna mais Praesepe lui intima le calme d’un regard.

-Ces querelles ont déjà provoqué bien des malheurs par le passé, mais cette fois-ci les présages annoncent des cataclysmes d’ampleurs mythologiques. Tout conduit à penser que votre déesse sera incapable de protéger efficacement mon peuple et qu’elle ne pourra donc pas honorer nos anciennes alliances. J’ai donc décidé de réunifier la Mésopotamie antique et de l’isoler du reste du monde en la confiant à la garde de ses protecteurs légitimes.

-Si je puis me permettre, je souhaiterais vous présenter mon point de vue sur la question, proposa le sage Praesepe avec un ton diplomate.

-Faites donc, répondit Mardouk.

-Vous projetez de réunifier la Mésopotamie antique, or comme vous le savez elle est aujourd’hui divisée en plusieurs pays administrés depuis des millénaires par les hommes. Si aujourd’hui vous ressurgissez du passé et réclamez ce que vous estimez comme votre territoire, même dans un objectif noble, vous allez à l’encontre de tous les accords conclus avec Athéna depuis deux mille ans. Vous savez que ma déesse préconise de laisser les humains maîtres de leur destin. Il a été clairement convenu que vous deviez laisser votre peuple vivre de façon indépendante en ne conservant qu’un rôle d’observateur.

-Certes, mais aujourd’hui nous sommes face à un cas de force majeure. Ma volonté est de reprendre la tête de mon royaume, tel mes ancêtres, afin de le protéger des dangers futurs.

-Vous ne pouvez pas être sans savoir que les hommes ne reconnaîtront pas votre autorité. Vos ancêtres ont certes été déifiés par la légende mais pour la plupart de vos sujets vous n’êtes au mieux qu’un mythe périmé.

-J’ai conscience de cela. Et je suis même conscient du fait qu’il me faudra peut-être utiliser la force pour reconstituer mon domaine légitime.

-Dans ce cas avec tout mon respect, le régime que vous allez instaurer en ces terres sera bien proche d’une tyrannie.

-Je le répète, j’ai conscience que les hommes ne comprendront peut-être pas tout de suite ma démarche. Mais la seule chose qui importe est que j’agisse pour leur bien. Car comme je l’ai dit, je ne pense pas que votre ordre pourra assurer la sécurité de mon domaine légitime.

Akiera qui s’était retenu d’intervenir jusque-là ne put s ‘en empêcher cette fois-ci.

-Ridicule, si le Sanctuaire tombait qui espérez-vous pouvoir protéger ? ,dit-il avec un ton virulent. Les Chevaliers d’Athéna sont les seuls à être capable de défendre la Terre efficacement, vos guerriers ne sont rien en comparaison.

-Akiera je te prie d’avoir plus de mesure, le coupa Praesepe.

-Quelle insolence ! , intervint un homme de l’assistance.

Il était âgé d’une vingtaine d’année et possédait une musculature impressionnante particulièrement mise en valeur par son armure dorée moulante.

-Seigneur Mardouk, moi, Gilgamesh gardien de la cité d’Ourouk, demande l’autorisation de châtier cet impudent.

-Il est inutile d’arriver à une telle extrémité, dit Praesepe pour essayer de calmer le jeu.

-Au contraire, ainsi il sera clair que leurs pouvoirs ne peuvent rivaliser avec les nôtres, continua Akiera avec un ton provocateur.

L’homme qui disait s’appeler Gilgamesh sembla devenir fou de rage et se mit à courir vers le chevalier des Gémeaux à une grande vitesse.

-C’en est trop ! , cria-t-il en passant à l’assaut.

Akiera se contenta de lever le bras droit projetant une multitude de jets de lumière en utilisant son cosmos à l’état brut. Les rayons atteignirent son adversaire sans que celui-ci ne comprenne même qu’il était attaqué. Il fut submergé en un instant, soufflé comme un fétu de paille, puis chuta lourdement au sol, son armure gravement endommagée, mais néanmoins vivant.

Tous les autres guerriers se déployèrent dans la pièce, encerclant les deux chevaliers d’or à la vitesse de l’éclair tandis que Gilgamesh se relevait péniblement. Ils déployèrent des cosmos impressionnants et se mirent en garde.

-Par Athéna, Akiera contrôle-toi ! , hurla presque Praesepe en perdant son flegme habituel.

Le chevalier au visage aussi beau que celui des dieux regarda son compagnon à la peau d’ébène avec énervement.

-Je te propose plutôt de dire ça aux autres, dit-il en désignant les guerriers qui les entouraient.

-Que tout le monde se calme, tonna la voie puissante de Mardouk tandis que son cosmos se déployait dans la salle avec une violence inouïe.

-Quelle puissance !, songea Praespe. Seul le cosmos de Sion pourrait être comparé sans pâlir à celui de cet homme.

Les guerriers regardèrent leur chef puis abaissèrent leur cosmos. Ils restèrent néanmoins autour des deux étrangers. L’aura de Mardouk se dissipa à son tour.

-Je regrette profondément cet incident, dit Praesepe. Et je suis sûr que mon compagnon le regrettera aussi d’aussi peu, ajouta-t-il en regardant le chevalier des Gémeaux.

L’androgyne prit un air renfrogné, fuyant le regard du chevalier du Cancer.

-Ton bouillant compagnon a néanmoins rappelé que la légendaire réputation des chevaliers d’or n’était pas usurpée. Terrasser Gilgamesh d’un seul coup est un exploit remarquable. Néanmoins ne pensez pas qu’il en serait allé de même face à tous mes guerriers. Si l’ancêtre antique de Gilgamesh n’a pas été déifié par la tradition, c’est qu’il existe une bonne raison.

Le seigneur de Babylone marqua une pause dans son discours. Puis fixant Praesepe, il reprit.

-Chevalier du Cancer, toi qui semble si sage, quel serait selon toi la réaction de ton Grand Pope si je mettais mes projets à exécution ?

-Je connais très bien le Grand Pope Sion et pense donc pouvoir répondre à cette question avec objectivité. Il essaierait de vous convaincre de respecter les anciennes alliances et de faire confiance aux chevaliers d’Athéna pour protéger votre peuple. C’est là la voie de la raison car le Sanctuaire s’opposerait à toute tentative visant à instaurer un royaume qui ne serait pas dirigé par les hommes.

Le ton de Praesepe avait été ferme sans pour autant être agressif. Il n’avait fait que présenter la situation. Mardouk ferma les yeux et réfléchit de longues secondes. Même s’il portait le nom d’un dieu et semblait posséder une puissance terrifiante, il semblait à Praesepe qu’il n’était en cet instant plus qu’un homme bien jeune pour prendre de si grandes décisions. Finalement, il ouvrit les yeux.

-Je propose un test, déclara-t-il simplement.

-Quelles en seraient les règles ? , interrogea Praesepe.

-Les chevaliers qui combattront lors des futures batailles devront me prouver qu’ils seront dignes de ma confiance. Deux de ces chevaliers seront opposés à deux de mes meilleurs guerriers. Nul ne devra intervenir dans cette opposition qui se terminera par la mort ou l’abandon des combattants. Enfin, dans l’hypothèse d’une défaite de mes champions, vos deux chevaliers devront faire face à une ultime épreuve. S’ils échouent, je serais libre de gérer comme bon me semblera les territoires de la Mésopotamie antique. Si vos chevaliers l’emportent, moi et mes guerriers resterons dans l’ombre et n’interviendrons qu’au cas où le Sanctuaire serait défait lors de ses futures batailles.

-Vous parlez des chevaliers de la génération qui participera aux futures guerres saintes ? , observa Praesepe. Mais ces chevaliers ne seront pas formés avant encore plusieurs années. Même s’ils sont déjà nés, ce ne sont au mieux que des enfants à l’heure actuelle.

-Dans ce cas, vous avez quatre ans pour former vos jeunes gens et venir les présenter à mon épreuve. En cas d’absence, je me considérerai vainqueur par forfait.

Praesepe essayait de ne pas faire attention à la mine déçue d’Akiera. Il ne faisait aucun doute que le beau chevalier aurait préféré participer lui-même à cette épreuve et sur-le-champ tant qu’à faire.

-Je vais présenter votre offre au Grand Pope, conclut-il d’un ton diplomatique. Nous vous ferons parvenir notre réponse dans les plus brefs délais.

-Je ne doute pas que votre maître reconnaîtra la justesse de ma proposition. A dans quatre ans donc, chevaliers d’Athéna.

Après une dernière révérence, un peu mécanique de la part d’Akiera, les deux représentants d’Athéna quittèrent les lieux. Une fois à l’entrée du temple ils récupérèrent leurs capes qu’ils et en recouvrir leurs armures puis descendirent vers la ville sans échanger un mot. Ils traversèrent Babylone rapidement. Praesepe lançait régulièrement un regard sombre à Akiera qui feignait de l’ignorer. Enfin, lorsqu’ils eurent parcouru une certaine distance dans un paysage désertique, le chevalier du Cancer se tourna vers son compagnon et le saisit par les bras.

-Enfin, Akiera qu’est-ce qui se passe avec toi ! , hurla-t-il au visage de l’homme aux traits si féminins. Ton attitude a été totalement déraisonnable! Nous étions là en tant qu’ambassadeurs auprès de vieux alliés de notre déesse, ton attitude condescendante et méprisante aurait pu ruiner des siècles d’entente ! Heureusement que ce Mardouk est d’une aussi grande sagesse que le dieu des légendes dont il porte le nom sinon cela aurait pu finir en bain de sang ! Et dans notre situation d’infériorité numérique nous aurions pu perdre la vie et compromettre notre mission!

-Ah oui, notre fameuse grande mission de formation, dit-il en ricanant. Je suis un guerrier, mon ami. Un guerrier frustré des grandes batailles dont il avait rêvé étant jeune. Le jour où Dokho m’a dit que je ferai un bon professeur je crains fort qu’il ait fait preuve d’un grand manque de jugement.

-Pourtant tu as déjà formé deux chevaliers d’argent.

-Tu sais bien que les chevaliers d’argent postulants possèdent à la base un potentiel tel qu’aucun candidat n’échoue jamais lors de son épreuve. Je pense qu’ils ne doivent leur succès qu’à eux seuls et que j’ai plus été un frein à leurs progrès qu’autre chose. Le vrai test finalement, c’est d’arriver à former un chevalier de bronze. De prendre quelqu’un au hasard dans la foule, un enfant qui n’a à priori aucunes prédispositions et de lui faire découvrir le cosmos. Or je ne suis encore jamais parvenu à réaliser ce défi. Mes élèves échouent systématiquement lors des tournois ou lors des épreuves finales. Ils sont si… faibles ! Je n’arrive pas à me mettre à leur niveau contrairement à toi ou Sérapis. Pourtant, je t’assure que j’ai essayé de toute mon âme mais je ne suis pas fait pour ça. Tout à l’heure lorsque ce Gilgamesh m’a attaqué, même si ce fut bref, pendant une fraction de seconde je me suis senti vivant. Je ne me reconnais que dans la violence.

Praesepe regarda avec surprise son ami, comme s’il était inconcevable qu’un homme au visage aussi doux puisse prononcer de telles paroles.

-Il faut que tu te ressaisisses mon ami. Nous allons avoir besoin de toi. Car je te rappelle que d’ici quatre ans, en grande partie par ta faute, nous allons devoir présenter deux jeunes chevaliers, qui devront impérativement être très puissants pour réussir leur épreuve. Or nous n’avons pas encore le moindre candidat pour une armure d’or.

-Je suis incapable de former correctement de simples chevaliers de bronze et tu voudrais que je forme des chevaliers d’or ? Allons sois sérieux.

-Pourquoi pas ? Après tout dans ce cas, tu serais à leur niveau.

Akiera éclata de rire, se dégagea des bras de Praesepe puis quitta les lieux en se déplaçant à grande vitesse.

Quelques heures plus tard, il était assis sur les marches devant sa maison et regardait la voûte étoilée, repensant à une conversation qu’il avait eu bien des années plus tôt avec Doko aux Cinq Pics. Lorsque Sion arriva derrière lui, il ne fit pas un geste pour l’accueillir.

-Praesepe m’a fait son rapport, dit Sion d’une voix dure. Il n’est pas la peine de préciser que je suis extrêmement peu satisfait de ton comportement. Alors que je fondais de grands espoirs sur toi tu m’as beaucoup déçu ces derniers mois. Je t’ordonne de quitter le Sanctuaire pour quelques temps afin de parcourir le monde. Je souhaite que tu réfléchisses à ton rôle au sein de notre ordre lors de ce périple que je veux introspectif.

Akiera restait immobile, comme s’il était seul. Finalement, il tourna la tête pour regarder Sion.

-Il sera fait selon la volonté du Grand Pope, dit-il simplement avant de fixer à nouveau les étoiles.

Après quelques secondes Sion tourna les talons et entreprit de rejoindre son palais.

Sanctuaire, un terrain d’entraînement, février 1964

Un vent glacial soufflait sur le Sanctuaire et plus spécialement sur une petite aire de combat où se faisaient face deux jeunes gens. Deux autres apprentis étaient assis à l’extérieur de l’aire et regardaient l’échange tandis que leur maître, Asmon, était debout, les bras croisés et légèrement en retrait. Les yeux du chevalier d’argent étaient rivés sur son fils qui était un des deux combattants.

Saga avait à présent cinq ans et ne gardait aucun souvenir de sa vie hors du Sanctuaire. Le garçon était pour tous le fils adoptif du chevalier d’Orion. Il portait ses cheveux bleus longs et était très grand pour son âge.

Il faisait face au jeune Yvan, un garçon massif de quatre ans son aîné. Il venait de Russie et était déjà élève d’Asmon lorsque celui-ci était réapparu un jour avec Saga en prétendant l’avoir découvert abandonné dans une rue d’Athènes.

Le combat durait depuis plusieurs minutes à présent et le garçon aux cheveux bleus dominait très nettement. Il parait ou esquivait facilement les attaques de son adversaire et touchait presque quand il le voulait. Néanmoins, prévenant, il retenait ses coups pour ne pas blesser Yvan. Celui-ci corrigeait ainsi petit à petit ses erreurs, améliorant ses attaques et sa garde au fur et à mesure.

-Saga porte un peu tes attaques, tu n’as pas de pitié à avoir pour ton adversaire ! , cria soudain Asmon, ulcéré par le comportement de son fils.

Les deux garçons se figèrent. Ils regardèrent leur instructeur puis se fixèrent à nouveau. Yvan adressa un petit sourire à Saga. Il lui était déjà reconnaissant d’avoir retenu ses coups jusque-là et savait qu’il progressait beaucoup au contact de Saga. Le garçon aux cheveux bleus acquiesça d’un mouvement de tête. Son sourire s’effaça, remplacé par une expression décidée. Yvan se mit en garde, se concentrant au maximum sur sa défense et sur les mouvements de son adversaire. Saga jaillit soudain en portant un coup de pied sur le Russe. Celui-ci allait esquiver mais réalisa soudain que le coup était une feinte. Il vit le poing de Saga arriver… puis ce fut le noir.

-… hé ça va ?

Yvan ouvrit péniblement les yeux. Il voyait littéralement des étoiles. Il commença à distinguer le visage amical de Saga ainsi que ceux d’Angelos et Taniladis, les deux autres apprentis du chevalier d’argent âgé respectivement de cinq et dix ans.

-J’y suis pas allé trop fort ?

Le jeune russe se redressa péniblement sur ses coudes. Il sourit faiblement.

-Je crois que j’t’ai fait un bel œil au beurre noir, dit Saga en s’excusant.

-Je te revaudrais ça alors, répondit Yvan.

-Franchement Yvan, c’est lamentable.

La voix dure était celle d’Asmon qui toisait les deux jeunes gens.

-Après tant d’année, te faire avoir par un enchaînement aussi simple ! Tu es pathétique! D’ailleurs c’est valable pour vous aussi, ajouta-t-il en désignant les deux spectateurs. Vous n’aurez jamais d’armures, je ne vois pas pourquoi vous perdez votre temps ! Seul Saga est un peu doué ici ! Mais comme monsieur préfère aider ses petits compagnons à progresser alors que c’est peine perdue, il stagne plus qu’il ne devrait !

Le chevalier d’argent s’éloigna en fulminant.

Saga adressa un sourire gêné et désolé aux autres enfants. Ils lui répondirent d’un geste de ne pas s’en faire. Ils avaient appris à vivre avec le mauvais caractère du chevalier d’Orion et ne tenaient pas rigueur à Saga de son statut de favori. Il aurait été facile pour eux de détester l’élève préféré de leur sévère maître, mais Saga avait tant de qualités humaines que cela était impossible. De plus sa supériorité ne se discutait pas, même si Saga, modeste, tentait toujours de valoriser ses compagnons.

-Bon voyons ce que l’on peut faire pour cet œil car comme ça tu es encore plus laid que d’habitude, dit Saga pour détendre l’atmosphère. Angelos, tu peux aller chercher un peu d’eau fraîche, s’il te plaît ?, ajouta-t-il à l’intention du jeune apprenti.

-Pas de problème, j’y vais, répondit le timide benjamin du groupe.
Saga s’agenouilla à côté d’Yvan pour regarder l’œil de son ami de plus près. Ce dernier poussa un petit gémissement lorsque les doigts de Saga touchèrent précautionneusement son œil blessé, mais il semblait évident qu’il mettait un poing d’honneur à ne pas pleurer.

Saga fit un clin d’œil discret à Taliradis lorsqu’une petite larme se forma au coin de l’œil valide du russe. Les deux se sourirent mais, charitables, se retinrent de rire.

-J’ai beau en avoir l’habitude, je l’ai tout de même rarement vu aussi furieux, commenta Taliradis en aidant Yvan à se redresser afin qu’il puisse s’asseoir.

-Qui ça ? Le maître ?, demanda Saga.

-Qui d’autre ? Tu sais, je crois que tu devrais faire attention. Il attend beaucoup de choses de toi. Si tu le déçois, il risque de te punir très sévèrement, même si tu es son fils adoptif.

Saga écouta avec grande attention les paroles de son compagnon. Taliradis était l’aîné de leur petit groupe, celui qui connaissait Asmon depuis le plus longtemps. Il était de plus d’une remarquable intelligence et ses conseils méritaient donc d’être écoutés.

-De plus, ajouta-t-il, j’ai l’impression que tu nous caches l’ampleur de tes progrès, n’est-ce pas ?

-Comment tu sais ça ?, interrogea Saga avec un hoquet de surprise.

Yvan et Taliradis échangèrent un regard complice.

-En fait, on n’en était pas sûrs… jusqu’à maintenant, répondit le russe.

Saga prit une moue contrariée, vexé d’avoir été aussi facilement manipulé

-Fais attention, si on s’en est rendu compte, il va s’en rendre compte aussi. Et il risque de ne pas apprécier…

-J’ai peur d’être séparé de vous trois si j’lui montre ce dont j’suis capable, murmura Saga.

-Tôt ou tard, c’est inévitable. Je crois que…

Ils entendirent alors les pas de leur maître se rapprocher et ce turent précipitamment. Ce qu’ils virent alors les figea sur place. Le chevalier d’argent tirait derrière lui Angelos par le col de sa tunique, les genoux du jeune garçon traînaient par terre, laissant une trace ensanglantée dans la poussière. Avec son autre main, Asmon portait un seau d’eau. Le regard furieux de chevalier d’argent était fixé sur son fils qui ne pu le soutenir et détourna les yeux, très inquiet.

Le chevalier s’arrêta à quelques mètres des trois jeunes gens et lâcha alors un Angelos sanglotant qui s’éloigna en rampant.

-Tu l’avais envoyé chercher ça, n’est-ce pas ?, affirma plus que ne demanda Asmon en présentant le seau.

Il posa alors l’eau juste devant lui et recula de deux pas.

-Viens donc le chercher, alors.

Saga jeta un regard inquiet à ses compagnons mais ceux-ci le fuirent en fixant le sol. Il se leva et s’approcha de son père, mais il n’osa pas relever la tête et regardait ses pieds.

-Et bien vas-y, ramasse-le, invita le chevalier.

Saga hésita puis tendit finalement la main vers le seau. Alors qu’il allait le saisir, il jeta un coup d’œil à son père, juste à temps pour voir celui-ci lui porter un coup de poing. Saga ne pu esquisser le moindre geste et encaissa un coup vicieux au bas-ventre. Il tomba à genoux en crachant du sang. Son père envoya le seau d’eau au loin d’un violent coup de pied puis tourna le dos à son fils et s’éloigna de quelques pas.

-Relève-toi et attaque-moi. Et je te conseille de me toucher…

Cette dernière phrase avait été prononcée avec un ton de menace sourde qui ne souffrait aucune contestation. Saga essuya donc le sang de sa bouche puis se releva sans attendre. Il se jeta alors sur son père le poing en avant. Celui-ci esquiva en faisant un simple pas de côté.

-Aucune conviction, commenta le chevalier en levant la main.

Saga se mit en garde, les deux bras devant le visage, mais à sa grande surprise le coup ne vint pas. Au bout de quelques secondes, il écarta ses bras et son regard rencontra les yeux méprisants de son père.

-Je crois que j’ai trouvé comment te motiver, siffla ce dernier.

Le chevalier d’argent sembla disparaître puis réapparaître à côté d’Angelos. Le jeune apprenti levait un regard surpris vers son maître quand il encaissa un violent coup de pied en plein visage. Le garçon s’écroula en pleurs, le nez brisé dans un angle improbable. Asmon se retourna alors vers Saga en le pointant du doigt. Celui-ci serrait les poings.

-Essaye à nouveau, cria-t-il. Et soit plus concentré, cette fois-ci !

-Très bien mais laisse-le tranquille ! Il n’est pas concerné !

-Au contraire il est totalement concerné, par ta faute qui plus est. C’est toi qui préfères t’occuper de tes petits copains plutôt que de t’entraîner sérieusement. Aujourd’hui ils payent pour toi ton mauvais sens des priorités.

Pour appuyer son propos, Asmon décocha un nouveau coup de pied au visage d’Angelos. En voyant l’arcade sourcilière de son ami exploser, Saga sembla devenir comme fou et se jeta littéralement sur son père. Il tenta de lui porter un coup de pied mais l’adulte saisit la jambe de son apprenti par la cheville puis balaya son pied d’appui d’un coup rapide. Saga mordit la poussière mais se releva instantanément d’un mouvement souple. Il vit son père se déplacer à grande vitesse vers Taliradis et Yvan. Saga voulu crier pour leur dire de s’écarter mais c’était déjà bien trop tard. Un violent uppercut fit s’envoler Taliradis puis le jeune russe reçut un terrible coup de genou en pleine poitrine. Sous la violence de l’impact, Yvan fut projeter plusieurs mètres en arrière puis roula encore sur plusieurs mètres, totalement désarticulé. Asmon fit mine de poursuivre le Russe pour lui porter un nouveau coup mais il s’arrêta brusquement en sentant un cosmos se déployer. Arborant un sourire satisfait, il se retourna vers Saga qui était à présent entouré d’une aura rouge comme le sang.

-Pour la dernière fois, laisse-les tranquilles !

La voix de Saga était presque un murmure mais elle glaça Taliradis qui se relevait péniblement. La voix de Saga semblait suinter la colère… non, la haine ! Jamais l’aîné des apprentis n’avait ressenti une telle sensation d’agression émaner de quelqu’un. Pendant une fraction de seconde, Taliradis eu même l’impression que les yeux de Saga avaient changé de couleur pour prendre la couleur de son aura. Mais cette impression s’effaça comme un mirage.

-Monsieur se dévoile enfin, cracha le chevalier d’Orion. Très bien puisque tu as finalement décidé d’élever les débats, à mon tour de le faire. Si tu ne me touches pas sur ta prochaine attaque, je tuerai un de tes si précieux amis.

-Je ne te laisserai pas faire, siffla Saga. Tu ne leur feras plus de mal, si quelqu’un doit payer mon échec et mourir ce sera moi et personne d’autre.

-Vraiment ? Pourtant ton cosmos est loin de t’assurer une victoire face à moi. Si tu n’avais pas perdu ton temps avec ces minables, tu serais peut-être en mesure de m’inquiéter et de m’atteindre. Mais là, l’un d’entre eux va devoir de nouveau payer le prix de ta négligence.

-Je n’ai pas perdu mon temps avec eux. Ce sont mes amis, je suis fier de les avoir aidés à progresser. Et en retour ils m’ont également permis d’atteindre un niveau que tu n’imagines même pas.

-Vraiment ? Je suis curieux de voir ça.

Saga commença alors à intensifier son cosmos au maximum. Il lui était déjà arrivé à de nombreuses reprises de disparaître certains soirs pour allumer son cosmos en secret, loin des regards indiscrets. Il avait repoussé à chaque fois plus loin ses limites. Mais cette fois-ci, poussé par la rage, il décida de faire exploser toutes les barrières.

Au même moment, Kanon, le frère jumeau de Saga, se trouvait dans la maison de sa grand-mère maternelle. Celle-ci s’occupait de lui depuis la mort violente de ses parents. Seul dans sa chambre, il était occupé à lire un album illustré lorsque tout à coup une sensation familière le tira de sa lecture. Plusieurs fois au cours des mois précédents il s’était réveillé la nuit avec une impression bizarre, ses sens en émoi, un peu comme s’il planait. Il ne se l’était jamais expliqué et lorsqu’il en avait parlé à sa grand-mère celle-ci lui avait répondu qu’il s’était sans doute réveillé brusquement d’un rêve et que son étrange sensation venait du fait qu’il était à la fois encore un peu dans le monde des songes et dans le monde réel. Il avait accepté l’explication même s’il n’était guère convaincu. Mais là, c’était la journée et il ne pouvait donc s’agir de cela. De plus la sensation semblait s’accentuer…

Asmon eu un mouvement de recul, surpris par l’intensité de la cosmo-énergie que déployait son fils. Si au début, Saga n’avait été entouré que par une mince pellicule de lumière, à présent sa cosmo-énergie se déployait sous la forme de grandes volutes tourbillonnantes. Le jeune garçon avait fermé les yeux pour se concentrer au maximum sur sa sensation cosmique. Alors que sa conscience se fondait dans le sixième sens, il devina à l’extrême limite de son champ perceptif quelque chose d’inconnu. C’était comme une présence étrangère mais en même temps étonnamment familière. Il décida de se concentrer dessus et d’essayer de l’atteindre.

Kanon ne comprenait rien à ce qui lui arrivait et se demandait s’il n’était pas en train de perdre la tête. La sensation étrange redoublait d’intensité, il tremblait et suait à grosses gouttes, ses dents se mirent à claquer violement. Pourtant la sensation était agréable : il avait l’impression de quitter son corps, de flotter et de s’élever lentement vers le plafond. Soudain une nouvelle sensation vint se superposer à la première. Il avait l’impression d’entendre un appel comme si quelqu’un lui tendait une main amicale. Devenait-il fou ? Il ne le savait pas mais décida de se fier à un instinct enfoui qui lui commandait de ne pas ignorer l’invitation. Il se concentra et visualisa mentalement une scène représentant deux personnes en train de se serrer la main.

Saga sentit la présence inconnue s’ouvrir à lui et l’accepter. C’était un cosmos à n’en pas douter. Un cosmos étonnamment proche du sien qui plus est. Etait-ce une sorte de jumeau astral, son ange gardien ou son étoile protectrice ? Saga n’en savait rien. Mais l’étrange similarité de la présence lui donna une idée. Et s’il essayait de faire disparaître les quelques différences qui existaient entre son cosmos et l’autre ? A deux ils pourraient aller plus loin encore dans l’exploration du sixième sens. Il commença à manipuler par la pensée son être spirituel pour le faire coïncider avec l’inconnu.

-Je suis en train de rêver c’est la seule explication, pensait Kanon.

Sa conscience avait apparemment quitté son corps. Il avait contemplé un moment son enveloppe charnelle, comme s’il était devenu immatériel et qu’il flottait dans les airs. Puis il s’était envolé, avait traversé le plafond de sa maison et s’était élevé vers les cieux. Alors qu’il s’envolait vers l’azur il avait vu un point lumineux au loin qui avait alors commencé à se rapprocher de lui. Il réalisa bientôt qu’il s’agissait d’une entité lumineuse, une sorte de fantôme translucide, semblable à ce qu’il était présentement après avoir quitté son corps. Quand l’entité fut proche, il vit qu’elle avait un visage des plus familier puisqu’il s’agissait du sien. Son double s’arrêta alors à quelques mètres de lui, alors que sa maison n’était plus qu’un petit point blanc au loin. Ils restèrent là à se dévisager quelques secondes puis le double s’approcha de nouveau, un sourire amical sur les lèvres. Kanon décida de laisser faire et ils se fondirent en une seule entité dans un éclair de lumière.


Le chevalier d’Orion ne comprenait rien à ce qu’il se passait. Il avait senti Saga modifier légèrement la texture de sa cosmo-énergie et il lui avait semblé percevoir l’espace d’un instant une autre présence. Mais le cosmos étranger disparut presque aussitôt, absorbé par la présence de Saga qui s’était apparemment synchronisé avec. Ensuite le cosmos de Saga s’était comme emballé et avait décuplé d’intensité en quelques secondes. Peut-être était-ce dû à une espèce de phénomène de résonance ? Asmon était à présent terrifié par la force qu’il ressentait. Avec un tel pouvoir, son fils pourrait le souffler comme un fétu de paille. Les trois jeunes compagnons de Saga, qui s’étaient rassemblé entre-temps, même s’ils ne pouvaient pas ressentir avec autant d’acuité qu’Asmon ce qu’il se passait devinaient bien que quelque chose d’extraordinaire se produisait devant leurs yeux. Ils contemplaient, ébahis malgré les douleurs dues à leurs blessures, la démonstration de puissance de leur ami.

Saga ne faisait plus qu’un avec son cosmos, la présence qu’il avait sentie puis assimilée lui avait permis de faire sauter tous les verrous qui s’étaient présentés à lui, les uns après les autres. Il ne percevait plus le monde qu’à travers son sixième sens qui était d’une acuité de plus en plus aiguisée. Mais soudain, alors qu’il pensait ne faire qu’un avec l’univers il perçut un dernier verrou. S’il ne l’avait pas vu plutôt, c’est parce que cette dernière barrière était globale. Elle ne bloquait pas une direction mais toutes les directions. Elle empêchait d’entrer mais elle coupait aussi la sortie. Elle était infranchissable et montait jusqu’au ciel mais tout en étant aussi intangible et aussi impalpable que l’air. Elle donnait sur un lieu qui était nouveau et extraordinaire mais qui était en fait contenu dans l’endroit que l’on quittait en en franchissant le seuil.

Saga visualisa une clé dans son esprit qu’il glissa dans la serrure de l’ultime passage. Son cosmos explosa et il s’éveilla au septième sens.

Kanon pleurait des larmes immatérielles. Il avait cru son double amical et bienveillant mais il avait vite révisé son jugement. Plus qu’une fusion spirituelle, ce qu’il avait expérimenté ressemblait plus à un emprisonnement. Leurs essences spirituelles immatérielles s’étaient certes mélangées, mais leurs identités étaient demeurées totalement distinctes. Et l’autre était clairement dominante et guère précautionneuse à son encontre, comme si elle n’était même pas consciente de sa présence. L’âme de Kanon avait donc été reléguée dans un recoin sombre de la conscience du nouvel être qu’ils formaient. Il était enfermé dans un cachot isolé et oublié et n’avait plus aucun contrôle sur les événements. Il partageait les sensations nouvelles et inimaginables qui s’ouvraient à son double et lui mais n’en retirait aucun sentiment d’euphorie. Son désir aurait été que cela cesse à l’instant, qu’il retrouve son unité.

De plus, il avait perçu derrière la chaleur amicale du premier contact des choses bien plus sombres et obscures, une facette cachée qu’il n’aurait jamais pu deviner. Pire, il avait même perçu pendant un instant une troisième présence. Une sorte d’entité suintante, à la forme indéfinie et toujours changeante, noire comme la nuit et qui était venu vers lui. Kanon avait clôt ses yeux fantômes, puis des tentacules visqueux avaient parcouru son corps. Kanon avait ressenti la curiosité de la créature puis son désintérêt et son mépris. Une intelligence froide et terriblement vieille qui ne voyait en lui qu’un gamin terrifié et négligeable. Puis elle avait disparu comme elle était venue.

Kanon avait alors ressenti l’excitation de son double devant la porte du dernier secret. Il avait ressenti le verrou s’ouvrir puis avait été soudainement arraché à sa geôle. L’instant d’après il était de nouveau dans sa chambre, couché par terre, le corps couvert de sueur. Il s’aperçut qu’il baignait dans une lumière dorée…


-Le cosmos doré !, cria Asmon. C’est impossible !

Saga ouvrit les yeux et contempla son père qui tremblait de tout son corps. Il tourna alors lentement le regard vers ses trois compagnons, un sourire chaleureux sur le visage. Tous les trois étaient bouche bée, subjugué par la beauté du cosmos doré qui entourait Saga et par le calme et la sérénité absolue qui en émanait.

-La présence a disparu, songea Saga. Je me demande ce dont il s’agissait… Peut-être était-ce simplement une manifestation de mon propre cosmos…

Le garçon referma les yeux, prit une longue inspiration, puis expira à fond, ce qui dissipa son aura dorée dans un dernier effet de lumière magnifique, tel un soleil qui se couche sur un océan calme.

-On admettra que je n’ai plus besoin de te toucher pour mettre fin à cette histoire, déclara-t-il à l’intention de son père.

Ce dernier, qui transpirait à grosse goûtes angoissées, hocha la tête.

-Plus jamais tu ne les frapperas sans raison comme aujourd’hui. Ou alors… tu auras affaire à moi.

Asmon hocha de nouveau la tête, une expression terrifiée sur le visage.

Stockholm, 1er mars 1964

Il venait de neiger sur la Venise du Nord si bien qu’une couche de poudreuse recouvrait les rues de la ville. Peu habitué aux rigueurs de l’hiver et à la neige, Praesepe avançait sur les trottoirs verglacés en prenant bien garde à ne pas glisser, ayant décidé que se retrouver cul par-dessus tête ne serait pas une position digne d’un chevalier d’or. Il était habillé chaudement mais c’était surtout pour ne pas se faire remarquer, son cosmos suffisant largement à le réchauffer discrètement. Il reniflait néanmoins à intervalle régulier ce qui l’agaçait quelque peu… Logiquement il n’aurait pas dû prendre froid !

-Fichu pays, grommela-t-il en sortant de sa poche le plan et l’adresse que son informateur lui avait fournie.

Il hésitait à demander à nouveau son chemin. Il avait déjà dû le faire à plusieurs reprises, le sens de l’orientation dans une grande ville étant un concept qui lui était à peu près inconnu. Le fait que la ville en question s’étende sur une quinzaine d’île ne l’aidait pas vraiment. Il regarda le nom des rues du carrefour où il se trouvait puis la carte et soudain il eut l’illumination : il était presque arrivé.

Il se hâta de traverser le carrefour, passa devant une jolie petite fontaine dont les jets d’eaux étaient gelés puis atteignit bientôt l’entrée du bar qu’il recherchait. Il vérifia une dernière fois le nom de l’établissement tout en jetant un rapide coup d’œil à l’intérieur à travers les vitres. Les lieux étaient presque vides, ce qui semblait logique vu que l’on était à peine au milieu de l’après-midi. Il retira ses gants, tourna la poignée et pénétra à l’intérieur.

Les quelques tables occupées l’étaient par des touristes qui avaient décidé de s’abriter du froid autour de boissons chaudes. Une seule personne se trouvait assise au bar, une jeune femme enceinte qui lisait un roman. Elle était blonde, les cheveux coiffés en chignon avec quelques mèches laissées libres et portait de petites lunettes rondes. Praesepe ne pu s’empêcher de la trouver très attirante bien qu’elle devait être largement dans son huitième mois. Le barman, qui était occupé à préparer une commande, leva les yeux de sa tâche pour saluer le nouveau client. Les mots moururent sur ses lèvres lorsque Akiera se rendit compte que ce n’était pas un nouveau touriste transi de froid qui lui faisait face mais son ancien ami Praesepe.

Les deux chevaliers d’or se regardèrent un moment, puis finalement Akiera remplaça son expression de stupeur par un sourire timide.

-J’étais de passage, je me suis dit que cela serait bête de ne pas passer te voir…, commença Praesepe avec une légère trace de malice dans la voix.

-Pour une surprise…, bredouilla Akiera.

La femme enceinte leva les yeux de son livre et regarda Praesepe puis Akiera avec un air interrogateur. L’androgyne sembla reprendre le contrôle de ses émotions et fit les présentations.

-Lyn, je te présente mon vieil ami Praesepe. Praesepe, voici Lyn, mon… amie.

-« Amie » ?, releva la jeune femme avec un air amusé.

-Mon épouse, concéda Akiera, visiblement mal à l’aise.

-Enchanté de vous rencontrer, ajouta rapidement le chevalier à la peau d’ébène.

-Moi de même. Je suis même ravie… Nous allons nous tutoyer, tu voudras bien.

Praesepe hocha la tête avec un sourire.

-Tu es le premier de ses amis que me présente mon époux. J’étais d’ailleurs prêt d’arriver à la conclusion que j’avais épousé le plus grand antisocial de l’histoire de l’humanité.

Akiera détourna le regard tandis que Praesepe souriait franchement. Un ange passa avant qu’Akiera ne s’éclaircisse la voix.

-Tu peux me remplacer, un moment ?, demanda-t-il.

La jeune femme ria gaiement, Praesepe se dit qu’elle avait décidemment un sourire magnifique.

-Tu vois comment il prend soin de la future mère de son enfant ?, dit-elle en prenant à témoin Praesepe.

-Edwin devrait arriver dans dix minutes pour faire son service, négocia l’androgyne d’un air piteux.

Lyn se leva et alla se planter devant le chevalier du Cancer.

-Très bien les hommes, dites-vous ce que vous avez à vous dire. Mais il est hors de question que tu disparaisses sans venir manger chez nous ce soir, ajouta-t-elle à l’intention de Praesepe.

-Ce sera avec plaisir, répondit ce dernier avec un sourire sincère.

* * * * * * * * * * * * *

Akiera avait emmené Praesepe à son domicile qui se trouvait au-dessus du bar. Il l’avait invité à s’asseoir dans le salon et lui avait proposé une boisson chaude qu’il était en train de préparer. Les lieux étaient aménagés avec goût : des tableaux de styles divers ornaient les murs tandis que des bibelots d’origines lointaines décoraient les meubles.

-Comment diable un chevalier d’or peut-il prendre froid ?, lança Akiera avec un sourire encore un peu crispé.

-J’imagine que cela doit être en partie d’ordre psychologique…, répondit le chevalier du Cancer après avoir éternué violemment.

-Comment m’as-tu retrouvé, au fait ?

-Je crois que Sion n’a jamais vraiment perdu ta trace... Il a un réseau secret très développé, sans doute plus que nous ne pouvons l’imaginer. Tu sais que nous sommes très proches, lui et moi, mais il est loin de tout me dire. Lorsque je suis arrivé en ville, j’ai été accueilli par un homme que je suis quasiment sûr d’avoir déjà vu au Sanctuaire. Il y a pas mal de temps, alors que je n’étais même pas encore chevalier… Un ancien élève de Stellio, mais je ne pourrais le jurer. Pour faire court, il m’a salué, m’a tendu un papier avec ton adresse et est reparti presque aussitôt accomplir je ne sais quelle autre mission pour le compte de Sion.

-Je ne me faisais pas vraiment d’illusions sur le fait que le vieux me retrouverait quand il le voudrait. Je ne me suis pas vraiment caché de toute façon…

Le ton avec lequel Akiera avait prononcé le mot « vieux » acheva de convaincre Praesepe que cet épisode n’était pas encore digéré. Il avait espéré un instant en découvrant son ami avec son épouse que les choses se seraient tassées, mais il s’agissait apparemment d’une erreur.

-Pourquoi n’es-tu jamais revenu au Sanctuaire ?

-Il ne m’a jamais dit combien de temps j’étais censé rester au loin, répliqua Akiera avec un ton virulent. Ce n’est pas moi qui ai décidé d’être exilé.

Un silence pesant s’établit entre les deux hommes. La boisson était prête, Akiera la servit dans une tasse décorée d’une petite fresque égyptienne, l’amena à son ami puis s’écarta un peu pour s’adosser au mur, face à Praesepe mais le regard dans le vague. Celui-ci saisit la tasse, constata qu’elle était brûlante et souffla légèrement dessus avant de la reposer.

-Pourquoi la Suède, au fait ?, demanda-t-il soudainement, estimant qu’il valait mieux changer de sujet pour le moment.

-Le hasard, répondit l’androgyne après une courte hésitation. Je m’étais décidé à profiter de la situation pour voir du pays. Après quelques temps à visiter la France et l’Italie, j’étais donc monté vers le nord. En arrivant ici, j’avais prévu d’embarquer pour la Finlande avant de m’orienter vers la Laponie.

-Toi, au moins, tu n’avais pas peur d’avoir froid… J’imagine que c’est la rencontre de Lyn qui a modifié tes projets.

-On ne peut rien te cacher, répliqua Akiera d’un ton sec comme s’il s’agissait d’une trivialité.

-Puis-je avoir l’impudence de te demander en ami comment cette rencontre s’est passée ?

Le regard d’Akiera se reposa sur son ami. Il sembla s’excuser d’un hochement de tête puis reprit un air plus détendu.

-Tu ne le sais pas, mais elle est artiste en fait. Elle ne travaille au bar que pour arrondir ses fins de mois. Bref, à cette époque elle était dans une période « antique » et avait pour projet une peinture représentant une scène de la mythologie : Pâris face aux trois déesses. Elle cherchait un modèle pour Aphrodite lorsqu’elle m’a aperçut dans la rue et a décidé que je faisais parfaitement l’affaire.

On entendit les mouches voler pendant quelques secondes. Akiera avait de nouveau les yeux dans le vague, mais cette fois-ci il s’agissait du regard de ceux qui se remémorent des événements heureux.

-Il m’a fallu un moment pour la convaincre que j’étais un homme, ajouta-t-il devant le regard franchement amusé de son ami. A partir de là, j’imagine que notre histoire n’a rien de bien originale…

-Aphrodite, hein !

-Et encore, tu ne l’as jamais entendu m’appeler « Aphro ».

Praesepe ne put retenir un rire franc, bientôt rejoint par son ami. Leur hilarité se prolongea de longues secondes. Finalement ils reprirent leur souffle et essuyèrent leurs larmes.

-Elle a plus ou moins décidé de façon unilatérale de nommer notre enfant Aphrodite si c’est une fille. Je la soupçonne un peu d’imposer ce prénom même si c’est un garçon.

-Original.

-Du moment que cela me permet d’échapper à ce sobriquet ridicule…

Praesepe but sa tasse tandis qu’Akiera vint s’asseoir en face de lui.

-Vas-tu bientôt me dire ce que tu es venu faire ici ?, demanda finalement l’androgyne avec un ton neutre.

Praesepe hésita un instant puis se jeta à l’eau.

-Tu n’es plus chevalier d’or.

-Mince, vous avez trouvé les corps de mes victimes… Je pensais avoir bien caché les corps.

La plaisanterie avait fusé du tac au tac mais elle avait été prononcée sans humour.

-Un jeune apprenti de ton signe s’est éveillé au septième sens, expliqua Praesepe après une nouvelle seconde d’hésitation. Il s’appelle Saga et s’entraînait jusqu’à maintenant avec son père adoptif, Asmon d’Orion. Comme il semble que les relations entre Saga et son père se sont sérieusement dégradées et surtout que tu es l’ancien porteur de l’armure, le Grand Pope te demande de rentrer au Sanctuaire afin de le former. Et ce sans plus attendre, puisque nous avons l’ultimatum des babyloniens à respecter.

Un long moment s’écoula sans que rien ne soit plus prononcé. Akiera semblait totalement perdu dans ses pensées tandis que Praesepe ne savait trop quoi dire de plus.

-Mes grands rêves de batailles acharnées et victorieuses me semblent bien loin. On ne chantera jamais les exploits d’Akiera des Gémeaux et nulle statue n’immortalisera jamais mes actes de bravoures.

-Il te reste une dernière mission à accomplir. La plus importante.

-Cela me rappelle quelque chose ce que tu dis… De toute façon je ne pourrais pas accomplir cette tâche car je serais bientôt mort, ajouta-t-il avec un geste de dépit de la main. Quand Lyn va apprendre que je la plante dans son dernier mois de grossesse même une armure d’or sera inutile pour me sauver…

-Former Saga ne te prendra que deux ans tout au plus… Elle t’attendra, j’en suis sûr. Je ne l’ai vu que brièvement, mais elle semblait bien se douter que tu gardais certains secrets qui pourraient te rattraper tôt ou tard.

-Certes elle s’en doutait… Mais je doute que cela change grand-chose à sa réaction.

Athènes, une maison anonyme, 30 novembre 1964

C’était une belle bâtisse dans le plus pur style grec, bâtie à quelques mètres de la Mer Méditerranée. Ses murs étaient blancs comme la neige, l’air marin pénétrait par les nombreuses fenêtres et en imprégnait l’atmosphère. Elle possédait une petite cour intérieure où se dressait un établi de peintre. Patrocle était en train de travailler à sa dernière toile, une aquarelle représentant deux athlètes antiques s’empoignant dans une épreuve de lutte.

Depuis qu’il avait quitté le Sanctuaire pour s’installer avec Marie il gagnait sa vie en vendant ses oeuvres à des voyageurs fortunés en quête de souvenirs typiquement grecques. C’était son ancien mentor, Praesepe, qui lui avait transmit cette passion qui s’était révélée fort utile. Marie, quant à elle, travaillait comme institutrice, mettant également à profit l’éducation qu’elle avait reçue au Sanctuaire. Elle avait choisi de ne pas aller au bout de sa formation afin de suivre l’homme qu’elle aimait lorsque celui-ci avait décidé de quitter sa fonction de chef de la garde quelques semaines seulement après sa nomination.

Les premières années avaient été dures mais à présent le couple s’était habitué à vivre dans le monde « normal ». L’un comme l’autre avait renoncé à ses rêves de devenir chevalier et se satisfaisait du fait de vivre ensemble. Ils avaient néanmoins entretenu leur forme presque par habitude au début. Plus tard, lorsque leur premier enfant, Aioros, avait été en âge de marcher Patrocle avait commencé à lui donner quelques leçons de combat. L’enfant s’était révélé étonnamment précoce et surtout particulièrement enthousiaste. Patrocle l’entraînait donc régulièrement sans pour autant lui imposer quoi que ce soit. Marie avait bien remarqué que son époux reportait sur son fils une partie des rêves qui lui avaient été arraché ce jour funeste où il avait concouru pour l’armure de Pégase. Néanmoins, comme Aioros lui-même réclamait ces entraînements, elle avait décidé de laisser faire. Surtout, elle ne pouvait s’empêcher de trouver les progrès de son fils ahurissants.

Patrocle donnait les derniers coups de pinceau lorsque sa femme et son fils passèrent la grille de leur demeure. Ils revenaient du marché, le panier en osier de Marie débordant de mets succulents qui allaient servir pour le repas d’anniversaire de l’enfant. Le jeune Aioros se précipita vers son père.

-Papa, papa on a acheté des figues, du raisin et du chocolat ! , s’exclama l’enfant.

-Et bien dit donc, tout ça pour toi ? Je me demande si tu as été assez sage, taquina le père.

Le jeune garçon était débordant de vitalité et d’enthousiasme. En plus de ses qualités physiques, il était d’une grande vivacité d’esprit et assimilait rapidement et sans lassitude toutes les leçons que sa mère lui enseignait.

Patrocle rangea ses pinceaux puis se leva avec une grimace. Ces derniers jours sa prothèse le faisait un peu souffrir, sa jambe gauche disparue se rappelant à son bon souvenir. Néanmoins cela ne diminuait pas ses capacités de mouvement qu’il avait en grande partie récupérées depuis que son handicap l’avait frappé. Il passa la main dans les cheveux de son fils. Celui-ci s’écarta et se mit en garde.

-Papa, on s’entraîne ! , dit-il en feignant de frapper son père.

Patrocle regarda Marie.

-Vous avez vingt minutes, après j’aurai besoin de vous à la cuisine, répondit-elle à la question muette.

-Ouais, super ! , s’enthousiasma l’enfant.

Après un échauffement court mais efficace, ils commencèrent à échanger quelques coups. Les enchaînements gagnèrent petit à petit en vitesse et ce fut bientôt un véritable ballet martial que se livrèrent l’enfant et son père. Patrocle n’avait pour le moment enseigné que les arts martiaux à Aioros mais n’avait encore jamais essayé de lui faire prendre conscience du cosmos.

-Peut-être que je pourrai bientôt essayer de lui faire appréhender, songea Patrocle. Il est déjà tellement doué, bien plus que moi au même âge alors que son entraînement est loin d’être intensif.

Les minutes passèrent sans qu’ils ne s’accordent la moindre pause. Le père retenait ses coups chaque fois qu’il traversait la garde de son fils, pas question qu’il ait un œil au beurre noir le soir de son anniversaire. Néanmoins plus le temps passait et moins les occasions de toucher étaient nombreuses pour le plus âgé des deux. L’ancien élève du chevalier d’or du Cancer était même de plus en plus souvent contraint de rester sur la défensive face aux assauts de celui qui était pourtant encore presque un bébé.

-Allez les hommes, venez me donner un coup de main ! , cria Marie depuis la cuisine.

Ils arrêtèrent leur échange.

-Oh non maman ! Encore un peu, répondit Aioros visiblement frustré car il sentait qu’il mettait en difficulté l’adulte.

-Tout de suite, les plats sont en train de cuire et je n’ai pas quatre bras.

-La chef a parlé, commenta Patrocle en souriant. Mais malgré son sourire lui aussi aurait aimé voir où allait les conduire l’assaut : il avait été bluffé par son fils qui n’était même pas essoufflé.

Ils aidèrent donc Marie à préparer le souper puis à préparer la table. Leurs invités arrivèrent en fin d’après-midi. Ils s’agissaient de deux couples d’instituteurs que Marie fréquentait à son école et qui avaient des enfants sensiblement du même âge qu’Aioros. Ils passèrent une agréable soirée, se régalant des plats préparés par la maîtresse de maison. Puis tandis que les adultes discutaient à la lumière des étoiles, les enfants jouèrent dans la cours. Lorsque l’heure fut bien avancée et que les enfants commencèrent à fatiguer les invités prirent congé.

Alors que Marie finissait de débarrasser les couverts, Patrocle et son fils se retrouvèrent dans la cour. Ils avaient passé du bon temps mais leur entraînement interrompu n’avait pas arrêté de leur trotter dans la tête.

Patrocle se mit en garde et fit signe de la main à Aioros de prendre l’initiative. Celui-ci opta pour un coup de pied sauté. D’une détente féline il s’éleva dans les airs tout en imprimant un mouvement rotatif à sa jambe afin de viser la tête de Patrocle. Celui-ci faillit être surpris par la rapidité de l’assaut et esquiva de justesse en reculant. Aioros se réceptionna avec agilité et enchaîna immédiatement par une série de coups de poing. Du fait de la différence de taille, son père avait quelques difficultés à parer les assauts et décida donc de reprendre l’initiative. De plus l’adulte se trouvait très lent.

-Je dois encore être en train de digérer, pensa-t-il, amusé.

Il commença par un enchaînement rapide de deux coups de poing. Aioros évita le premier et tenta d’écarter le deuxième du bras. C’est ce qu’attendait l’adulte qui profita du contact pour saisir le poignet de son jeune adversaire. Profitant de l’écart de force, il le souleva de terre, tournant sur lui-même, et le jeta plusieurs mètres plus loin. Mais Aioros atterrit tel un chat sur ses jambes et ses mains. La fierté de Patrocle pour sa progéniture se lisait sur son visage tandis qu’il enchaînait.

Il s’approcha puis prit appui sur sa prothèse et lança sa jambe valide vers son fils. Celui-ci esquiva d’une roulade sur le côté puis prit une impulsion pour déclencher un uppercut vers le menton de son géniteur, ses pieds quittant le sol. Patrocle était pris de vitesse car dans cette position où sa jambe valide ne touchait plus le sol il n’avait plus assez de liberté de mouvement pour esquiver. Aioros vit son poing se rapprocher du visage de son père… mais il n’attrapa que le vide.

L’ancien prétendant à l’armure de Pégase avait fait appel à son cosmos pour augmenter sa vitesse au-delà des limites humaines, ce qui lui avait laissé tout le temps de se soustraire au coup malgré l’imminence de l’impact. Aioros se réceptionna sur ses pieds et regarda son père avec surprise. Ce profond étonnement n’avait pas seulement pour cause le fait que son attaque pourtant parfaitement exécutée ait échoué. Après tout jamais il n’était parvenu à toucher son père. Non, ce qui le troublait encore plus c’était la sensation inconnue et pourtant familière qu’il avait ressenti à l’instant. Il avait senti son père puiser au fond de lui-même une énergie formidable. Une énergie qui, il en était certain, sommeillait aussi en lui, et qui ne semblait qu’attendre qu’il s’en souvienne. Aioros ferma les yeux et regarda au plus profond de lui. Il avait senti son père éveiller cette énergie, il n’avait qu’à faire de même. Patrocle comprit ce qui était en train de se passer et regarda son fils absolument hébété alors qu’une aura bleutée commençait à l’entourer.

-C’est impossible, je ne lui ai jamais parlé du cosmos, pensa-t-il.

Aioros fouillait en son être lorsque soudain un barrage s’effondra. Une sensation nouvelle l’inonda, une sensation de puissance mais aussi d’harmonie avec ce qui l’entourait. En une seconde Aioros prit conscience qu’en lui sommeillait autant de potentiel que dans toute l’immensité de l’univers. Lorsqu’il ouvrit les yeux c’est un regard fort différent qu’il posa sur le monde. Il sourit à son père puis disparut. Sans avoir le moindre espoir de réagir, Patrocle reçut au ventre un coup porté avec force mais néanmoins sans volonté destructrice qui le fit chuter au sol. Un coup qui voulait dire : « j’ai compris comment tu as fait ».

-Debout, papa, dit Aioros en tendant la main à l’homme au sol.

Marie qui avait senti les deux cosmos s’enflammer sortit précipitamment de la maison et contempla incrédule la scène. Patrocle accepta la main tendue et ne fut pas étonné par la facilité avec laquelle l’enfant l’aida à se relever.

-Mon fils, nous devons parler. Un grand avenir se dessine devant toi.

* * * * * * * * * * * *

Le lendemain matin, Patrocle et son fils empruntèrent le chemin secret menant au Sanctuaire.

Ils avançaient en silence, Patrocle lançant juste à intervalle régulier des regards et des sourires rassurants à son fils.

Celui-ci était en effet troublé par la longue conversation nocturne qu’il avait eu avec ses parents. Ils lui avaient parlé du Sanctuaire, d’Athéna, des braves chevaliers au courage infini qui protégeaient la terre des forces du mal… Le garçon avait répliqué qu’il n’était plus un bébé et savait faire la différence entre la réalité et les contes que ses parents lui racontaient autrefois pour l’endormir. Les parents avaient souri puis l’avaient assuré qu’ils ne tentaient pas de le faire marcher. Ils lui avaient aussi dit que son oncle Diomède et son parrain Praesepe étaient en fait deux chevaliers.

Ils lui avaient dit que rentrer au service de la déesse Athéna, lui consacrer sa vie, était la chose la plus noble que l’on pouvait accomplir. Et qu’il avait toutes les qualités pour devenir un de ses plus grands champions, s’il choisissait d’emprunter cette voie. Ils avaient longuement insisté sur le fait que le choix lui appartenait totalement, et que quel qu’il soit, ils le respecteraient. Cette fois-là il avait invoqué sa trop grande jeunesse pour justifier qu’il ne pouvait prendre une telle décision, que cela devrait être réservé aux adultes qui étaient fait pour ça. Ils avaient simplement souri puis lui avaient dit que le lendemain il visiterait le Sanctuaire avant de prendre une décision.

La nuit du jeune garçon avait été très courte, les pensées se bousculant dans sa tête. De plus, il continuait à s’habituer à cette nouvelle sensation qu’il avait découverte. Au bout de quelques heures son cosmos lui était devenu déjà si familier qu’il lui semblait qu’il se sentirait infirme si jamais cette perception devait lui être retirée.

Les larmes qu’ils avaient vues dans les yeux de sa mère au moment de leur départ de la maison familiale avaient rajouté à son trouble. Aioros avait demandé à son père comment le Sanctuaire pouvait être un lieu secret alors qu’on pouvait l’atteindre à pieds en peu de temps. La réponse avait été évasive, en fait son père n’en connaissait pas réellement la raison. Il supposait qu’une protection magique quelconque éloignait les importuns, mais il n’en savait pas plus.

Finalement ils arrivèrent sur le domaine sacré d’Athéna.

* * * * * * * * * * * * *

Aioros fut presque déçu par son premier contact avec le Sanctuaire. Il avait toujours vécu à Athènes et était habitué aux différents monuments antiques qui faisait la renommée de la ville, si bien qu’il n’était guère dépaysé.

La seule chose qui l’étonnait c’était l’accoutrement des gens. On aurait dit que les habitants du domaine sacré directement sorti d’une des toiles de son père. Ainsi lorsque Aioros avait vu la sentinelle qui était venu à leur rencontre pour s’enquérir de leur identité (il ne risquait pas de passer inaperçu avec leurs habits « modernes ») l’enfant avait dû se retenir de rire tant l’homme lui avait semblé tout droit sorti d’une pièce de théâtre.

Lorsque Patrocle eu fini de se présenter (la sentinelle était un peu jeune et n’avait pas servi sous ses ordres par le passé) et que l’homme se fût éclipsé, le père prévint son fils que les chevaliers étaient des gens très fiers et qu’ils risquaient de se vexer si jamais Aioros leur riait au nez.

L’enfant était en train de finir sa promesse d’essayer de se contrôler lorsqu’ils arrivèrent devant la demeure de Diomède. Patrocle frappa à la porte et une femme qu’il ne connaissait pas lui ouvrit. Elle lui apprit que le chevalier Pégase devait être à la grande arène.

Aioros vit son père se tendre légèrement à cette annonce. Ce dernier ne dit pas un mot lors du trajet.

Ils aperçurent finalement Diomède dans les gradins de la grande arène et eurent la surprise de constater que Praesepe était également là, ainsi que le chevalier Sérapis du Taureau. Les trois hommes étaient au milieu d’une partie de cartes tandis que les sept disciples des deux chevaliers d’or étaient en train d’effectuer des exercices dans l’arène. Ce fut Diomède qui aperçut le premier les deux visiteurs. Il laissa tomber ses cartes et vint à leur rencontre en dévalant les marches.

-Quelle surprise ! , dit le chevalier de bronze en passant la main dans les cheveux d’Aioros.

-Salut tonton, fit le gamin.

Diomède saisit l’enfant puis le souleva à bout de bras pour le faire tourner dans les airs à toute vitesse. L’enfant commença à crier un peu lorsque la tête lui tourna. Diomède le reposa en riant, avant de laisser son hilarité exploser en voyant l’enfant tituber. Il se tourna vers le père, qui avait un sourire un peu crispé.

-Vous auriez pu me prévenir de votre visite, j’aurais préparé quelque chose, lança le chevalier.

-Notre venue n’était pas vraiment planifiée, répondit Patrocle. Il s’est passé un événement… inattendu.

-Quel genre d’événement ?

C’était Praesepe qui avait posé la question. Le chevalier du Cancer arborait un large sourire, visiblement heureux de la visite surprise de son ancien élève. Derrière lui, Sérapis arrivait sans se presser. Il adressa un sourire amical à Patrocle puis s’assit au premier rang des gradins. Alors qu’Aioros se précipitait dans les bras de son parrain, Patrocle s’éclaircit la gorge et répondit à son maître d’une voix neutre.

-Aioros s’est éveillé au cosmos hier soir…

Diomède et Praesepe restèrent bouche bée plusieurs secondes, leur regard allant alternativement du père à son enfant, tandis que Sérapis levait un sourcil surpris. Patrocle réalisa que c’était la première qu’il voyait son maître rester sans voix, et cette pensée le fit sourire.

-Le cosmos ?!, finit par bafouiller le chevalier Pégase. Notre petit Aioros se serait éveillé au cosmos ? Tu plaisantes, non ? Je ne savais même pas que l’entraînais !

-Je ne l’entraîne pas vraiment… Je lui apprends simplement les arts martiaux de temps à autre. Hier soir, j’ai dû avoir recours à mon cosmos pour esquiver un de ces coups, il l’a senti et m’a… imité de manière instinctive. Il m’a envoyé au tapis en frappant environ à la vitesse du son.

-Notre petit Aioros…, bafouilla encore Diomède en fixant son neveu.

-C’est remarquable, commenta Praesepe qui avait déjà retrouvé sa contenance. Découvrir son cosmos de façon spontanée… Tu sais ce que cela veut dire, n’est-ce pas ? Ce sera un chevalier d’argent, voir le détenteur d’une armure d’or.

-« Chevalier d’argent » ?... « armure d’or » ?, répéta le garçon d’un ton interrogatif.

Le chevalier du cancer mit un genou à terre pour se mettre au niveau d’Aioros.

-Les chevaliers d’Athéna sont répartis en trois catégories en fonction de leur force et de leur maîtrise de la cosmo-énergie, répondit Praesepe du ton pédagogue que connaissait si bien Patrocle. On considère que presque n’importe qui peut postuler pour une armure de bronze, qui correspond au rang le plus bas. Les candidats s’entraînent pendant de très longues années, généralement dans des camps regroupant de nombreux jeunes gens. Ceux qui arrivent à éveiller leur cosmos ne le font en généralement pas avant douze ou treize ans et au bout d’un long chemin fait de nombreux sacrifices. La concurrence étant féroce et les postulants nombreux, un apprenti chevalier de bronze doit prouver sa valeur et son mérite, d’une façon qui peut prendre la forme d’un tournoi opposant tous les candidats ou d’une épreuve initiatique mortellement dangereuse. Certaine fois, remporter un tournoi donne même seulement droit à participer à l’épreuve finale, sans aucune garantie.

Praesepe marqua une pause, pour s’assurer qu’Aioros avait tout compris. Après un petit hochement de tête du garçon, le chevalier reprit son explication.

-Les chevaliers d’argent sont des individus rares qui ont une prédisposition pour le cosmos. En général, ils commencent une formation pour une simple armure de bronze mais s’éveillent au cosmos au bout de quelques mois, là où les autres mettront des années ou échoueront. Ils sont alors placés sous la responsabilité d’un chevalier qui leur dispense un entraînement individuel beaucoup plus approfondi sur le plan de la compréhension du cosmos que celui des chevaliers de bronze. Lorsque le maître estime son élève apte, celui-ci doit faire une démonstration de sa maîtrise cosmique au Grand Pope, le maître de tous les chevaliers, qui lui reconnaît alors le statut de chevalier d’argent. On détermine alors par un profil astrologique complet quelle constellation le protège. Le chevalier reçoit alors son armure puis développe et approfondit ses techniques de combat avec son maître.

-« Quelle constellation le protège », demanda l’enfant.

-Chaque chevalier est protégé par une constellation qui lui octroie ses pouvoirs. Le destin fait qu’un chevalier de bronze finit par postuler pour l’armure qui lui correspond. En revanche pour les chevaliers d’argent, il faut déterminer à quelle constellation ils sont liés.

-Et les chevaliers d’or, alors ?

-Ce sont des êtres encore plus exceptionnels et rares que les chevaliers d’argent, puisqu’ils sont au plus douze. Ils présentent la particularité unique de s’éveiller à l’ultime cosmos, aussi appelé septième sens, la simple perception du cosmos étant le sixième sens. Lorsqu’un jeune garçon s’éveille au septième sens, il devient automatiquement le chevalier d’or de l’armure correspondant à son signe zodiacal. Il développe ensuite les techniques correspondant à son signe pendant quelques années, sous la supervision des chevaliers d’or de la génération précédente.

-Ca n’arrive jamais qu’il y ait deux personnes du même signe à s’éveiller au septième sens ?

-Très bonne question, tu es un garçon intelligent. La réponse est non, le destin fait bien les choses et il n’y a jamais qu’un seul candidat par armure d’or, le contraire serait une sorte de gâchis.

-Mais alors, si j’ai bien compris les chevaliers de bronze doivent traverser des épreuves très dures pour obtenir leur armure. Comme tu me l’as raconté, j’ai l’impression que leur mérite est bien plus grand puisque rien ne leur est acquis dès le départ et qu’il doive se battre pour réussir. Leur volonté doit être si forte… Est-ce qu’ils ne seront pas bien plus redoutables aux combats que les chevaliers d’or qui ont tout acquis dès le départ et n’ont jamais eu à faire d’effort pour réussir ?

-Aioros, Praesepe est un chevalier d’or…, le prévint son père.

L’enfant s’empourpra mais le chevalier d’or le rassura d’un sourire.

-Tu as la franchise de l’enfance… Ta remarque est très juste, vu la façon dont je t’ai présenté les choses. Déjà, pour ma défense, je peux t’assurer que mon entraînement a été très dur, même si en effet je n’ai jamais dû faire face réellement à la peur de l’échec. Ensuite, tu dois réaliser que si l’écart de force est considérable entre les chevaliers de bronze et d’argent, il est quasiment inimaginable entre les chevaliers de bronze et d’or. La dureté de l’entraînement des chevaliers de bronze, l’extrême sévérité de la sélection, a donc pour but d’exacerber leur volonté afin qu’ils puissent repousser leurs limites et accomplir leur mission, protéger Athéna, aussi bien que les chevaliers des castes supérieures. Ainsi la légende et la réputation des protecteurs d’Athéna, qui ne renoncent jamais et se relèvent toujours quelles que soient leurs blessures, a été en grande partie écrite par les chevaliers de bronze. Ton oncle Diomède appartient d’ailleurs à cette caste.

L’enfant lança un regard surpris au chevalier Pégase puis revint sur Praesepe.

-Et donc vous pensez que moi je pourrais devenir un chevalier d’argent.

-Au minimum, oui… Pourrais-tu me montrer ton cosmos ?

L’enfant acquiesça puis se concentra. Son corps commença à s’entourer d’une légère aura bleutée. Son visage affichait une expression timide du fait de l’attention dont il était l’objet de la part des quatre adultes. Il réalisa alors que les jeunes garçons qui s’entraînaient dans l’arène s’étaient arrêtés pour observer la scène et le regardaient à présent avec un air envieux. Il lut même une certaine hostilité sur le visage des plus âgés, ce qui augmenta sa sensation de mal à l’aise.

-Magnifique, commenta Praesepe. Voudrais-tu nous faire une petite démonstration de combat face à ton oncle ?

Ce dernier regarda le chevalier d’or d’un air surpris. Aioros hésita, il ne s’était jamais battu contre quelqu’un d’autre que son père. Mais son oncle n’était pas un étranger et il pensa qu’il allait y arriver. Il opina timidement du chef. Diomède, remis de sa surprise, lui sourit pour le rassurer puis l’invita à le suivre au centre de l’arène, les jeunes apprentis s’écartant pour leur laisser la place.

Diomède et Aioros se mirent en garde à quelques mètres l’un de l’autre.

-C’est quand tu veux, annonça le chevalier Pégase.

Ses paroles n’eurent même pas le temps d’atteindre les spectateurs qu’Aioros s’était déjà rué à l’assaut. En deux bonds éclairs il avait couvert la distance les séparant et sauté au visage de Diomède, le poing en avant. Le chevalier, surpris par la rapidité de l’assaut n’eu pas le temps d’esquiver et à peine celui de mettre ses bras en croix devant le visage pour se protéger. Sous la force du coup, il bascula en arrière, fit une roulade sur le dos et se releva juste à temps pour voir arriver la jambe droite de son neveu. Ce coup-ci il ne put rien faire et prit le coup sur le flanc. Le souffle coupé, il encaissa alors un uppercut du gauche, enchaîné à la vitesse de l’éclair par un autre coup de pied au ventre qui le jeta au sol.

L’enfant, totalement surpris d’avoir pris si facilement l’avantage, interrompit son assaut et tourna la tête vers son père et Praesepe, comme pour demander s’il devait continuer. Il remarqua avec étonnement que Praesepe était entouré d’une aura dorée.

-Tu devrais rester concentrer sur ton adversaire, dit alors Diomède qui se relevait. Ton père avait raison, tu es extraordinaire. Je vais devoir oublier que tu es mon neveu, si je ne veux pas avoir l’air encore plus ridicule…

Aioros se remit en garde tandis que le chevalier Pégase finissait de s’épousseter. Cette fois-ci ce fut Diomède qui attaqua sans prévenir. Il commença par un coup de pieds balayant qu’Aioros esquiva d’un bond, puis enchaîna par une succession rapide de coups de poings. Aioros esquiva la plupart des coups et para les autres avec ses avant-bras. Le garçon décida de reprendre l’initiative entre deux coups de Diomède de cadence moins rapide. Profitant de sa petite taille il passa sous les bras de l’adulte, espérant ainsi pouvoir toucher en exploitant le fait que Diomède était dans son élan et pourrait difficilement éviter un coup d’un adversaire qu’il avait littéralement dans les jambes. Mais Aioros réalisa que Diomède avait volontairement ralenti ses coups pour lui laisser une fausse ouverture. Le chevalier cueillit l’enfant d’un coup de genoux dans le bas du ventre.

Aioros cracha un peu de sang et recula en titubant. Diomède n’avait pas exploité son avantage et avait jeté un coup d’œil rapide à Patrocle. Celui-ci, malgré un petit rictus, avait acquiescé que le combat pouvait continuer.

-Prêt ?, demanda Diomède.

Le gamin hocha la tête de manière affirmative. L’adulte reprit donc l’offensive. Il dominait à présent totalement l‘échange, Aioros étant acculé en défense. Le garçon parvenait à éviter ou parer la plupart des coups grâce à sa vivacité mais chaque tentative de contre-attaque était aussitôt exploitée par son adversaire pour contre-attaquer par-dessus et le mettre en difficulté. Néanmoins Aioros, parfaitement attentif, ne se laissa plus piéger. Mais il sentait qu’il commençait à fatiguer, ses mouvements devenant moins vifs et sa marge de sécurité diminuant de plus en plus. Ce fut au moment où il pensait qu’il ne pourrait plus suivre le rythme une seconde de plus que Diomède rompit le corps à corps d’un bond gracieux en arrière.

-Prépare-toi Aioros, tu vas maintenant découvrir une des techniques secrètes du chevalier Pégase ! Je te conseille d’esquiver !, clama Diomède en serrant le poing et en déployant une aura bleutée qui prit la forme d’un cheval ailé.

Patrocle reconnut la pose de l’attaque qui l’avait estropiée dix ans plus tôt. Il voulut crier à Diomède d’arrêter mais Praesepe l’arrêta en posant sa main sur son épaule.

-PAR LA CHARGE AILEE !, cria le chevalier de bronze.

Diomède tendit son bras et un rayon d’énergie pure en jaillit et fondit l’air à une vitesse proche de celle du son. Aioros voulut d’abord esquiver mais son instinct lui dicta de rester sur place. Il poussa un cri tandis que son cosmos s’enflammait. Il concentra toute son énergie dans sa main droite qui s’entoura d’une sorte de boule d’énergie bleue puis la tendit devant lui pour intercepter le rayon mortel. Dans un choc lumineux et un bruit de tonnerre les deux émanations cosmiques se heurtèrent. La boule d’énergie d’Aioros parut grandir comme si elle absorbait l’assaut du chevalier Pégase. Une fois son attaque terminée, Diomède resta le poing tendu, totalement interdit à l’image de l’assistance. Aioros resta immobile quelques secondes puis recula son bras, comme pour prendre de l’élan, tout en faisant exploser son cosmos, puis il lança la boule d’énergie vers son oncle. Le garçon réalisa avec étonnement puis horreur que son oncle semblait figé comme une statue et n’esquissait pas le moindre geste d’esquive, comme s’il ne voyait même pas l’attaque. En fait cela ne se limitait pas qu’au chevalier Pégase, c’était comme si le temps lui-même s’était arrêté car toute l’assistance semblait figée. Non pas toute l’assistance en fait, Aioros vit le regard de l’homme nommé Sérapis aller de lui à son oncle. L’enfant avait néanmoins l’impression de se retrouver au milieu d’un groupe de statues lorsqu’il vit soudain Praesepe, toujours enveloppé par son cosmos doré, apparaître devant son oncle statufié. Le chevalier d’or leva le bras droit et écarta la boule d’énergie d’un revers de main. Celle-ci s’éleva dans les cieux et disparut dans une explosion d’énergie.

Le temps sembla se remettre soudainement à s’écouler et Diomède regarda dans le ciel, là où venait de disparaître la contre-attaque d’Aioros. Il regarda avec surprise Praesepe qui était toujours juste devant lui.

-Que s’est-il passé ?, interrogea-t-il.

-Aioros a bloqué ton attaque et te l’a renvoyée, expliqua Praesepe. Mais il l’a projetée trop vite pour que tu la voies. A vue de nez, environ à mach 100… Pour quelqu’un qui a découvert le cosmos depuis moins de vingt-quatre heures, c’est absolument incroyable.

Le chevalier du Cancer se rapprocha de son filleul et lui passa la main dans les cheveux.

-Ton anniversaire est bien le trente novembre, non ? Si je ne me trompe pas, je fais face au probable futur chevalier d’or du signe du Sagittaire.

Le garçon acquiesça timidement, comprenant ce qu’impliquait les propos de son parrain.

-Très bien Aioros, écoute : quelqu’un veux te parler. Tout ce que tu as à faire c’est fermer les yeux et il va t’amener à lui. Je te retrouverai avec ton père et ton oncle un peu plus tard.

-Fermer les yeux ?

-Fais-moi confiance, dit le chevalier d’or d’un ton rassurant tandis que son cosmos enveloppait l’enfant. Celui-ci ferma les yeux et se volatilisa sous les yeux des personnes présentes.

-Tu peux ouvrir les yeux, dit une voix qu’Aioros ne connaissait pas, une voix qui lui parut très vieille et fatiguée.

L’enfant ouvrit les yeux et découvrit que ce n’était plus Praesepe qui avait sa main sur sa tête mais un homme de grande taille portant ce qui lui sembla être une somptueuse tenue d’apparat et dont le visage était caché dans l’ombre d’un grand casque doré finement ouvragé. Les lieux avaient aussi changé, lui et l’homme se trouvaient aux pieds d’une gigantesque statue qu’Aioros devina représenter Athéna.

-Tu es un garçon très prometteur, jeune Aioros, dit l’homme d’une voix qui semblait presque d’outre-tombe J’ai observé ta prestation à travers les yeux de mon vieil ami Praesepe et j’ai été plus qu’impressionné par ton talent inné. Mais voilà que j’oublie de me présenter. Je m’appelle Sion. Je suis le Grand Pope, maître du Sanctuaire et premier serviteur de la déesse Athéna.

* * * * * * * * * * * * *

-Et bien nous nous serons tous les deux pris une leçon de combat, infligée par un gamin de surcroît, dit Patrocle, l’œil rigolard, à Diomède.

-Ton fils est incroyable… S’il le veut, il sera un formidable chevalier.

Diomède fit alors un grand geste circulaire pour désigner la grande arène qui avait été désertée par les deux chevaliers d’or et leurs élèves.

-Cela fait bizarre de se retrouver ici tous les deux, non ?

-Très bizarre assurément, répondit Patrocle.

-Puisque nous avons un peu de temps avant le retour de ton fils, que dirais-tu d’un petit combat amical. Histoire d’exorciser définitivement de vieux démons…

-Je pense que parfois, même si c’est très rare voir exceptionnel, tu as de bonnes idées.

Les deux amis se sourirent puis se mirent en garde en enflammant leurs cosmos.

Commencer







Recopier le nombre avant d'envoyer votre formulaire.




© 2002-2018 Animecdz. Tous droits réservés. Saint Seiya © Toei Animation, Bandai et Masami Kurumada