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Cette fiche vous est proposée par : Vincent, sans pseudo


Les Royaumes du Grand Nord

   Autrefois, à l’époque où Asgard n’existait pas encore, le Grand Nord était divisé en neuf royaumes, chacun vivant en autarcie.

   Un jour, le climat déjà peu favorable se déchaîna tel l’enfer.

   Les vents battaient les steppes, les vagues se soulevaient en raz-de-marée, les glaciers se brisaient. Un véritable cyclone soufflait sur la région ; il avait déjà ravagé Vanaheim et Mannaheim, et il se dirigeait à présent vers Godheim. Les peuples des deux cités détruites s’étaient réfugiés dans la Ville des Dieux pour y être protégés, mais tous se demandaient s’ils avaient pris la bonne décision, car déjà les murailles commençaient à se disloquer sous l’effet des vents.

   Leur seul espoir ne reposait pas sur la résistance de l’enceinte mais sur un homme. Tout le monde chuchotait son nom tandis qu’il sortait des rangs pour faire face aux éléments déchaînés.

   « Odin ! Sauve-nous !

   - Oui, Odin ! Accomplis un miracle ! »

   Tous criaient leur peur déguisée en encouragements.

   Odin était encore jeune, mais déjà la réputation de sa force et de ses pouvoirs avait fait le tour des pays nordiques. D’une stature imposante, les cheveux noirs et courts et un regard perçant comme celui d’un rapace, il tenait à la main une épée finement décorée, et dans son dos une cape bleue virevoltait sous l’impulsion des vents.

   Une énergie blanche comme la neige la plus pure irradia de tout son corps. Elle grandissait jusqu’à dépasser la ville elle-même, devenant aussi imposante que le cyclone.

   Face à cette résistance, les éléments semblaient vouloir rivaliser et redoublèrent de violence. Un amas de débris emportés par la rafale vint le percuter Odin de plein fouet et le projeta à terre. Son corps était couvert d’entailles, et une pierre lui avait crevé un oeil. La souffrance devait être difficilement supportable pourtant il se releva pour protéger la ville.

   Il comprenait que si sa puissance était surhumaine, son corps lui restait vulnérable. Il dirigea sa main vers la glace qui recouvrait le sol. Celle-ci se souleva sous l’impulsion de son pouvoir. Il replia les doigts, et ces quelques pièces de glace se comprimèrent jusqu’à devenir aussi solides et compactes que le cristal. Chaque partie ainsi formée recouvrit le corps du héros pour le protéger à la manière d’une armure.

   Des pierres transportées par la tempête vinrent le frapper de nouveau, mais cette fois son armure improvisée le protégea. Il reprit son épée des deux mains et l’abattit de toutes ses forces contre le cyclone, qui fut coupé en son milieu. Deux trombes poursuivirent leur route de part et d’autre de la cité sans même l’effleurer.

   Ce jour-là, le jeune homme passa du stade de héros à celui de véritable dieu. Les Vaniens et Manniens abandonnèrent leurs villes en ruines pour rejoindre les Godiens, et tous ensembles ils rebâtirent une nouvelle cité plus grande, plus belle, plus forte. Ainsi naquit Asgard, l’association de trois peuples.

   L’armure de glace créée par Odin fut récupérée par les meilleurs forgerons de ce nouveau peuple ; ils la retravaillèrent pour lui donner sa forme définitive. Elle serait désormais un symbole d’espoir pour les Asgardiens, et servira plus tard de modèle aux armures des Guerriers Divins.

   Mais dans tout bonheur il y a le revers de la médaille. La tempête chassée par Odin avait continué sa route à travers les steppes jusqu’à atteindre un autre royaume du Nord, connu depuis toujours sous le nom de Helheim. Si l’acte d’Odin fut l’occasion de la réunion de trois royaumes, il fut aussi le déclencheur d’une hostilité séculaire de la part des Heliens, qui accusèrent le nouveau dieu d’être responsable de leur malheur.

   Non seulement le pays que l’on nomme le royaume des morts déclara la guerre à Asgard, mais il entraîna dans le conflit toutes les autres cités du Grand Nord : Jotunheim, Muspelheim, Niflheim et Svartalfaheim. Exhortés par Helheim, chacun de ces peuples découvrit une myriade de raisons de convoiter Asgard : le secret de l’immortalité possédé par Odin, les richesses du pays, leurs territoires, etc. Mais la seule raison véritable raison de cette guerre était la jalousie. Helheim avait toujours été le plus puissant des royaumes du Grand Nord, et les derniers événements venaient de changer la donne. Au fil des siècles, cette jalousie devint haine.


***


   « Cette haine a perduré jusqu’à notre époque, et aujourd’hui elle prend la forme d’une armée innombrable venue accomplir une vengeance aussi vieille que le monde. »

   Vidar venait de finir son récit qui pétrifia ses trois frères d’armes, déjà ébranlés par l’arrivée des ennemis qu’ils observaient du haut des remparts.

   « Tu en sais des choses, lui dit Jarl sans quitter les envahisseurs des yeux. Mais leur haine immortelle ne me découragera pas. Je combattrai jusqu’à la mort s’il le faut.

   - Et c’est bien la mort que nous allons rencontrer, nous et tous les autres soldats. Car ces deux Guerriers Divins ne pourront rien contre une telle armée. »


***


   « Bon sang ! Nous pouvons être les deux guerriers les plus puissants de la planète, nous ne pourrons pas repousser une armée si nombreuse ! dit Derbal.

   - Nous devons pourtant essayer, répondit Siegfried.

   - Ils attaquent ! »

   Les Heliens lancèrent une nuée de javelots qui retomba sur les deux guerriers telle une pluie drue. Derbal enflamma son cosmos rouge qui détruisit tous les projectiles. Quant à Siegfried, les armes lancées contre lui ricochèrent sur son corps.

   Deux bataillons chargèrent. Le premier fut repoussé par le souffle d’énergie de Derbal et le second par l’attaque meurtrière de Siegfried.

   « Dragon Bravest Breath ! »

   Aucun attaquant n’en réchappa.

   « Tant que nous agissons de concert, nous pouvons les contenir, dit Siegfried.

   - Mais pour combien de temps ? »


***


   Alexei s’écroula en poussant un cri de douleur. Du sang coulait de son crâne.

   « Tu as tué mon compagnon et tu nous as découverts ! lui lança l’inconnu. Mais je vais te tuer, ainsi le secret de notre présence disparaîtra avec toi ! »

   Alexei se retourna pour voir celui qui venait de le frapper. Il portait la même armure que celui qu’il venait d’abattre, une armure verte décorée de nageoires et couverte de ciselures semblables à des écailles.

   Il était large d’épaules et tenait une ancre reliée à une longue chaîne qu’il faisait tournoyer au-dessus de sa tête comme une arme.

   Le Blue Warrior se releva, chancelant.

   « Ainsi, des Mariners se cachent dans les environs ! Les chroniques de Bluegrad racontent qu’il y a plusieurs siècles, vous avez attaqué notre royaume, tuant sans pitié hommes, femmes et enfants ! Je n’aurais jamais pensé que vous en seriez réduits à espionner vos ennemis en cachette !

   - Vous les Blue Warriors, vous êtes tout aussi arrogants que les God Warriors ! Vous pensez être importants, mais pour Poséidon vous n’êtes que du bétail ! Vos pays sont éloignés de toute civilisation, à la limite du territoire de notre seigneur, c’est comme si vos terres lui appartenaient déjà ! Si ça ne tenait qu’à moi, nous vous massacrerions jusqu’au dernier ! Mais Poséidon a décidé que nous devions rester de simples observateurs.

   - Vous observez Asgard ? s’étonna Alexei. Depuis quand ?

   - Urk ! J’en ai trop dit ! Tu es doué pour faire parler les gens, mais peu importe car je vais te tuer !

   - Pff ! Ne me fais pas rire ! Tu n’es qu’un soldat, tu n’as aucune chance face à un Blue Warrior ! Je vais te vaincre aussi vite que j’ai abattu ton comp... »

   Alexei perdit l’équilibre et trébucha : ses jambes s’étaient fléchies d’un coup, comme si son corps était devenu trop lourd à porter.

   « Tu oublies une chose, Bluegradien : tu n’en es pas sorti indemne de ton combat. Non seulement tu as épuisé toute ton énergie, mais en plus tu as reçu de nombreuses blessures, sans parler de ton coeur qui s’est arrêté ! Tu n’as même pas été capable d’éviter mon coup tout à l’heure ! »

   - Tu dis vrai, mais je vais tout de même te battre ! »

   Il se releva brusquement et attaqua son ennemi.

   « Blue Impulse ! »

   Un air froid se dégageait de sa main mais il s’évapora dans les airs.

   « Malédiction !

   - Tu n’es plus que l’ombre de toi-même ! A mon tour ! »

   Le Mariner lança son ancre qui frappa la poitrine du prince de Bluegrad, l’envoyant à terre.

   « Je... je croyais que l’armée de Poséidon avait été vaincue ! continua Alexei. Que font des soldats esseulés au milieu du Grand Nord ?

   - Décidément, tu ne t’arrêtes jamais de discuter, en plus tu parles sans savoir ! Apprends qu’il n’y a pas que des soldats Mariners à Asgard, il y a également un Mariner de niveau supérieur, qui est notre chef !

   - La chevalerie de Poséidon ne se limite pas aux Généraux des sept océans ? »

   Cette dernière remarque sembla énerver le soldat qui passa la chaîne de son ancre autour du cou du guerrier du Diamant et le souleva.

   « Tu penses sincèrement que le seigneur des mers ne dispose que de sept combattants à ses ordres ? Son armée est bien plus nombreuse ! La réincarnation de Poséidon à notre époque était imprévue, ce qui explique que seuls les sept Généraux furent recrutés. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun Mariner sur terre. Les continents appartiendront un jour à Poséidon, c’est son destin ! Et même si jusqu’à présent Athéna est toujours parvenue à l’en empêcher, un jour ou l’autre l’histoire basculera. C’est dans cette optique que notre maître a confié à certains Mariners la mission d’espionner les lieux stratégiques de la planète et de réunir un maximum d’informations sur leur compte. C’est le cas d’Asgard : le royaume est observé par nos soins depuis des siècles ! C’est comme ça que nous avons pu contrôler leur reine : le pouvoir de Poséidon nous a immunisés contre la magie d’Odin, et tandis que tout le monde avait perdu une partie de sa mémoire, nous avons profité de l’occasion pour piéger Hilda avec l’Anneau des Nibelungen ! Leur soi-disant dieu s’est bien fait avoir sur ce coup-là ! »

   Il jeta Alexei au loin.

   « Tu comprends ? Nous connaissons Asgard mieux que les Asgardiens eux-mêmes ! Notre repaire est plein d’archives vieilles comme le monde sur le royaume d’Odin ! Et c’est pour ça que ce pays ne sera jamais autre chose qu’un jouet entre les mains de l’empereur des océans ! »

   Il fit tournoyer son ancre au-dessus de sa tête.

   « Maintenant que tu as compris l’inéluctabilité de notre victoire, il est temps d’en finir. Adieu ! »

   Il lança son arme en visant la gorge du Blue Warrior, mais la main d’Alexei intercepta le projectile en plein vol.

   « Tu as raison ! Finissons-en ! »

   Sa voix n’avait plus rien à voir avec celle d’un homme agonisant. Le Mariner comprit qu’il venait d’être dupé.

   « Je te croyais mourant !

   - Au contraire, je suis plus vivant que jamais ! »

   Le soldat se jeta, paniqué, sur son ennemi. Alexei abaissa violemment le tranchant de la main sur le crâne du Mariner, qui fut coupé en deux.

   « Pff ! Un enfant de six ans aurait deviné que je jouais la comédie ! Et vous pensiez pouvoir contrôler les royaumes du Grand Nord avec une intelligence pareille ? Vous... vous n’êtes rien... »

   Il perdit connaissance et s’écroula.


***


   De l’autre côté d’Asgard, une quinzaine de mages vêtus de tuniques oranges et dont les visages étaient masqués de bandelettes se tenaient au bord de la falaise et s’apprêtaient à entrer dans la ville. Deux hommes s’interposèrent.

   « Je suis Hagen de Merak, et voici Midgard ! Nous ne vous laisserons jamais envahir Asgard.

   - Il faudra plus que deux personnes pour barrer la route aux mages de Svartalfaheim !

   - Comment êtes-vous arrivés jusqu’ici ? Il n’y a que des falaises derrière vous !

   - Non seulement vous ne connaissez rien de nous, mais en plus vous nous livrez la victoire sur un plateau ! ajoutèrent-ils en regardant le Guerrier Divin masqué.

   - Quelle victoire ? Je vais vous anéantir ! Midgard, laisse-moi m’occuper d’eux ! »

   Il intensifia son énergie, mais lorsqu’il voulut porter un coup, son frère d’armes s’interposa.

   « Midgard ? Que fais-tu ? »

   Le guerrier ne répondit pas.

   « Dernier avertissement Midgard ! Ecarte-toi ou je serai forcé de t’attaquer ! »

   Aucune réponse. Hagen lui porta un coup de poing en pleine poitrine. Son attaque ne rencontra aucune résistance, l’armure se sépara en plusieurs pièces qui tombèrent au sol : elle était vide.


***


   « J’ai... perdu le contrôle... une nouvelle fois, une fois de trop. Moi, l’homme qui fait perdre le contrôle, j’ai été vaincu par l’arme de mes victoires !

   « Hilda, Siegfried, Alexei ! Je vous hais tous ! Tous vous avez osé me traiter comme un moins que rien, sans comprendre qui j’étais réellement, et de chacun d’entre vous je retiens les paroles impies !

   « J’aurais pu tous vous détruire si mon plan avait fonctionné ! Il aurait dû fonctionner, j’avais tout fait pour. J’aurais laissé les God Warriors s’entretuer et j’aurais tué moi-même ceux qui refuseraient de mourir, et l’Epée de Balmung aurait été mienne !

   « Pff ! Quelle ironie ! Moi qui pensais n’avoir aucun égal sur terre, c’est par ma propre technique que j’ai été emprisonné et que la marche inflexible de mon destin s’est arrêtée !

   « Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans mon plan ? Je suis pourtant l’être le plus intelligent, alors pourquoi ai-je échoué ?

   « Je vais pouvoir y penser jusqu’à la mort.

   « Jusqu’à la mort... »


***


   Tandis que Siegfried et Derbal affrontaient les bataillons de Helheim, un des soldats d’élite les rejoignit, mal en point.

   « Guerriers Divins ! Des ennemis sont parvenus à entrer dans la ville, j’ignore comment. Mes trois frères d’armes les retiennent, mais ils ne résisteront pas longtemps !

   - Comment est-ce possible ? Hagen et Midgard étaient chargés de contenir une attaque à revers !

   - Et pourtant il n’y a personne d’autre que ces maudits revenants ! Ils utilisent des techniques contre lesquelles on ne peut rien !

   - Derbal, vas-y toi, moi je m’occupe de cette armée !

   - Non, entre les Heliens et moi c’est une longue histoire à laquelle j’ai l’intention de mettre un terme de mes propres mains ! Toi va voir ce qu’il se passe ! Je sais qu’Hagen est ton ami.

   - D’accord. »

   Siegfried ne se fit pas prier et disparut dans la ville.

   « Toi le soldat d’élite, quel est ton nom déjà ?

   - Je m’appelle Vidar.

   - Très bien Vidar. J’ai besoin de ton aide et de celle de tous les soldats d’Asgard. Réunis-les et poste-les de manière à bloquer tous les Heliens qui parviendraient à me dépasser. Vous serez notre deuxième ligne de front.

   - Pas question, nous allons combattre à vos côtés ! Nous sommes tout aussi valables que vous ! »

   Il s’élança vers un Helien qu’il tua d’un coup de poing.

   « Ecoute, jeune homme, ce n’est pas un concours de vaillance ! Tu es sans doute plus fort que ces guerriers, mais ils sont trop nombreux pour qu’un homme comme toi les combatte. Laisse les Guerriers Divins agir !

   - Les Guerriers Divins ? Je n’en vois qu’un seul pour l’instant !

   - C’est justement pour ça que j’ai besoin que vous assuriez mes arrières, mais si vous vous jetez au milieu de la mêlée, vous n’y survivrez pas !

   - Nous ne sommes pas à tes ordres, roi déchu ! » cracha Vidar.

   Une flèche provenant de l’armée helienne fondit vers le jeune guerrier, mais Derbal s’interposa, recevant le trait dans le dos. Le projectile ricocha sur son armure sans avoir le moindre effet. Il reprit.

   « Ecoute Vidar, je ne suis peut-être pas le défenseur idéal, mais je suis le seul en ce moment à pouvoir sauver la ville, et contrairement à toi et à tes hommes, je suis protégé par une armure divine. Alors laisse-moi assurer la première ligne de défense, et rassemble tes hommes pour combattre les ennemis qui parviendraient à me dépasser, et crois-moi, ça risque d’arriver très vite !

   - D’a... d’accord ! »

   Le jeune soldat partit à l’intérieur de la ville afin de réunir l’armée d’Asgard pour la dernière bataille.


   « Soldats maudits par les dieux ! Je vais en finir avec vous tous en une seule attaque ! Odin Shield ! »

   Derbal écarta les bras et une lumière rouge jaillit de sa cape, puis elle vira au bleu, et au jaune : un portail vers un autre monde s’ouvrait. Les Heliens étaient aspirés dans cette zone, mais ils se tinrent tous la main à la manière d’une chaîne humaine. Le bouclier d’Odin déployait toutes ses forces pour les emporter, mais sans succès. Ne tenant plus, Derbal mit fin à son invocation.

   « Bon sang ! pensa-t-il. Ils sont trop nombreux pour que je puisse les absorber en une fois. J’aurais pu les faire disparaître en plusieurs attaques s’ils ne s’amusaient pas à se tenir les uns aux autres ! »

   Il bondit au milieu des bataillons ennemis et en balaya une partie avec son souffle d’énergie. Il dégaina son épée et empala trois soldats d’un coup, puis les souleva et les jeta sur les autres.

   « Puisque vous refusez la manière douce, je vais devoir employer avec vous les méthodes les plus violentes ! Vous me vaincrez peut-être, mais d’ici là vous serez nombreux à mourir ! »


***


   Siegfried arriva derrière le Palais de Valhalla, au bord de la falaise. Une quinzaine de mages de Svartalfaheim faisaient face aux trois soldats d’élite, qui étaient en difficulté. Siegfried se plaça devant eux et leur fit signe de s’éloigner, puis s’adressa aux envahisseurs.

   « Vous êtes la dernière armée ressuscitée par Helheim, je suppose. Vous n’êtes pas très nombreux !

   - Nous avons une dernière recrue à te présenter ! » répondit l’un d’eux.

   Une ombre jaillit de derrière les mages et fonça sur Siegfried, l’attaquant d’un coup de griffes, mais il le bloqua avec le bras. L’inconnu enchaîna avec un coup de pied qui renversa le Guerrier d’Alpha.

   Siegfried reconnut alors l’attaquant : c’était Midgard.

   « Toi ? Mais que fais-tu dans le camp de l’ennemi ?

   - Pff ! Est-ce bien là Siegfried, le descendant du héros légendaire ? répondit le guerrier masqué. J’ai peine à le croire ! »

   Il intensifia son cosmos et chargea son ennemi.

   « Cette énergie, elle m’est familière ! » pensa Siegfried tout en esquivant la succession de coups de griffes que lui portait son ennemi.

   Ayant évité sans difficulté les offensives de Midgard, le Guerrier d’Alpha riposta d’un coup de poing qui atteignit son opposant au visage, brisant son masque. Sa surprise fut de taille en découvrant qui était son ennemi.

   « Hagen ? Mais... que fais-tu avec cette armure, et pourquoi m’attaques-tu ? »

   Pour toute réponse, l’homme démasqué lui porta un coup de griffe à la tête. Siegfried porta la main à sa joue.

   « J’ai simplement compris qu’Asgard méritait de disparaître ! lui répondit son opposant. Et je vais participer à sa destruction ! »

   Siegfried retira la main de son visage, mais aucune blessure ne marquait sa peau.

   « Tu n’es pas Hagen, sinon tu n’aurais pas oublié une chose essentielle me concernant : je suis invincible !

   - Une personne n’est invulnérable que jusqu’au jour où elle meurt ! Et je vais te le prouver sur-le-champ ! »

   Siegfried regarda les Svartalfiens autour d’eux, qui observaient le duel en ricanant.

   « C’est vous qui le contrôlez !

   - Tout juste, répondit l’un d’eux, mais tu ne pourras rien faire pour briser cet enchantement ! Les Guerriers Divins ont provoqué leur propre perte !

   - Que veux-tu dire ?

   - C’est l’un des vôtres qui nous apporta cette armure il y a une dizaine d’années, dit le mage en montrant la protection qui recouvrait Hagen. Il souhaitait qu’on y jette un sort afin de contrôler celui qui la porterait.

   - Pourquoi aurait-il fait ça ?

   - Aucune idée ! En tout cas, nous en avons profité pour y glisser, comment dire... une sécurité. Ainsi, au cas où celle-ci se retrouverait un jour face à nous, nous pouvions en prendre le contrôle, et celui qui serait piégé par cette armure se verrait forcé de nous obéir. »


***


   Derbal repoussait des bataillons entiers de soldats noirs lorsqu’il ressentit une étrange sensation.

   « Le lien avec l’armure de Midgard a été rompu. Qui a donc été capable de le détourner ? »

   Cette armure avait été créée en même temps que les quatre autres protections des fils d’Odin, mais Frey, à qui elle était destinée, refusa de la garder, estimant que les cinq armures divines ne devaient pas être toutes réservées à la famille royale.

   Il décida qu’à chaque génération, un tournoi serait organisé parmi les gens d’Asgard afin d’élire un champion qui serait autorisé à revêtir cette armure. Cependant, en échange de ce rôle, il devait renier tout ce qui le rattachait à sa vie d’antan : il porterait un masque pour cacher son visage et oublierait son nom pour être désormais Midgard, le Guerrier Divin issu du peuple. Telle fut la sagesse dont Frey avait fait preuve.

   Cependant au fil des siècles, cette situation fut perçue de plus en plus comme une gêne par les autres Guerriers Divins, jusqu’au jour où Derbal arriva au pouvoir. Lui et Loki estimaient qu’ils ne pouvaient pas laisser l’une de leurs armures hors de contrôle, aussi ils demandèrent l’aide de Svartalfaheim, dont les magiciens étaient spécialisés dans la maîtrise des esprits et le contrôle des volontés. Ils jetèrent un sort sur l’armure qui d’un ton vert sombre devint orange : elle était désormais sous le contrôle des Guerriers Divins, pouvant même être contrôlée lorsqu’elle était vide.

   « Siegfried serait donc en train de combattre son propre frère d’armes ! C’est sans doute le seul adversaire capable de le mettre en péril ! »


***


   Siegfried dévisageait avec fureur les mages qui contrôlaient Hagen.

   « Svartalfaheim et Asgard sont en paix depuis longtemps, pourtant vous continuez de nous voir comme un ennemi potentiel ! C’était la même chose pour l’Anneau des Nibelungen, et c’est ce qui a valu à votre royaume d’être détruit par Poséidon ! C’est vous qui avez causé votre propre perte ! »

   - C’est Asgard la cause de tous nos malheurs ! Et aujourd’hui vous allez payer !

   - Si vous êtes les responsables de l’état d’Hagen, je devrais pouvoir régler ça en vous éliminant !

   - Midgard, protège-nous ! »

   Siegfried esquiva la charge d’Hagen et fit exploser son cosmos, projetant les mages dans le vide. Il entendit leurs cris disparaître jusqu’en bas de la falaise. Dévisageant son frère d’armes, il tenta de voir s’il était redevenu lui-même.

   « Hagen, tu vas mieux ?

   - Universe Freezing ! »

   Une couche de glace recouvrit son corps, mais Siegfried la fit éclater sans difficulté.

   « Allons, tu pensais vraiment me vaincre avec une telle attaque ?

   - Ce n’était qu’un échauffement, si on peut dire. Tu es toujours aussi prétentieux, ça va être un vrai plaisir d’en finir avec toi.

   - Hagen, je te connais ! Je sais que jamais tu ne t’en prendrais à moi, pas plus que tu ne risquerais de compromettre les intérêts d’Asgard. Alors ouvre les yeux ! Si tu es encore là quelque part, je te prie de m’écouter !

   - Que vas-tu chercher là, Guerrier d’Alpha ? Je suis toujours le même Hagen et je n’ai pas changé ! J’ai simplement compris que ton camp ne représentait pas la justice. En fait, je l’ai toujours pensé, mais j’attendais le bon moment pour agir.

   - C’est faux ! Hagen et moi avons toujours été comme des frères, nous nous disions tout !

   - Tu as toujours cru tout savoir, mais détrompe-toi, même à l’époque je ne te disais pas tout. Rappelle-toi, il y a quelques années, bien avant que nous soyons sacrés Guerriers Divins, lorsque nous nous entraînions tous les deux près du lac. »


***


   Ce jour-là, ils avaient combattu au corps à corps toute la journée pour parfaire leur endurance et leurs réflexes. Siegfried avait presque tout le temps dominé, mais Hagen était tout de même parvenu à placer quelques coups. Lorsque le soleil avait commencé à décliner, ils avaient confronté leurs bottes secrètes. Siegfried avait déclenché une attaque prenant la forme d’un dragon, et Hagen avait utilisé tour à tour des techniques de feu et de glace.

   Leurs vêtements déchirés et leur peau salie par la poussière et le sang, ils s’étaient affalés devant le lac éclairé par le soleil couchant.

   « Dis-moi, Hagen, pourquoi t’obstines-tu à vouloir maîtriser le feu et la glace plutôt que de te concentrer sur l’un des deux ?

   - Tu penses que c’est une erreur ?

   - Je ne sais pas. Je sens bien que tu es plus à l’aise avec le contrôle des températures élevées, alors pourquoi ne pas te consacrer uniquement à ton domaine de prédilection ? Tu progresserais plus vite.

   - Mon but n’est pas là. Si je souhaite à ce point contrôler le chaud comme le froid, c’est pour une raison bien précise.

   - Comment ça, tu me fais des cachotteries maintenant ? Et tu ne diras rien ?

   - Rien du tout ! répondit-il, à la fois ferme et amusé.

   - Pas même à ton meilleur ami ?

   - Hum... si je te le dis, me diras-tu si ton invulnérabilité a un point faible ? »

   Ils se regardèrent droit dans les yeux très sérieusement mais ne tardèrent pas à exploser de rire.


***


   « Ca te revient, Guerrier d’Alpha ? Tu te rappelles mon petit secret ?

   - Mais c’était juste...

   - Rassure-toi, le coupa-t-il, tu vas enfin découvrir pourquoi j’ai refusé de te dire la vérité à l’époque... »

   Il leva sa main gauche qui se mit à rougir, émettant des ondes de chaleur intense. Puis il leva sa main droite, et celle-ci commença à dégager un froid glacial, et elle s’entoura peu à peu de givre et d’une fine brume.

   « Tu vois ça ? Je parviens à utiliser le pouvoir du feu et de la glace en même temps ! Autrefois, mon corps ne le supportait pas, et ma concentration ne me permettait pas de maintenir des températures si extrêmes ! J’avais essayé durant des années, mais je n’avais réussi qu’à me brûler ou à me geler la peau ! »

   Il intensifia l’énergie dans chacune de ses mains.

   « Mais depuis nos résurrections, quelque chose a changé. L’expérience de la mort a débloqué un verrou en moi, et en voici le résultat ! Tu es peut-être invincible aux coups et aux attaques de tous types, mais il y a une chose à laquelle tu ne pourras pas résister, ni toi ni personne d’autre : si je génère de façon égale et en même temps une attaque de froid intense et une attaque de très haute température, ça créera une zone de vide équivalente au Ginnungagap qui désintégrera tous les atomes de ton être, invincibilité ou pas ! »

   Siegfried sentit une goutte de sueur couler sur sa tempe. Le Ginnungagap était un lieu légendaire connu pour séparer les royaumes de Niflheim, le froid absolu et de Muspelheim, le feu absolu. C’était le vide primitif.

   Entre les deux poings d’Hagen se formait une sphère qui grandissait, et même l’air disparaissait à proximité.

   « Tu comprends maintenant pourquoi j’ai toujours cherché à maîtriser les deux températures extrêmes. En voilà le résultat dans toute sa splendeur ! »


   Siegfried regardait avec appréhension cet homme qu’il croyait connaître.

   « Pourquoi ? Pourquoi tous ceux que j’aime se retournent-ils contre moi ? D’abord Hilda, et maintenant Hagen ! Serais-je dans l’erreur ? Je me suis déjà trompé une fois par le passé, est-ce encore le cas ? Je sens le pouvoir destructeur de son attaque : elle peut me tuer, je le sais ! Alors soit je tue un ami, soit je meurs ! »

   « Eh bien, lui dit le guerrier à l’armure ensorcelée, commences-tu à comprendre que tu es dans le mauvais camp ?

   - Hagen, Midgard, ou qui que tu sois, sache que je suis mort une fois pour Hilda et pour Asgard, et je suis prêt à recommencer si nécessaire !

   - Dans ce cas, mon attaque va te désintégrer ! Ginnungagap Emptiness ! »


***


   Syd et Bud s’approchaient Asgard, les échos de la bataille les exhortant à presser le pas. Pourtant Bud s’arrêta au milieu de sa course. Il venait de sentir qu’il était suivi, lui l’homme de l’ombre dont personne ne connaissait l’existence !

   « Il est vraiment très fort ! pensa-t-il. Je n’arrive déjà plus à le repérer, pourtant je suis sûr d’avoir senti sa présence il y a quelques secondes ! Mais maintenant que je l’ai découvert, je ne le laisserai pas s’échapper. »

   Syd de son côté continuait de courir lorsqu’il vit un homme atterrir violemment sur sa route.

   « Bud ! cria-t-il. C’est toi qui a envoyé ce guerrier jusqu’ici ?

   - Tout à fait ! Ce minable nous suivait depuis un bon moment.

   - Qui est-ce ?

   - Ca, j’aimerais bien le savoir, mais il va se faire un plaisir de nous répondre, n’est-ce pas ? » ajouta-t-il en se tournant vers l’inconnu.

   Celui-ci se releva en essuyant du sang qui coulait sur son front. Il se mit face aux deux frères, un sourire narquois aux lèvres. Il n’était pas bien grand et se tenait un peu voûté. Ses cheveux et la pupille de ses yeux étaient du même blanc. Il portait une armure qui ne ressemblait en rien aux protections d’Asgard : elle était marron et formait dans son dos comme une coquille ; le casque, serti de deux petits yeux brillants, entourait intégralement son visage taillé comme un couteau.

   « Qui es-tu ? questionna Bud.

   - Mon nom est Nausithoos de Pagurus, mais c’est tout ce que vous saurez de moi ! répondit-il d’une voix nasillarde. Et vous allez bientôt regretter d’avoir découvert mon existence !

   - Inutile de monter sur tes grands chevaux, répliqua Bud. Tu n’es pas de taille contre les Guerriers Divins, alors tu vas gentiment nous dire tout ce que tu sais, et nous te laisserons peut-être en vie.

   - Parce que vous pensez pouvoir me battre ? Vous ne savez pas à qui vous avez affaire ! dit-il en se mettant en position de combat.

   - Très bien ! » lâcha Bud, amusé. Puis se tournant vers son frère :

   - Syd, laisse-le moi s’il te plaît, nous devons régler ça entre hommes de l’ombre. »

   Le guerrier de Mizar recula, tandis que le guerrier d’Alcor prenait son sourire le plus carnassier pour faire face à son mystérieux adversaire.

   « Allons, petit espion, attaque-moi donc et laisse exploser ta haine ! Après tout, c’est elle qui a trahi ta présence. Je dois bien avouer que sans cela, je ne t’aurais peut-être jamais découvert ! »

   Le guerrier de Pagurus ne bougeant pas, le Tigre de l’Ombre bondit sur lui et le frappa d’un coup de coude au visage. Il tomba à la renverse, le nez saignant abondamment.

   « Si tu ne sais qu’observer, le combat ne va pas durer longtemps !

   - Tu penses que c’est un jeu ? répondit l’homme en se relevant. Tu vas tout de suite comprendre à quel point tu t’es fourvoyé ! Pincer Press ! »

   Bud vit un coup rapide comme l’éclair fondre vers lui, mais sans parvenir à en déterminer le point d’impact.

   « A droite ! » réalisa-t-il in extremis, bloquant l’attaque avec le bras droit. Mais tandis qu’il retenait toujours le coup, il vit une autre attaque arriver par la gauche, et l’arrêta avec son autre bras. Et c’est là qu’il comprit.

   « Une pince ! Je suis pris en étau ! »

   Les deux attaques se resserraient avec force sur le guerrier d’Alcor. Cependant il reprit son air confiant et écarta brusquement les bras. La pince éclata en particules d’énergie, sans avoir eu le moindre effet sur le Tigre de l’Ombre, qui contre-attaqua.

   « Shadow Viking Tiger Claw ! »

   Une nuée de coups de griffes aussi tranchantes que des lames d’acier frappa le guerrier de Pagurus qui s’écroula, le corps criblé de blessures.

   Bud s’approcha.

   « J’ai fais en sorte de ne pas te tuer, alors maintenant que tu as saisi la différence de puissance qui nous sépare, tu vas parler ! Depuis quand nous observais-tu ? Et qui t’envoie ? »

   Nausithoos jeta une poignée de terre dans les yeux du Guerrier Divin.

   Bud s’essuya les yeux, mais Nausithoos avait disparu de son champ de vision.

   « Inutile d’essayer de me localiser, je suis né pour vivre sans être vu ! lança-t-il de sa cachette. Nous allons voir si tu peux parer une attaque sans savoir d’où elle vient ! »

   Bud vit un arbre s’écrouler sur lui. Il bondit en arrière pour l’éviter, mais Nausithoos jaillit de derrière et l’attaqua d’un coup de poing. Son attaque s’arrêta dans la main du Guerrier Divin.

   « Que... comment ?

   - Tu es pitoyable avec tes techniques de gamin ! Cette fois je ne prendrai pas de gants ! Shadow Viking Tiger Claw ! »

   Le guerrier du Pagure fut projeté dans les airs. Il retomba au sol, son armure fissurée de toutes parts.

   « Tu as eu de la chance de t’en sortir vivant, alors parle car la prochaine fois tu mourras !

   - Je ne dirai rien ! hurla-t-il.

   - Alors adieu ! Shadow Viking Tiger Claw ! »

   L’armure du Pagure vola en éclats, mais son porteur n’était plus à l’intérieur.

   « Il est là-bas ! » cria Syd en indiquant à son frère le haut d’une petite colline : Nausithoos, qui avait jailli de son armure juste à temps, s’enfuyait vers la ville, désormais toute proche.

   « Ce type cherche vraiment à me pousser à bout ! » beugla Bud en partant à sa poursuite, suivi de près par son jumeau.

   Il le retrouva à l’un des points les plus culminants des environs, debout sur un rocher, les bras tendus vers le ciel. Lorsqu’il arriva, il l’entendit prononcer des mots dans une langue inconnue.

   « EPIKALEOMAI E LEPIDOS ! »

   L’espion avait rabaissé les bras et regardait le Guerrier Divin de ses yeux blancs :

   « Connais-tu la particularité du Pagure ?

   - Je n’ai plus envie de t’entendre ! Shadow Viking Tiger Claw ! »

   L’attaque du Tigre fut interrompue à mi-chemin par une forme dorée. Bud regarda attentivement ce qui venait d’apparaître : c’était un animal marin fait de métal.

   « Une armure des mers ! Tu es donc un serviteur de Poséidon !

   - Comme je le disais, reprit Nausithoos, le Pagure est un crabe qui est capable de changer de coquille quand bon lui semble, et à son image j’ai le pouvoir d’invoquer n’importe quelles écailles de l’armée de Poséidon ! Voici pour te combattre celle du Shogun du Kraken ! »

   L’armure vint recouvrir le Mariner.

   « Je dispose à présent de l’une des sept plus puissantes protections de l’empire des mers ! »


***


   Siegfried s’apprêtait à recevoir l’attaque d’Hagen lorsque ce dernier dévia légèrement son offensive, ce qui permit au Guerrier d’Alpha de l’esquiver. La sphère de vide toucha néanmoins son épaule droite, faisant disparaître la tête de dragon qui en décorait son armure.

   Hagen était immobile, son attention perturbée par un élément extérieur.

   Siegfried sentit un courant d’air doux et apaisant qui provenait du Palais de Valhalla. Sur l’un des balcons, une jeune fille blonde se tenait les yeux fermés et les mains jointes.

   « Freya ! »

   Hagen se prit la tête entre les mains.

   « Siegfried ! Tue-moi avant que l’on ne me pousse à te nuire ! Vite, n’hésite pas ! »

   Le Guerrier d’Alpha n’eut pas le temps de se poser la question, son opposant se lâcha la tête et se redressa de toute sa hauteur, tandis que Freya s’écroulait, épuisée par l’effort que lui avait demandé cette intervention.

   « Eh bien, quel coriace celui-là ! dit-il alors. Il a réussi à reprendre le contrôle grâce à cette fille, mais ce sera la dernière fois. Revenons-en à notre combat : cette fois mon attaque te désintégrera !

   - Je n’en suis pas si sûr ! Grâce à Hagen et Freya, tu viens de perdre les seuls atouts que tu avais encore en main : non seulement mon ami m’a convaincu de me battre à fond contre toi, mais en plus j’ai pu observer ta technique, et je sais désormais comment l’esquiver !

   - Tu bluffes ! Ginnungagap Emptiness !

   - Je ne bluffe jamais ! Dragon Bravest Breath ! »

   Les deux têtes de dragon se séparèrent et contournèrent la sphère pour atteindre Midgard en pleine poitrine. L’attaque de vide disparut à quelques centimètres du corps de Siegfried. Le guerrier masqué s’envola, laissant derrière lui une traînée de bris d’armure.

   « Hagen ! cria Siegfried en le rejoignant. »

   Le jeune homme à la chevelure blonde, le torse marqué de deux blessures sanglantes, rouvrit les yeux et frappa le Guerrier d’Alpha d’un coup de poing au visage. Le casque du dragon tomba sous le choc.

   « Mon frère, que se passe-t-il ? Je sais que tu es redevenu toi-même ! »

   Il ne répondit pas et continua de l’attaquer. Siegfried attrapa son poing et plongea son regard dans le sien.

   « Tu n’es pas responsable de ce qu’il s’est passé avant notre mort, Hagen. Tu dois te pardonner à toi-même. Nous avons tous été trompés. »

   Le Guerrier de Beta baissa les yeux, et Siegfried vit des larmes couler sur ses joues. Hagen se libéra.

   « Vraiment ? Alors dis-moi si toi aussi tu a voulu tuer la femme que tu aimes ? Dis-moi si tu as fait ça ? »

   Siegfried ne sut que répondre. Il se remémora les paroles d’Albérich la veille. Ce dernier disait que si Hagen n’était pas revenu à la vie, c’était parce qu’il ne le voulait pas. Sans les prières que Freya avait accomplies durant la nuit, il n’aurait jamais rejoint le monde des vivants.

   Hagen prépara une nouvelle sphère de vide.

   « Hagen ! Arrête ça ! » cria une voix féminine.

   Freya venait de surgir du Palais, épuisée et haletante, à la surprise du Guerrier de Beta.

   « Princesse ? Recule, tu risquerais d’être blessée ! »

   La sphère de vide continuait de grossir, mais Freya se rapprocha encore du jeune homme.

   « Je n’ai pas peur, Hagen, j’ai toujours eu confiance en toi. »

   Elle posa sa main sur la peau du guerrier, dont le cosmos s’éteignit brutalement. La sphère disparut dans un éclair.

   Le jeune homme s’écroula. Freya tenta de le retenir mais elle tomba avec lui dans la neige.

   Elle lui caressa le visage avec douceur. Il ouvrit les yeux.

   « J’ai failli tuer celle que j’aime. Quelle femme voudrait d’un tel homme ?

   - Ce qui est arrivé ce jour-là ne saurait remettre en cause ce que tu es. Je sais que tu seras toujours là pour moi. »

   Elle posa doucement ses lèvres sur celles d’Hagen.

   Siegfried avait assisté à la scène avec soulagement, toutefois il ressentit une pointe de jalousie, tandis que le visage d’Hilda revenait hanter ses pensées.

   Hagen se releva, titubant.

   « Siegfried, peux-tu la ramener au Palais auprès de sa soeur ?

   - Tu ne viens pas combattre avec moi ? L’armée de Helheim est à nos portes.

   - Je te rejoindrai dès que j’aurai un peu récupéré mes forces.

   - Je compte sur toi. »

   Siegfried partit en emmenant Freya, et dès qu’ils disparurent à l’horizon, Hagen s’écroula au bord de la falaise.


***


   Derbal combattait les soldats de Helheim dans une lutte sauvage au corps à corps. Il avait fait tant de victimes qu’il se trouvait sur une véritable montagne de cadavres. Il était couvert de plaies, et son armure avait été endommagée suite aux coups répétés qu’il avait reçus. Mais il tenait bon, tandis que son cosmos devenait de plus en plus rouge.

   Malgré sa témérité, certains Heliens étaient parvenus à atteindre les murailles de la cité, mais ils avaient été interceptés par les soldats d’Asgard dirigés par Vidar, Jarl, Heimdall et Forsete. La bataille se livrait à coup de haches, d’épées, de lances et de flèches. Les défenses asgardiennes étaient efficaces et les soldats d’élite dirigeaient avec grand art les troupes d’assaut, mais les victimes étaient nombreuses. Vidar et ses compagnons participaient eux-mêmes aux offensives, et jusqu’à présent, pas un envahisseur n’avait pu franchir les murs de l’enceinte.

   Le roi déchu commença à être dépassé par le nombre de ses adversaires, qui se jetaient sur lui tels des kamikazes. Il parvint à repousser les premiers mais ne put retenir les suivants, si bien qu’il fut recouvert d’un tas d’ennemis. Il tenta de s’en dégager, mais l’air commençait à lui manquer, et le nombre de soldats en armures noires l’écrasait. Il enflamma son cosmos jusqu’à le faire exploser, expulsant les Heliens dans une gerbe d’énergie rouge. Son corps couvert de sang s’était gonflé de muscles noueux et ses yeux étaient devenus écarlates.

   Il regarda autour de lui : l’armée, bien qu’encore nombreuse, n’avait plus rien à voir avec la marée humaine initiale. Il bondit en arrière afin de rejoindre ses soldats.

   « Odin Shield ! »

   Le portail dimensionnel aspira tous les ennemis, et aucun ne put résister à la puissance du souffle. Lorsque Derbal rabaissa les bras, il n’y avait plus un seul envahisseur vivant sur le champ de bataille. Les soldats laissèrent exploser leur joie.

   « Victoire ! L’ennemi est vaincu !

   - Helheim n’est plus ! Asgard est sauvé ! »

   Derbal se retourna vers les soldats. Il constata qu’il y avait beaucoup de blessés et encore plus de morts. Certains cadavres étaient percés de dizaines de flèches ou de lances serpentines, d’autres étaient décapités, éventrés. Son visage s’assombrit.

   « Vous ne devez pas vous en vouloir, lui dit Vidar. Nous avons combattu pour sauver nos familles, nos amis et nos compatriotes, et nous y sommes parvenus, grâce à vous ! »

   Le Guerrier Divin resta figé, tandis que ses poings se serraient si fort qu’il s’en faisait saigner les paumes.

   « Vous êtes sûr que tout va bien ? osa Vidar.

   - Tout va bien.

   - Nous emportons les blessés auprès des médecins d’Asgard, vous ne venez pas avec nous ?

   - Non, je veux être sûr que la guerre est bien terminée. » répondit-il en portant son regard au loin.


***


   Bud faisait face à Nausithoos, désormais couvert d’une armure dorée.

   « Cette nouvelle protection ne changera rien au fait que ton cosmos est invariablement inférieur au mien, et je vais te le prouver. Shadow Viking Tiger Claw ! »

   Nausithoos ne tenta pas d’esquiver le déferlement de coups de griffes, et il sortit indemne de l’attaque.

   « Comment ? s’exclama Bud. Tu ne peux pas avoir subi mon attaque sans dommages !

   - Tu n’es plus en face du même homme, Guerrier Divin ! Cette armure d’écailles me protège beaucoup mieux que la précédente. Je me suis contenté d’esquiver les coups les plus dangereux, les autres n’ont eu aucun effet sur moi. Il faut dire qu’après avoir observé ta technique à quatre reprises, elle n’a plus de secret pour moi ! En revanche moi, je dispose d’une nouvelle arme dont tu vas faire les frais dès maintenant ! Aurora Borealis ! »

   Une vague de froid aux couleurs étincelantes se dégagea de ses mains, emportant Bud comme une feuille dans un torrent. Il retomba à terre, inanimé, et son casque brisé. Le Mariner éclata de rire.

   « Tu ne t’attendais pas à ça, n’est-ce pas ? A présent je vais m’occuper de toi, dit-il en se tournant vers Syd. Je sais que tu es moins fort que ton frère, ce sera donc vite réglé !

   - Je t’interdis de parler de différence entre mon frère et moi ! » le coupa la voix de Bud.

   Nausithoos se retourna, consterné, pour découvrir Bud qui se relevait, le visage ensanglanté.

   « Tu... tu es en vie ? Comment as-tu pu résister à l’attaque d’un Shogun Mariner ?

   - J’ignore quelle est la puissance d’un Général des Océans, mais une chose est sûre, tu n’es pas du même niveau ! Tu portes une armure d’emprunt, tu utilises une technique d’emprunt. Mais ton cosmos, lui, est toujours le même : inférieur au mien.

   - Et alors ? Peut-être ne suis-je pas aussi puissant qu’un Shogun, mais ta technique de combat est inefficace contre moi, alors qu’aurais-je à craindre d’un tigre sans griffes ni crocs ?

   - Ma puissance ne repose pas que sur ma botte secrète, je peux tout aussi bien m’en passer pour te vaincre !

   - Commence déjà par encaisser ça ! Aurora Borealis ! »

   Le souffle glacial jaillit de ses mains, mais Bud l’esquiva d’un bond. Il retomba derrière Nausithoos et lui asséna un coup de pied dans le dos. Il enchaîna en lui donnant un coup de griffe au visage puis lui décocha un violent uppercut qui lui arracha son casque.

   « Comme tu viens de le constater, ma seule force suffit à te dominer, et ta nouvelle armure ne fera que prolonger l’agonie ! »

   « Très bien ! Si cette armure n’est pas suffisante pour te vaincre, je vais en invoquer une autre ! Tu finiras bien par... »

   Il ne termina pas sa phrase : une lame venait de transpercer sa gorge, faisant gicler du sang jusqu’aux pieds des guerriers de Zeta. Son corps s’affaissa, dévoilant son meurtrier, qui récupéra son arme pour la remettre encore sanglante dans le fourreau attaché à sa ceinture.


***


   « Maudit Guerrier d’Alpha, il a détruit l’armure ensorcelée ! Il nous aura au moins débarrassé du Guerrier de Beta.

   - De plus il nous croit morts, ce qui nous laisse le champ libre pour attaquer Asgard de l’intérieur ! »

   Hagen se tenait au bord de la falaise, ne perdant pas une miette des paroles qui s’échangeaient entre les mages de Svartalfaheim. Ces derniers grimpaient le long de la haute paroi, portés par d’étranges racines. Le Guerrier Divin fit jaillir ses griffes de lumière et sauta dans le vide. Au cours de sa chute, il trancha les racines et se réceptionna sans heurt, tandis que les mages, privés de leurs prises, tombaient autour de lui.

   « Bande de lâches ! leur lança-t-il. Je savais bien que vous n’étiez pas morts, cachés comme des rats à attendre le bon moment ! Je vais vous faire payer la manipulation dont j’ai été victime ! »

   Il leva un bras, et l’armure de Beta vint recouvrir son corps.

   « Tu n’es plus que l’ombre de toi-même, lui dit l’un des mages en se relevant, nous n’allons faire qu’une bouchée de toi !

   - Est-ce là l’intégralité de l’armée de Svartalfaheim ? Une quinzaine de combattants ?

   - Nous ne sommes pas de vulgaires soldats ramenés à la vie par centaines, nous sommes l’élite de notre royaume, les plus puissants mages du monde souterrain ! Cela sera suffisant pour te tuer ! »

   Les mages se mirent en cercle autour d’Hagen et levèrent les bras, faisant jaillir des racines du sol. Le Guerrier de Beta les esquiva d’un bond et riposta.

   « Great Ardent Pressure ! »

   Les capes de ses ennemis brûlèrent, dévoilant des boucliers composés d’un cristal rouge aux reflets noirs. Le souffle brûlant s’échoua contre eux sans les endommager. Ils reprirent leur appel des forces de la nature, et des racines sortant de la falaise attrapèrent Hagen. Des insectes, des araignées, et toutes sortes de vermines sortirent de la pierre et recouvrirent le corps d’Hagen, lui faisant subir piqûres et morsures, et son armure émettait des bruits de craquement tant la pression exercée par les racines devenait insupportable.

   Il fit exploser son cosmos, brisant les liens qui le retenaient, mais des arbres tendaient leurs branches et leurs lianes pour le saisir à nouveau.

   «Universe Freezing ! » lança-t-il en direction des mages.

   Les boucliers de cristal les protégèrent à nouveau.

   Il était acculé au pied de la falaise, piégé par les Svartalfiens et leurs esprits de la nature, et n’avait plus assez de force pour invoquer le Ginnungagap Emptiness.

   « Il ne me reste qu’une seule chance ! »

   Sautant par-dessus le cercle des mages, il courut vers l’Est.

   « Il ne doit pas s’enfuir ! Rattrapons-le ! » crièrent-ils en se lançant à sa poursuite.

   Hagen traversa la région jusqu’à atteindre l’entrée d’une grotte dans laquelle il s’engouffra.

   Les Svartalfiens arrivèrent juste après lui, découvrant une mare de lave.

   « Imbécile ! Que comptes-tu faire dans cette caverne ? Ne sais-tu pas que nous sommes le peuple du monde souterrain ? »

   Pour toute réponse, Hagen projeta un souffle de chaleur au-dessus de l’entrée de la grotte, faisant tomber une avalanche de pierres qui obstruèrent la seule sortie.

   « Vous êtes faits comme des rats ! Great Ardent Pressure ! »

   Toute la lave de la grotte s’envola vers les mages, et leurs boucliers, aussi résistants soient-ils, ne servirent à rien face à ce raz-de-marée magmatique.


***


   Derbal se tenait devant le cadavre du Mariner dont il écrasait le visage avec le pied.

   « Pourquoi avoir tué cet homme ? lui lança Syd.

   - C’est plutôt moi qui devrais vous demander pourquoi un ennemi si faible était toujours en vie !

   - C’était un serviteur de Poséidon qui nous observait dans l’ombre, et il n’était sans doute pas seul ! Nous devions essayer d’en savoir plus !

   - Justement ! Face à de telles menaces, il faut faire preuve de fermeté et ne pas avoir la moindre hésitation. Pendant que vous vous amusiez avec lui, je combattais seul l’armée de Helheim. J’ai failli y rester, et plus de la moitié des soldats sont morts ! »

   Il cria avec tant de rage que les deux frères se turent un court instant.

   « Poséidon n’est pas non plus un ennemi à prendre à la légère, reprit Bud. Il nous a rarement combattu ouvertement, à la différence des Heliens, mais il est sans doute plus dangereux qu’eux !

   - Et toi, qui es-tu ? Un Guerrier Divin ? Comment se fait-il que ton existence ne nous était pas connue ? Hilda nous ferait-elle des cachotteries ? Dans un tel contexte, pourquoi devrais-je avoir confiance en vous ? ajouta-t-il en portant la main à la garde de son épée.

   - Je suis Bud d’Alcor, l’ombre de Syd de Mizar. Même les Guerriers Divins de notre ordre ignorent ma présence ! Vous avez livré un combat difficile contre les Heliens, et nous vous en sommes reconnaissants. Mais croyez-nous, ce soldat de Poséidon aurait pu nous livrer des informations essentielles. Nous ignorons quels sont leurs plans, et c’est tout aussi dangereux pour Asgard. »

   Derbal repensa aux hommes tapis dans l’ombre qu’il avait repérés lors de la première rencontre avec ses homologues. Il retira la main de son épée et s’apprêta à parler lorsqu’une voix l’interrompit.

   « Vous êtes des idiots, ou des lâches, peut-être même les deux ! »

   Syd et Bud se retournèrent : il s’agissait de Loki.

   « Pourquoi aurions-nous peur d’ennemis dont la seule stratégie consiste à se cacher de nous ? continua-t-il. Les soldats de Poséidon peuvent continuer de nous observer s’ils le désirent, quelle importance ? Mais si un jour ils tentent de s’en prendre à Asgard, nous les exterminerons jusqu’au dernier !

   - Ce n’est pas aussi simple ! répondit Syd.

   - Au contraire, c’est très simple ! Vous en revanche, n’êtes pas dignes de confiance !

   - En parlant de confiance, où est Fenrir ? demanda Bud.

   - Il est mort en combattant nos ennemis, c’est pourquoi nous devons retourner dès maintenant à Helheim pour réduire leur ville en cendres. C’est le moment où jamais d’en finir avec eux !

   - Dans ce cas, continua Syd, d’où te vient cette marque sur la joue ? Elle correspond exactement aux griffes de notre frère d’armes. »

   Loki passa la main sur sa blessure sans répondre.

   « Je suis sûr que c’est toi qui l’as tué ! reprit Bud. Et tu parlais de traîtrise ?

   - Il le méritait ! Cet idiot a voulu protéger les Heliens.

   - Tu mens encore ! Derbal ! Pensez-vous toujours que cet homme est digne de confiance ? »

   Le roi déchu ne répondit pas, le visage crispé.

   « Maître, renchérit Loki avec emphase. Nous sommes les descendants des cinq fils d’Odin ! Balder, dieu de la beauté, Thor, dieu de la foudre, Ull, dieu de la chasse, Loki, dieu de la ruse, et Frey, dieu de la vie ! Nous ne pouvons avoir aucune confiance en ces faibles et ces menteurs ! Il est temps de reprendre le pouvoir, sans partage ni compromis ! »

   Derbal fit exploser son cosmos rouge sang, sous le regard incrédule des deux frères.

   « Est-ce vraiment le même homme ? J’ai l’impression d’être confronté à un démon. Sont-ce les paroles de Loki qui l’ont ainsi transformé ?

   - A moins que ce soit le combat qu’il vient de livrer.

   - Pourquoi Odin aurait-il ressuscité nos deux ordres s’il était inévitable que cela se termine en guerre fraternelle ? S’est-il trompé ? Ou alors avait-il une autre intention en nous ramenant à la vie ? »

   Tandis que les guerriers se faisaient face, personne ne prit garde aux ombres qui s’approchaient sans faire de bruit, des ombres qui n’étaient pas humaines.


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