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Cette fiche vous est proposée par : Vincent, sans pseudo


Les Royaumes du Grand Nord

   Tandis que des ombres inhumaines s’approchaient des guerriers sans être vues, Loki prit la parole.

   « Maître, j’aimerais m’occuper de Syd !

   - D’accord, je me charge de son ombre. »

   Les deux frères se focalisèrent chacun sur leur ennemi lorsque de la forêt jaillit une meute de loups déchaînés. Loki fut recouvert par les bêtes sauvages qui plantèrent leurs mâchoires dans sa chair. Il hurla de douleur tout en se débattant, et parvint à en dégager un grand nombre, mais il ne prit pas garde qu’il était entraîné vers la falaise. Son corps tomba dans le vide, emporté par les loups.

   « C’était la meute de Fenrir, s’exclama Bud. Ils sont venus venger leur maître. »

   Les loups restants se retirèrent et l’attention des deux frères se porta sur Derbal, qui regardait dans le gouffre sans fond.

   « Grand prêtre ! le héla Syd. Cette volonté de nous combattre émanait davantage de cet homme que de vous-même, n’est-ce pas ? Maintenant qu’il est mort, pourquoi ne pas en rester là ? Il y a suffisamment de choses à reconstruire pour perdre du temps en de vaines batailles. »

   Derbal se tourna vers eux, les fixant quelques instants de ses yeux rouges.

   « A vous écouter, nous allions nous battre par simple plaisir, mais les divergences d’opinion qui nous opposent sont réelles. Si vous acceptez de me suivre dès maintenant pour anéantir Helheim, je suis prêt à tirer un trait sur nos querelles. Qu’en pensez-vous ? »

   Les jumeaux échangèrent des regards, puis Syd lui répondit.

   « Ce sera à Hilda de prendre cette décision, mais je doute qu’elle envisage comme seule solution l’extermination de tout un peuple.

   - C’est bien ce que je pensais ! »

   Il fit exploser son cosmos, illuminant d’un éclat rouge tous les environs.

   « Bon sang ! pensa Syd. Le cosmos de cet homme semble être celui d’un dieu ! »

   Derbal s’élança à une telle vitesse que Syd n’eut pas le temps de le suivre des yeux. Le guerrier prêtre réapparut juste au-dessus de lui et sa main projeta un souffle vermillon que la victime ne put esquiver que partiellement. Syd roula sur le côté, mais l’armure recouvrant son épaule et son bras gauche éclata comme du verre.

   « Je n’ai jamais vu une énergie aussi dévastatrice ! pensa Syd en se relevant. Il lui a suffi d’une simple impulsion pour briser l’armure de Zéta ! »

   Derbal l’attrapa à la gorge et le souleva du sol. Le Tigre Viking se débattait de toutes ses forces mais sans pouvoir se libérer. Le prêtre approcha son autre main du visage de Syd et ses doigts s’auréolèrent d’une lumière rouge lorsqu’un rayon vint frapper son bras, l’obligeant à lâcher sa prise.

   « Je crois que nous ne serons pas trop de deux pour l’affronter, dit Bud à l’attention de son frère. Il ne pourra vaincre les deux étoiles de Zéta !

   - Je viens d’anéantir une armée de milliers d’hommes, intervint Derbal, alors ce ne sont pas deux adversaires qui vont m’inquiéter ! »


***


   Idun marchait en direction d’Asgard. Elle avait croisé plusieurs champs de bataille sur sa route, ce qui ne la rassurait guère, mais elle continuait d’avancer.

   A l’orée d’une forêt, la jeune Svartalfienne ressentit comme un appel très faible. Sans perdre un instant elle se lança dans une recherche effrénée. Après avoir traversé les bois de part en part, elle se retrouva face à un cercueil d’améthyste dans lequel un homme qu’elle reconnut tout de suite était prisonnier. Elle accourut vers le bloc de cristal et y apposa ses mains. L’améthyste fondit en quelques instants, laissant tomber à terre celui qui y était piégé.

   « Albérich, tu vas bien ? »

   Le Guerrier de Delta se releva, incapable de refréner un sourire qui marquait son visage.

   « Je vais très bien, Idun, et je vais avoir besoin de ton aide... »


***


   « Viking Tiger Claw ! »

   L’onde tranchante et glaciale fondit vers le prêtre, mais celui-ci avait déjà pris son envol pour l’esquiver. Il fut intercepté dans les airs par Bud qui l’attaqua avec ses griffes. Derbal saisit les deux bras du guerrier d’Alcor avant même que ses ongles acérés ne puissent l’atteindre, puis le fit tournoyer avant de le jeter contre Syd, qui tomba sous le poids de son frère.

   Les jumeaux se relevèrent et Bud prit l’initiative.

   « Shadow Viking Tiger Claw ! »

   Un déferlement de coups de griffes s’abattit sur le prêtre. Celui-ci croisa les bras devant lui, et l’attaque eut pour seul effet de le repousser sur quelques mètres.

   Il rabaissa ses bras encore fumants et dévoila son visage crispé en une expression démoniaque. Un souffle lumineux jaillit de sa paume et heurta Bud de plein fouet. L’armure couvrant son torse et ses épaules se disloqua. Syd se jeta sur lui pour l’éloigner.

   « A présent, c’est toi qui me secoures ? lui lança Bud en se relevant.

   - Sa puissance est phénoménale ! continua Syd. Chacun de ses mouvements déclenche une attaque mortelle ! »

   Derbal projeta une fois encore son énergie. Syd répliqua.

   « Blue Impulse ! »

   Les deux énergies, l’une rouge, l’autre bleue, se rencontrèrent à mi-chemin, dégageant des gerbes de lumière et d’électricité. Après quelques secondes d’équilibre entre les deux forces, une énorme déflagration retentit. Les deux opposants furent repoussés.

   Syd se releva difficilement. Derbal en revanche était déjà debout, tout juste sali par la poussière soulevée durant l’impact. Il déclencha son souffle d’énergie, et les deux tigres n’eurent d’autre choix que se dérober dans les airs, où le prêtre les rejoignit comme s’il avait prévu leur réaction. Il les attrapa tous les deux par la tête et fondit jusqu’au sol contre lequel il les encastra avant de bondir en arrière.

   « Ca devient rageant, dit Bud. Il nous domine à tous les niveaux !

   - Nous devons changer de stratégie.

   - Tu penses à quelque chose en particulier ?

   - En effet, nous allons lui montrer le pouvoir des liens du sang ! »

   Les deux frères échangèrent quelques phrases à voix basse avant d’adopter la même position, puis ils crièrent en choeur leur invocation.

   « Blood Brother Tiger Claw ! »

   Derbal ne vit qu’un homme le charger, son armure semblant parfois blanche, parfois noire. L’attaque tranchante et glaciale de Syd et les coups de griffes rapides de Bud s’associèrent en une rafale que Derbal ne put esquiver. Il tenta de la bloquer mais fut emporté, retombant face contre terre.

   « Nous l’avons eu ! » s’écrièrent les guerriers de Zéta.

   Ils ne mirent pas longtemps à déchanter ; l’indomptable descendant de Balder se releva une nouvelle fois. Son corps était couvert de gel et d’entailles, et la rage marquait son visage.

   « Bande de misérables ! Vous allez payer pour avoir blessé le représentant terrestre de notre Seigneur ! Odin Shield ! »

   Le gouffre dimensionnel s’ouvrit, aspirant Syd à l’intérieur, mais Bud le rattrapa in extremis et s’accrocha au sol avec ses griffes. La force d’attraction était de plus en plus forte, et Bud lâcha prise, laissant une longue marque sur la terre. Les deux frères disparurent dans le vortex, et jusqu’au bout ils se tinrent par la main. Le bouclier d’Odin se referma.

   Derbal fit résonner son rire démoniaque.

   « Je me suis emporté, alors que j’aurais pu les vaincre de mes propres mains. Quoiqu’il en soit, les armées de Helheim sont décimées, et les Représentants de la Grande Ourse sont presque tous morts ! Bientôt je serai le seul maître d’Asgard et du Grand Nord ! »


***


   Toute la ville d’Asgard était en liesse. Les habitants fêtaient la fin de la guerre, l’angoisse générale ayant laissé place à l’euphorie.

   Vidar semblait ailleurs, le regard perdu vers l’horizon.

   « Que t’arrive-t-il ? lui demanda Forsete.

   - J’essaie de percevoir les énergies des Guerriers Divins restants.

   - Et que distingues-tu ?

   - Rien de très rassurant. Le cosmos de plusieurs d’entre eux est en activité en ce moment même, comme s’ils se battaient.

   - Tu penses qu’il reste des armées de revenants ?

   - J’ignore si la menace vient de Helheim, mais je crois que Derbal avait raison : la guerre n’est pas terminée. »


***


   Siegfried arriva en courant à l’endroit où Syd et son frère avaient livré bataille, mais il ne rencontra que Derbal.

   « Si tu cherches tes acolytes, sache que je m’en suis débarrassé. »

   - Pour quelle raison ? Nous avons combattu l’ennemi ensemble, et nous avons remporté la victoire !

   - Parce que deux ordres ne peuvent pas coexister, des conflits germeraient forcément un jour ou l’autre. Par ailleurs vous êtes bien trop sensibles, or il n’y a qu’une chose à faire avec nos ennemis : les réduire à néant. Nous avons rasé la ville de Jotunheim, nous ferons de même avec Helheim et tous ceux qui nous provoqueront !

   - Et vous agirez ainsi jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’Asgard dans le Grand Nord ? Je crois en effet que nous ne pourrons jamais être d’accord.

   - Cesse donc ces bavardages, tout cela n’a que trop duré ! »

   Derbal fit jaillir de ses mains son souffle d’énergie qui frappa le corps du Guerrier d’Alpha sans le moindre effet.

   « Le déferlement de mon cosmos béni par Odin n’a pas pu te faire fléchir ?

   - Mes pouvoirs me rendent invulnérable ! En revanche, je ne pense pas qu’on puisse en dire autant de vous. »

   Il fit resplendir son cosmos blanc et chargea Derbal, qui se jeta à sa rencontre avec la même rage. Les deux hommes s’échangèrent des coups à la vitesse de la lumière.

   « Ce jeune guerrier est stupéfiant ! pensa le roi déchu. Mon pouvoir quasi-divin et mon expérience du combat me permettent à peine de faire jeu égal contre lui ! »

   Siegfried, quant à lui, n’en pensait pas moins.

   « Je n’ai jamais rencontré un tel adversaire. Il ne faiblit pas, alors qu’il a déjà livré bataille contre l’armée de Helheim et contre les Guerriers de Zéta ! Je vais devoir utiliser les grands moyens. »

   Ils se séparent, à bout de souffle, et Siegfried concentra son énergie.

   « Dragon Bravest Breath ! »

   Son aura prit la forme d’un dragon bicéphale qui fondit sur son ennemi. Derbal ne put ni l’esquiver ni le bloquer et fut emporté.

   Après quelques secondes, il se releva avec difficulté.

   « Quelle technique effrayante ! pensa-t-il. J’aurais souhaité le vaincre de mes propres mains, mais je commence à m’épuiser alors que lui reste en pleine forme. Ce n’est pas le moment de faire preuve de sentimentalisme, seule la victoire compte. Je vais employer ma dernière carte pour me débarrasser de lui. »

   Siegfried le pointa du doigt.

   « Vous abandonnez le combat ?

   - Hors de question ! Je n’ai pas dit mon dernier mot.

   - Si, mais vous ne le savez pas encore ! Dragon Bravest Breath !

   - Odin Shield ! »

   L’attaque de Siegfried disparut dans un vortex, et il fut lui-même attiré. Il intensifia son cosmos qui créa une barrière protectrice autour de lui. Le portail s’agrandissait, aspirant tout ce qui les entourait, mais l’aura du Guerrier d’Alpha faisait front, devenant de plus en plus électrique.

Il résista de toutes ses forces, mais le sol lui-même se dérobait sous ses pieds, et il fut absorbé à son tour.

   « Tu refuses de capituler ? cria Derbal. Personne n’a jamais échappé au bouclier d’Odin, et tu fléchiras comme les autres ! »

   La force d’attraction redoubla, et le sol sous les pieds de Siegfried se disloqua. N’ayant plus de prise, il fut emporté en même temps que d’énormes morceaux de terre. Avant de disparaître, il poussa un dernier cri.

   « Hilda ! »

   Le bouclier se referma et Derbal reprit son souffle.

   « Même leur champion n’a pas pu me résister, je n’ai aucun égal sur terre ! »

   Il se tourna vers la cité.

   « L’heure est venue pour moi de réintégrer mon trône et de finir ce que j’ai entrepris. Bientôt Asgard sera le royaume le plus puissant du Grand Nord, et même du monde ! »


***


   Hagen marchait en titubant à travers les plaines d’Asgard, n’ayant plus que la moitié de son armure sur le dos. Sur la route il se retrouva nez à nez avec un homme qu’il ne connaissait pas. Il voulut se mettre en position de combat mais il s’écroula. L’inconnu le rattrapa avant qu’il ne touche le sol.

   « Vous êtes un Guerrier Divin ? lui demanda l’homme.

   - En... en effet, je m’appelle Hagen de Merak. Et toi, qui es-tu ?

   - Je suis Funfeng de Muspelheim. Cette nuit, j’ai rencontré l’un de tes frères d’armes, Mime de Benetnasch. Il m’a aidé à défendre mon royaume. Or depuis ce matin je ressens de grandes batailles se dérouler autour d’Asgard. Je suis venu vous prêter main-forte afin de m’affranchir de ma dette. »

   Hagen le poussa et se releva.

   « Désolé de te l’apprendre, mais Mime est mort. Ta dette est donc levée, tu peux partir. »

   Funfeng resta figé quelques instants avant de reprendre.

   « Je m’en doutais. C’est pour ça que je ressentais tant le besoin de venir ici. Mais au-delà de ma dette, j’ai l’intention de défendre votre royaume s’il est en danger. Nos deux pays sont alliés, et en tant que tel je me dois de vous aider.

   - Tu es un brave, Funfeng. Mais la bataille qui se déroule en ce moment est terrible, et tu ne seras pas de taille.

   - Un guerrier ne doit-il livrer que les batailles qu’il est sûr de remporter ? Allons-y tous les deux, et nous vaincrons cette menace, quelle qu’elle soit.

   - Très bien, mais tu vas devoir y aller sans moi, je suis trop épuisé pour suivre ton rythme, et un tel enthousiasme ne doit pas être freiné. »


***


   Au pied de la statue d’Odin, Hilda observait l’horizon avec inquiétude. Elle avait ressenti l’énergie de Siegfried disparaître il y a quelques instants, amplifiant son anxiété.

   Un Guerrier Divin arriva jusqu’à elle, mais ce n’était pas celui qu’elle espérait revoir.

   « Derbal, où étiez-vous ?

   - Je réglais les derniers problèmes d’Asgard.

   - Ce qui veut dire ?

   - Ce qui veut dire que vous n’avez plus votre place ici, je suis désormais le seul roi.

   - C’est vous qui avez fait disparaître Siegfried, n’est-ce pas ?

   - Ses compagnons et lui avaient une vision bien trop romantique de ce qu’est la guerre. Pourtant les dernières attaques de Helheim auraient dû leur forger le caractère. »

   Hilda baissa le regard.

   « Tu sembles attristée, reprit-il. Est-ce parce que tu comprends que tu es désormais seule ?

   - Je ne suis pas triste mais déçue de vous voir refaire les mêmes erreurs. Vous étiez pourtant sincère lors de notre dernière discussion.

   - Je l’étais, mais après avoir été confronté aux terribles dangers qui menacent notre cité, je suis convaincu que seul le pouvoir que je représente peut protéger Asgard. Regarde par toi-même : tous tes guerriers sont vaincus, il n’y a que moi qui suis encore debout ! »

   Elle plongea son regard bleu-gris dans le sien.

   « Pensez-vous vraiment que c’est pour en arriver là qu’Odin vous a tous ressuscités ? »

   Il ne put détacher son regard de ces yeux perçants.

   « Odin m’a ressuscité pour protéger le royaume. J’aurais voulu que ça se passe autrement, mais certains événements sont inévitables.

   - Au contraire, tout dépendait de vous. N’avez-vous donc pas compris le sens de vos rêves ? »

   Derbal visualisa en un éclair tous les souvenirs des temps anciens qui l’avaient hanté depuis sa résurrection, sans comprendre où Hilda voulait en venir.

   « Vous m’aviez dit, reprit-elle, avoir ressenti une véritable douleur à assister à notre histoire sans pouvoir la changer. Aujourd’hui c’est différent, le pouvoir de changer le cours des événements est entre vos mains, comme il l’a été lorsque vous avez tenté de déclencher le Ragnarok. Est-ce toujours une torture ?

   - Mais... ça n’a rien à voir. La situation à notre époque était bien plus complexe que dans les temps anciens !

   - Le monde est toujours complexe, mais il est de notre devoir, à nous les dirigeants, de faire les bons choix. A présent qu’allez-vous faire ? Reprendre le pouvoir par la force, anéantir Helheim, et tenter de conquérir le monde une nouvelle fois ?

   - Je suis roi et descendant d’Odin ! explosa-t-il. Ma place est à la tête de ce pays !

   - Je comprends qu’il soit douloureux de faire le point sur vos erreurs.

   - Voilà ce qui a causé la perte de tes guerriers : toujours parler au lieu de se battre ! Il n’y a plus personne pour te protéger, aussi vais-je en finir avec toi !

   - Vous vous trompez, Siegfried n’est pas plus mort que vaincu ! J’ai confiance en lui, il sera toujours là pour me défendre !

   - Tu divagues ! Le Guerrier d’Alpha vient d’être absorbé par le bouclier d’Odin, et il ne pourra jamais s’en échapper ! Quant à toi, je vais t’envoyer croupir dans une cellule où tu resteras jusqu’à la fin de tes jours ! »

   Il tendit la main vers elle mais une voix venue de nulle part résonna.

   « Ne la touchez pas ! »

   Il se retourna et vit un cercle de lumière se découper dans l’air.

   « Siegfried ? répondit Derbal. Comment est-ce possible ?

   - Une seule arme peut fendre le bouclier d’Odin, c’est l’épée d’Odin. Et malheureusement pour vous, ce pouvoir est en ma possession ! Odin Sword ! »

   Le cercle s’ouvrit et Siegfried en jaillit dans une explosion de lumière.

   « Tu... tu es parvenu à t’échapper !

   - Tout à fait ! Et je ne suis pas revenu seul ! »

   Derbal découvrit aux pieds de son opposant deux hommes inconscients.

   « Ce sont les jumeaux !

   - Comme vous pouvez le constater, le nouvel ordre des Guerriers Divins est loin d’être éradiqué ! Votre histoire s’achève ici. Odin Sword ! »

   Un rayon jaillit de son doigt et frappa le sol, formant un cercle autour de Derbal, et la terre se souleva comme si une trombe en jaillissait. Le prêtre enfonça ses pieds dans le sol avec tant de force que le souffle ne parvint même pas à le faire bouger.

   « Il... il a écrasé l’Odin Sword ! lâcha Siegfried.

   - Si tu veux jouer aux épées, je suis ton homme ! répondit-il en sortant son arme du fourreau et en chargeant son opposant.

   - Imbécile ! Vous vous jetez dans la gueule du dragon ! Dragon Bravest Breath ! »

   La salve le frappa en pleine poitrine et le projeta au sol. Il se releva au bout de quelques secondes, et malgré le sang coulant de ses lèvres et son armure fissurée, il affichait un sourire satisfait.

   « J’en étais sûr ! dit-il. Tu as bien un point faible ! »

   Siegfried regarda sa poitrine et découvrit une entaille au niveau du coeur : l’armure avait été transpercée et sa chair effleurée. Une goutte de sang coula le long de son torse.

   « Cela ne change rien ! Vous avez été touché plusieurs fois par mes attaques et vous êtes épuisé, je n’aurai aucun mal à en finir avec vous !

   - Sauf que désormais tu n’es plus invincible ! »

   Les deux ennemis se jetèrent dans un nouvel assaut.


   Tandis que les deux hommes combattaient, personne ne prêta attention à l’ombre qui se faufila derrière Hilda et la souleva du sol en la tenant par la gorge.

   « Guerrier d’Alpha ! cria Loki à l’attention de son ennemi. Ne fais plus un geste, ou le cou de ta jolie reine risque de faire un bruit très désagréable ! »

   Derbal se retourna, découvrant son acolyte en vie, mais constatant que tout son corps était couvert de blessures horribles, laissant la chair à vif à certains endroits. Pourtant Loki ne semblait pas importuné de cet état.

   Voyant sa reine prise en otage, Siegfried fut pris de panique. Derbal profita de ce moment pour le frapper d’un coup de poing au coeur, l’envoyant à terre, puis il exerça contre lui son souffle lumineux à bout portant, l’écrasant contre le sol. Le Guerrier d’Alpha tenta de lutter contre la puissance de son ennemi, mais il était cloué à terre.

   Le prêtre stoppa son souffle, Siegfried n’étant désormais plus capable de réagir, et lui mit le pied sur la gorge tout en levant son épée, sous le regard fasciné de Loki. Lorsqu’il abaissa son arme, Siegfried la retint avec ses mains, mais la lame continuait de descendre vers son coeur.

   Hilda se débattait, mais ses mouvements ne faisaient qu’amplifier sa suffocation. Elle ferma les yeux pour ne pas voir ce qui allait suivre.


***


   « Viens grande soeur ! On dirait que la bataille est terminée !

   - Inutile de courir ! Si Asgard est sauve, nous aurons tout le temps de le constater. »

   Bil et Hjuki couraient vers la cité lorsqu’une meute de loups traversa leur chemin.

   « Bil, regarde ! Ce sont les loups de Fenrir ! On les suit ?

   - Tu n’as plus peur d’eux ?

   - Pff ! J’ai jamais eu peur !

   - Je croyais que tu voulais rejoindre Asgard.

   - Bah oui mais c’est pas urgent.

   - Tiens donc... »

   Les deux adolescents retrouvèrent la meute dans un lieu qu’ils connaissaient bien.

   « La cascade gelée ! Pourquoi sont-ils revenus ici ? »

   Ils comprirent en découvrant le corps sans vie du Guerrier d’Alioth que les loups avaient emporté avec eux.

   « Il... il est mort ?

   - Je crois bien, son corps est couvert de blessures. »

   Hjuki se jeta sur lui en pleurant.

   « Non, c’est pas vrai ! Cette nuit aussi on croyait qu’il était mort, et en fait il l’était pas ! Il va se réveiller !

   - Regarde Hjuki ! » lui dit-elle en montra les loups qui creusaient la neige.

   « Ils sont revenus ici pour l’enterrer. Il est bien mort, ajouta-t-elle les yeux humides. Tout ce que nous pouvons faire, c’est les aider à le mettre en terre. »

   Elle se baissa et creusa aux côtés des loups. Son frère la regarda faire, puis s’essuya les yeux avant de la rejoindre.

   Un bruit de bataille retentit au loin, et tous les loups se tournèrent vers l’endroit d’où provenait l’écho.

   « Qu’est-ce que c’était ? demanda Hjuki.

   - Je ne sais pas. Peut-être que la guerre a repris.

   - Mais Fenrir n’est plus là pour défendre Asgard. Si ça se trouve, tous les autres sont morts aussi.

   - Ne sois pas si pessimiste !

   - Je veux aller voir, je pourrai sans doute faire quelque chose.

   - Hjuki, tu n’es qu’un enfant !

   - Et alors ? Peut-être que des gens ont besoin d’aide. Même si nous n’avons pas de parents, on a toujours pu compter sur les autres. C’est le moment de leur rendre la pareille. »

   Bil le regarda en souriant.

   « Qu’est-ce qu’il y a ? lui dit-il.

   - Je n’avais pas remarqué que tu étais devenu un homme. Vas-y, moi je finis de donner la sépulture à ce guerrier. Mais ne commets aucune imprudence ! »


***


   Alexei remontait péniblement les allées de la ville. En arrivant sur la place faisant face au palais, son coeur se figea lorsqu’il découvrit Derbal qui était sur le point de tuer Siegfried, tandis que Loki tenait Hilda à la gorge. Il réagit par instinct en se ruant sur le guerrier loup, le renversant d’un coup de pied, et rattrapa la princesse dans ses bras. Celle-ci reprit son souffle en toussant.

   « Qu’est-ce qui te prend ? lui dit Loki en se relevant. Tu as juré allégeance à notre ordre, ne l’oublie pas !

   - J’ignore ce qu’il se passe ici, mais jamais je n’accepterai qu’une femme soit prise en otage !

   - Dans ce cas, tu vas rejoindre tous les Guerriers Divins qui sont morts aujourd’hui ! Il ne restera plus que Derbal et moi pour régner sur Asgard ! »

   Alexei se mit en position de combat lorsque Siegfried, toujours à la merci du grand prêtre, tenta de lui parler.

   « Prince de Bluegrad ! Protège Hilda et réunis les sept saphirs ! C’est le dernier espoir d’Asgard ! »

   Il détacha le joyau de sa ceinture et s’apprêta à le lui jeter. Alexei comprit de quoi il parlait ; en invoquant l’armure d’Odin, il pourrait renverser le règne de Derbal.

   Derbal, à bout de patience, exerça une forte pression sur son épée qui se planta dans le coeur de Siegfried. Rassemblant ses dernières forces, il parvint à jeter son saphir. Avant qu’Alexei ne puisse l’attraper, un homme apparut et le repoussa violemment pour s’emparer du joyau : le Guerrier Bleu le reconnut immédiatement, c’était Albérich de Megrez.

   Il ouvrit ses mains, dévoilant la totalité des saphirs tout en éclatant de rire, puis il s’élança vers la statue d’Odin en tendant les bras vers le ciel.

   « Seigneur Odin, je suis ton digne successeur, fais-moi don de ton trésor ! »

   Derbal voulut intervenir, mais même dans la mort, la main de Siegfried était toujours accrochée à son épée.

   Albérich jeta les sept pierres vers la statue. Elles se mirent à briller et s’envolèrent jusqu’au heaume d’Odin ; elles se fixèrent sur la pierre dans des orifices formant la constellation de la Grande Ourse.

   Le sol se mit à trembler, et la statue fut auréolée de lumière. L’épée tenue par l’effigie du dieu se brisa en son milieu, et l’armure d’Odin en jaillit, étincelante comme le cristal le plus pur.

   Loki voulut attaquer Albérich, mais il fut repoussé lorsque le corps du Guerrier de Delta fut soulevé du sol et entouré d’une énergie nouvelle. Sa protection fissurée le quitta et l’armure d’Odin vint recouvrir chaque partie de son corps, puis l’Epée de Balmung se plaça dans sa main.

   « Ils peuvent également invoquer l’armure d’Odin ! s’exclama Derbal.

   - Maître ! renchérit Loki en se jetant contre l’ennemi. Laissez-moi tuer cet arriviste, il ne doit pas encore maîtriser cette nouvelle protection, j’en mettrais ma main à couper ! »

   En un coup d’épée la main de Loki fut tranchée. Il hurla de douleur en se tenant le poignet et en tombant à genoux. Sa combativité reprenant le dessus, il s’élança vers son ennemi, mais celui-ci fit virevolter son épée, et son corps tomba en morceaux.

   « Cette armure d’Odin est formidable ! Tout ce passé qui avait été effacé de nos mémoires revient en moi, et même plus encore, je sens tout le savoir d’Asgard envahir mon être ! »

   Il se tourna vers Derbal et le pointa de son arme.

   « Roi déchu, je vais te renvoyer d’où tu viens !

   - Tu penses que je vais me laisser faire ? »

   Il chargea Albérich, son épée en main, mais celle-ci se brisa au contact de celle d’Odin. Une blessure apparut sur son épaule.

   « Tu pensais me vaincre avec cette arme ridicule ? lui dit le porteur de l’armure divine. Quand je pense qu’en l’associant aux quatre autres épées elle aurait pu te permettre d’invoquer la protection d’Odin. Mais c’est vrai que vous ne pouvez pas, puisque l’une d’elles a disparu il y a longtemps. Comment déjà ? Ah oui, c’était un ancêtre de Loki, il avait volontairement détruit la sienne afin que l’armure du seigneur ne puisse pas être réveillée. Et pourquoi ? Parce que votre famille royale voulait tout contrôler, au point même de supprimer toute possibilité de passer outre son pouvoir ! C’est ce genre de décisions stupides qui a causé votre perte !

   - Je ne suis pas vaincu, et je suis le seul véritable représentant d’Odin ! »

   Il projeta son souffle d’énergie vers Albérich, qui plaça l’épée de Balmung devant lui : la salve fut séparée en deux. Il avança à travers l’attaque et planta son épée dans le ventre de Derbal. L’énergie qui émanait de son corps s’estompa et il s’écroula.

« Voilà comment meurent les rois. »

   Il contempla quelques instants la lame de l’épée en la faisant glisser entre ses doigts, tandis que les dernières personnes encore présentes le fixaient du regard. Puis il se tourna vers Hilda.

   « A présent, voyons comment meurent les reines. »

   Il s’approcha d’elle doucement, profitant de chaque pas.

   « Hilda, si tu savais depuis combien de temps je rêve de ce moment ! Toi qui as osé tant de fois t’opposer à moi ! Il n’y a que lorsque l’Anneau des Nibelungen t’a possédée que je pouvais te supporter ! A présent je vais pouvoir régler mes comptes avec toi !

   - Tu ne la tueras pas ! lui répondit Alexei en s’interposant.

   - Tu es encore là ? Tu aurais dû en profiter pour fuir ! Regarde-toi, tu es plus mort que vif !

   - Comment es-tu sorti du cercueil d’améthyste ?

   - Tu pensais vraiment en avoir terminé avec moi, n’est-ce pas ? Sache que c’est une jeune fille de Svartalfaheim qui m’en a libéré. Je l’avais sauvée de son royaume en ruines en espérant qu’elle me transmette un jour les connaissances de son peuple, mais finalement je pense que je n’en aurai pas besoin. En tout cas c’est grâce à elle si j’ai pu revenir, comme quoi tout a un sens ! La pauvre, elle pensait que j’étais un héros ! Elle risque d’être déçue à son réveil !

   - Et les saphirs, comment les as-tu obtenus ?

   - Il faut encore remercier cette idiote, son savoir est impressionnant ! En touchant une matière cristalline, quelle qu’elle soit, elle est capable d’en localiser la présence alentour. Il lui a suffit d’entrer en contact avec mon saphir pour repérer ceux qui se trouvaient sur les cadavres de Thor et Fenrir ; quant à Hagen, je n’ai même pas eu besoin de le rencontrer, la moitié de son armure avec le saphir était abandonnée dans une grotte au milieu de cadavres de mages. Je n’ai eu aucun mal à m’emparer de celui de Syd tandis que vous vous affrontiez, et le dernier qui me manquait était celui de Siegfried. Mais trêve de discours, l’heure est venue de régner sur le monde !

   - J’utiliserai ce qu’il me reste de vie pour t’emporter avec moi !

   - Ce ne sera pas suffisant ! »

   Il enflamma son cosmos, projetant Alexei à terre, et brandit l’Epée de Balmung.

   « Personne ne peut s’opposer à Odin ! Dis adieu à la vie !

   - Tu n’en feras rien, Albérich ! »

   Une femme vêtue d’une longue robe orange apparut.

   « Idun ?

   - Tu m’as trompée une fois, mais cette fois je ne te laisserai pas faire !

   - Pour ça, il aurait fallu me laisser dans mon cercueil !

   - Je t’y replongerai si nécessaire !

   - Tu n’en as pas le pouvoir, pauvre sotte !

   - Alors je lui prêterai main forte ! » répondit une autre voix.

   Un jeune homme à la longue chevelure rousse approcha.

   « Moi, Funfeng de Muspelheim, allié d’Asgard, je ne tolérerai pas qu’un Guerrier Divin utilise son pouvoir à des fins personnelles !

   - Et nous de même ! »

   Vidar, Forsete, Heimdall et Jarl les rejoignirent.

   « Vous ne comprenez donc pas ? Je SUIS Odin, le seul choix qu’il vous reste est de m’obéir !

   - Tu n’en es pas digne ! Ton âme n’a pas la grandeur de notre seigneur !

   - Tu ne mérites même pas d’être un Guerrier Divin. » intervint une autre personne.

   C’était un garçon vêtu de haillons.

   « Des protecteurs d’Asgard sont morts aujourd’hui pour tous nous sauver, ajouta-t-il, et toi tu ne penses qu’au pouvoir ! Tu es la honte de notre royaume !

   - Ce n’est pas un gamin comme toi qui va me donner des leçons ! » répondit Albérich en haussant le ton.

   Le groupe formé par les nouveaux arrivants lui faisait face, sans montrer la moindre peur ni le moindre doute.

   « Nous sommes Asgard, et toi tu n’es qu’un usurpateur !

   - Quatre soldats, deux étrangers et un mendiant, ce serait donc ça Asgard ? Je vais vous balayer d’un seul geste !

   - Même si tu nous tues, tu resteras un imposteur, et il y aura toujours des hommes et des femmes tels que nous qui se dresseront sur ta route.

   - La légitimité, la sagesse, le sens de la justice. Tant que ces qualités te manqueront, ta course au pouvoir ne sera que guerre et rebellions.

   - Tu pensais qu’une fois l’armure d’Odin obtenue, la victoire totale ne serait que formalité ? Nous sommes là pour te prouver que tu devras te battre toute ta vie pour y parvenir.

   - Nous sommes l’avenir que tu devras affronter chaque jour. »

   Albérich s’immobilisa, grinçant des dents.

   « Peu importe ! reprit-il en hurlant. Je régnerai sur terre, quel qu’en soit le prix ! Et vous serez les premières victimes de ce nouvel ordre !

   - Tu n’en feras rien ! »

   Hilda s’était relevée. Elle se tourna vers ceux qui s’opposaient avec courage à Albérich.

   « Eloignez-vous ! »

   Ils s’écartèrent sans discuter, et Hilda se plaça face à l’imposteur.

   « C’est à moi que tu voulais t’en prendre, n’est-ce pas ? Alors vas-y. »

   Il n’hésita pas une seconde et abaissa son épée sur la prêtresse. Celle-ci attrapa l’arme avec la main, du sang giclant de sa paume. Mais l’épée ne descendit pas plus bas.

   « Co... comment peux-tu avoir la force de retenir ce coup ?

   - Il ne s’agit pas de force, mais d’osmose. Tu as toujours considéré l’armure d’Odin comme une arme permettant d’accéder au pouvoir, passant à côté de ce qu’elle est vraiment. C’est avant tout un objet d’espoir, qui apparaît pour défendre le peuple. Sans comprendre la véritable nature de cette armure, tu ne peux pas entrer en communion avec elle et en exploiter toute la puissance. En ce moment, même moi qui n’en touche que la lame de l’épée je suis plus en osmose avec elle que toi qui la portes.

   - Tu dis n’importe quoi ! J’ai réuni les saphirs, j’ai invoqué l’armure, et j’en suis le seul possesseur ! On verra si tu peux résister à toute la puissance d’Odin !

   - Ne fais pas ça ! Tu risquerais de... »

   Albérich ne la laissa pas terminer. Il concentra toute l’énergie de l’armure dans l’Epée de Balmung, mais celle-ci, au lieu d’être projetée contre Hilda, se retourna contre lui. L’armure brilla de mille feux et le corps d’Albérich fut consumé jusqu’à ce qu’il n’en reste que des cendres. Les pièces de la divine protection tombèrent au sol puis s’assemblèrent comme elles l’étaient au départ, sous le regard peiné d’Hilda.

   Alexei se tourna vers Derbal qui vivait ses derniers instants. Le regardant ainsi, il eut une étrange sensation. Dès leur première rencontre, Derbal lui avait rappelé quelqu’un. Ce n’est que maintenant qu’il comprenait qu’il s’agissait de lui-même.

   Derbal était ce qu’il aurait pu devenir dans dix ou vingt ans s’il s’était laissé corrompre par le pouvoir, si sa soeur ne l’en avait pas empêché. Derbal n’avait jamais voulu revenir à la vie, et si lui-même n’était pas allé le chercher au fond de ce gouffre, il ne se serait peut-être jamais réveillé.

   Alexei se baissa près de celui qui fut son maître durant une si courte période et le souleva. Derbal parvint à prononcer quelques mots.

   « Jeune prince, merci d’avoir essayé de me sauver. Même si tu n’y es pas parvenu, tu t’es au moins sauvé toi-même. »

   Ses yeux se fermèrent et sa tête retomba en arrière. Il était mort.

   Alexei se retourna vers Vidar et les autres. Tous avaient le regard rivé dans la même direction : Hagen venait d’arriver, et Syd et Bud se relevaient. Les trois Guerriers Divins regardèrent successivement Idun, Funfeng, Hjuki et les quatre gardes.

   « Nous nous étions trompés, dit Hagen, cette épreuve ne nous concernait pas. Merci Odin, pour l’honneur que tu nous as fait. »

   Alexei sentit son coeur se serrer sans comprendre pourquoi. Il échangea un regard avec ceux qui l’avaient sauvé et vit la même incompréhension sur leur visage. Lorsqu’il se retourna vers les trois Guerriers Divins il découvrit leurs corps étendus à terre, sans vie. Dans le ciel, trois Valkyries emportaient leurs âmes.

   Les yeux remplis de larmes, le prince de Bluegrad sourit, et il s’écroula sous le poids de la fatigue.


***


   Alexei ouvrit les yeux. Il était dans un lit très confortable au milieu d’une pièce aux murs blancs, avec une fenêtre par laquelle filtrait une douce lumière.

   Une femme était assise dans une chaise près du lit.

   « Princesse Hilda ? » dit-il en tentant de se redresser. Mais il ressentit des douleurs dans tout le corps.

   « Allons ! le retint la jeune femme. Ne bougez pas trop pour le moment, et s’il vous plaît, appelez-moi Hilda.

   - Alors seulement si vous ne m’appelez pas prince, lui répondit-il, un sourire en coin. Cela fait longtemps que je suis là ?

   - Plus d’une semaine.

   - Quoi ? cria-t-il.

   - Ne vous inquiétez pas, tout va bien à présent. Le royaume est sauf. Quant à vos blessures, mes dons de guérison et le savoir-faire de nos médecins ont fait leur possible. Votre jambe ne gardera aucune séquelle. »

   Le prince de Bluegrad repensa à ce qu’il avait vu avant de s’évanouir.

   « Hilda... reprit-il la mine triste. Vos protecteurs, que sont-ils devenus ? Certains avaient survécu, et pourtant il m’a semblé voir leurs âmes quitter leurs corps.

   - Les Guerriers Divins, Gardiens des Fronts ou Représentants de la Grande Ourse, n’étaient revenus à la vie que de manière temporaire.

   - Alors... ils devaient de toute façon repartir ?

   - Oui, tel est le rôle des Einherjars. Les guerriers qui acceptent de combattre pour Odin le font même au-delà de la mort si le seigneur l’exige. Mais il ne s’agit en aucun cas d’une nouvelle vie, ce qui serait contraire aux préceptes de notre dieu.

   - Pourquoi ? Ces guerriers méritaient de vivre.

   - Il ne s’agit pas de mérite. Odin ne veut pas briser le cycle normal de la vie des hommes, car cela pourrait freiner leur évolution. Il a beau être un dieu, il refuse que ses fidèles se contentent de l’adorer passivement. S’il a décidé de quitter Asgard, c’est justement pour que les hommes apprennent à se débrouiller seuls. Il n’y a que comme ça qu’ils deviendront meilleurs.

   - Odin aurait donc ramené les deux ordres uniquement pour combattre Helheim ?

   - C’est ce que je pensais, mais en entrant en contact avec l’épée d’Odin face à Albérich, j’ai découvert quelles étaient les intentions d’Odin. Après les catastrophes du Ragnarok et de l’Anneau, notre dieu était dépité. Il voulut tout effacer une nouvelle fois, mais il en fut dissuadé.

   - Qui a bien pu être capable d’infléchir le dieu du Nord ?

   - Un autre dieu, qui est apparu il y a peu. Les cinq fils d’Odin ont accompli tant de miracles en leur temps qu’ils atteignirent presque le stade divin. Aussi une partie de leurs âmes se transmirent à leur descendance, faisant de chaque nouvelle génération de Guerriers Divins une semi-réincarnation de la précédente. Leurs âmes étaient à deux doigts d’atteindre le niveau ultime, mais cela n’arriva pas car leur ordre se corrompait davantage au fil des siècles. Seul Frey échappa à cette décadence car il avait refusé de conserver son armure. Un pouvoir obtenu sans mérite ne peut conduire qu’au mal, et ces protections héritées comme un droit inaliénable ont perverti les générations successives de Guerriers Divins. Voilà pourquoi le nouvel ordre détermine les porteurs en fonction de leurs valeurs. Lors de la rébellion de Derbal, le guerrier Frey s’est sacrifié pour son pays, et cet acte a permis à son âme d’atteindre la conscience divine.

   - Frey serait donc celui qui a influencé Odin.

   - Il l’a convaincu que l’histoire était condamnée à se répéter si on oubliait le passé. Le plus gros problème auquel Asgard était confrontée, c’est que le peuple ne croyait plus en ses Guerriers Divins. En cas de menace, des élus devaient apparaître pour revêtir les armures divines, mais à cause de cette méfiance, cela n’arrivait pas. Sur les conseils de Frey, Odin a profité de l’attaque imminente de Helheim. Il a ramené les deux anciens ordres, sans distinguer les bons des mauvais, afin de montrer au peuple qu’ils étaient essentiels au royaume, et que même si certains ne méritaient pas leurs titres, d’autres étaient des héros.

   - Dans quel but, une nouvelle guerre approcherait-elle ?

   - Ca je l’ignore. »

   Alexei sembla pensif.

   « J’ai peut-être la réponse, reprit-il. Durant la bataille, j’ai découvert que des hommes espionnaient le royaume d’Asgard, peut-être depuis des siècles.

   - Des espions ?

   - Oui, des Mariners au service de Poséidon. D’après ce que j’ai pu apprendre de ceux que j’ai combattus, ils observeraient les lieux stratégiques de la planète dans le but d’acquérir de nouveaux moyens de combattre leurs ennemis. C’est comme ça qu’ils ont profité de la refonte de l’ordre des Guerriers Divins pour vous placer sous le contrôle de l’Anneau.

   - Que sais-tu d’autre à leur sujet ?

   - Je sais qu’ils disposent d’un repaire dans les environs, mais j’ignore où il peut se trouver.

   - J’ai mon idée. Et je vais y envoyer de ce pas quelques... messagers. A présent je dois te laisser, il y a une personne qui a hâte de te voir, et je pense que c’est réciproque. »

   La reine ouvrit la porte, et juste avant de disparaître, elle dit :

   « Au fait Alexei, merci ! »

   Elle laissa alors entrer une jeune fille blonde aux cheveux courts et aux yeux bleus.

   « Natacha ! Tu m’as tellement manqué !

   - Toi aussi, Alexei, lui répondit-elle la larme à l’oeil. Ca fait si longtemps que je n’avais pas vu mon frère.

   - Tu exagères, je ne suis parti que quelques jours.

   - Je parle du vrai Alexei, celui que j’aime et que j’admire. Lui avait disparu depuis une éternité. »

   Hilda referma délicatement la porte, tandis que son visage s’assombrit. Le souvenir d’un jeune homme aux cheveux châtains hantait sa mémoire. Elle se retourna et vit sa petite soeur Freya qui l’attendait au fond du couloir.

   « Tu viens ? dit-elle.

   - J’arrive. » répondit la reine avec un sourire.


***


   Quelques heures plus tard, quatre guerriers marchaient au milieu des territoires interdits d’Asgard, là où se trouvait le Tourbillon Noir menant au domaine sous-marin de Poséidon.

   L’un d’entre eux, portant une armure bleu marine sertie de deux griffes jaunes à chaque poing se mit à parler.

   « Vidar ! Tu es sûr qu’on va trouver quelque chose ici ? C’est complètement désert ! »

   Celui à qui s’adressait la remarque était vêtu d’une armure grise avec deux têtes de dragons, l’une sur le casque et l’autre sur l’épaule droite.

   « Un peu de patience, Jarl. Nous chercherons jusqu’à ce que nous trouvions ! »

   - J’ai repéré quelqu’un ! lança le troisième homme, dont la protection dans les tons verts semblait faite de cristal.

   - Tu as toujours l’oeil, Heimdall ! » lui répondit le quatrième guerrier, quant à lui vêtu d’une armure violette imitant les écailles d’un serpent.

   Ils virent une ombre qui s’éloigna d’eux furtivement et se lancèrent à sa poursuite, ce qui les mena à l’entrée d’une grotte.

   « Ca ressemble à un traquenard, tu es sûr qu’on a bien fait de ne venir qu’à quatre ? demanda Forsete.

   - Je suis persuadé qu’on s’en sortira très bien tout seuls.

   - D’ailleurs, où sont les autres ?

   - Funfeng de Beta s’entraîne en ce moment même avec les Blue Warriors, répondit Vidar, et je pense qu’il doit être plus en danger que nous ! Les trois Bluegradiens n’y vont pas de main morte lorsqu’ils forment des guerriers ! Quant au jeune apprenti, Hjuki, il tenait particulièrement à revêtir l’armure que tu portes, Jarl, mais Hilda l’a convaincu d’y renoncer et d’accepter l’armure de Zéta. Je suppose qu’elle a ses raisons... En tout cas il doit encore beaucoup s’entraîner, tout comme nous d’ailleurs.

   - Et la jeune Svartalfienne, enchaîna Jarl, il paraît qu’elle veut aussi se mettre au service d’Odin ?

   - En effet, Idun souhaite conquérir l’armure d’Eta. Nous verrons si son violon peut devenir une arme aussi mortelle que la lyre de Mime.

   - Moi je suis tout disposé à l’aider à se perfectionner ! lança Jarl, le regard lubrique.

   - Oui, on se doute bien que c’est l’art de combattre qui te pousse à te rapprocher d’elle ! » ajouta Heimdall en rigolant.


   Lorsqu’ils pénétrèrent dans la grotte, ils furent surpris de voir qu’elle s’étendait sur plusieurs dizaines de mètres. Les murs étaient couverts d’étagères contenant des centaines de chroniques, si ce n’est des milliers. Un frisson traversa le dos des quatre hommes.

   Ils jetèrent un oeil sur les ouvrages, il y avait de tout : des listes de noms, des portraits, des schémas, des plans, des récits. Toute l’histoire d’Asgard depuis des siècles y était étudiée et analysée. Vidar en eut la nausée.

   « Ce lieu est une abomination ! lança Heimdall. Laisse-moi le détruire !

   - Pas question ! Ces hommes nous observent depuis des siècles, et nous avons été trop occupés par nos problèmes pour nous en apercevoir, nous devons accepter notre part de responsabilité !

   - Alors on en reste là ? Notre mission est terminée ?

   - Au contraire, elle ne fait que commencer. Les Havmanns nous espionnaient comme ils espionnent d’autres royaumes à travers le monde. Tandis que Poséidon combat Athéna à chaque guerre sainte, ses Mariners étendent insidieusement leur contrôle de la terre par ce type de stratégie, et si nous les laissons faire, ils finiront par conquérir le monde. Poséidon pensait qu’il pouvait contrôler Asgard à sa guise, nous allons lui prouver que bien au contraire nous sommes une menace pour lui, une menace plus grande qu’Athéna ! »

   Il ouvrit l’un des livres dans lequel se trouvaient des schémas de leurs propres armures.

   « Ces recueils doivent contenir des indices sur les autres repaires de Poséidon à travers le monde, continua-t-il. Nous allons les débusquer et les anéantir un à un ! Alors il comprendra qu’il n’est pas le bienvenu sur les continents.

   - Bien dit ! s’exclamèrent ses frères d’armes.

   - D’ailleurs, continua Forsete, ce n’est pas qu’Asgard qui se dressera contre lui, mais tous les royaumes du Grand Nord. Bluegrad et Muspelheim sont déjà nos alliés, et Svartalfaheim reprendra vie un jour. Quant à Helheim, nous finirons bien par calmer leur haine. »

   En sortant de la grotte, ils constatèrent qu’ils étaient entourés par des dizaines de Mariners.

   « Mes amis, le moment est venu de rendre hommage à ceux qui sont revenus sur terre le temps d’un jour afin de nous montrer l’exemple. Guerriers Divins, à l’assaut ! »


FIN


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