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Cette fiche vous est proposée par : Vincent, sans pseudo


Les Royaumes du Grand Nord

   Renversés par les quatre géants monstrueux qui entouraient le roi de Jotunheim, Thor et Rung se relevaient sans perdre de temps. Le Guerrier de Gamma interrogea son frère d’armes :

   « Ce géant, Rungnir, tu sembles le connaître.

   - C’est même de lui que je tiens mon nom. Il régnait sur Jotunheim lorsque les Guerriers Divins ont rasé la ville. Durant la bataille, mon père fut mis en difficulté par ce dernier ; j’étais encore très jeune, mais je suis intervenu, le sauvant in extremis. La tradition des Guerriers Divins veut que chaque descendant reprenne le patronyme de son père afin de conserver le nom des cinq fils originels d’Odin, aussi aurais-je dû m’appeler comme mon père, et accessoirement comme toi, Thor. Mais suite à cet exploit, on m’a nommé Rung, en référence au géant que j’ai vaincu.

   - Nous devrions l’attaquer en priorité. Lançons nos armes contre ses quatre acolytes et jetons-nous sur lui ensemble.

   - Ca me va comme stratégie !

   - Mjollnir Hammer ! » crièrent-ils en choeur en projetant haches et boomerangs.

   L’albinos jeta un rocher contre la hache qui venait vers lui, mais l’arme fit éclater le bloc et le projeta au sol. La deuxième hache, en revanche, fut attrapée au vol par le géant aux bras démesurés. Quant aux boomerangs, l’un avait été esquivé par le Jotunien à la fourrure, qui faisait preuve d’une agilité impressionnante, tandis que le bossu avait été envoyé à terre, blessé, en voulant contrer l’arme d’une roulade.

   Rung voulut jeter ses boomerangs contre le chef des géants, mais ce dernier fut plus rapide et le frappa du revers de la main, l’envoyant s’écraser contre un rocher.

   Thor s’interposa devant les deux autres. Il s’apprêta à lancer la hache qu’il lui restait, mais le géant aux longs bras lui renvoya la sienne, et à peine l’avait-il reprise en mains que celui à la fourrure, après une suite de sauts, lui retomba dessus de tout son poids.

   Thor se dégagea de sous la pression de son ennemi et rejoignit son allié qui se relevait :

   « Je sens que ça va être plus compliqué que contre tous les géants que nous avons déjà vaincus : ces quatre-là sont très bien coordonnés et Rungnir les commande au doigt et à l’oeil.

   - Profitons de ce que deux d’entre eux soient toujours à terre pour en finir ! »

   Ils chargèrent les deux lieutenants, les renversant, puis sautèrent vers Rungnir afin de le frapper de leurs armes, mais ce dernier les attrapa au vol et les rejeta au sol. Ils se relevèrent rapidement, malgré des douleurs de plus en plus difficiles à supporter.

   Thor s’apprêtait à lancer ses haches lorsqu’il se fit attraper les deux bras par deux des acolytes qui venaient de se relever. Un troisième en profita pour lui asséner une succession de coups de poing dans le ventre.

   Piégé entre Rungnir et le lieutenant à la fourrure, Rung n’était pas en meilleure position. Il jeta ses armes sur le plus petit, qui les esquiva en bondissant tel un singe géant, et atterrissant derrière Rung, il le frappa en même temps que Rungnir. Le Guerrier Divin, écrasé entre ces deux coups de poing, s’écroula.

   Thor, toujours pris entre trois ennemis, lâcha ses deux haches et projeta des ondes de choc contre les deux géants qui le tenaient, puis donna un coup de poing au troisième qui s’étala. Découvrant Rung mal en point, il s’interposa lorsque le velu tenta de l’achever. Lui attrapant le bras, il le jeta au loin en y mettant toute sa force. Rung en profita pour se relever et frappa une jambe de Rungnir, qui tomba sur un genou. Thor lui lança son attaque.

   « Titanic Hercules ! »

   Le chef des géants essaya de retenir l’énergie avec les mains, mais il fut projeté en arrière.

   « Merci Thor !

   - De rien. Hélas, je crois que nous n’en avons pas terminé. »

   Les quatre acolytes se relevèrent. Rung leur envoya ses boomerangs, mais le géant aux longs bras les attrapa au vol. L’albinos déracina un arbre et le jeta sur Thor avant qu’il ne puisse agir. Puis le bossu renversa les deux Guerriers Divins d’une roulade.

   Ayant le champ libre, les quatre géants frappèrent le sol qui se fissura à nouveau. Furieux, les guerriers d’Asgard se relevèrent d’un bond. Thor lança ses haches, mais le géant aux longs bras les attrapa à nouveau.

   « Inutile ! Je suis capable de m’emparer de n’importe quel projectile ! Et je peux même les renvoyer ! »

   Alliant le geste à la parole, il jeta une hache vers Thor, tandis que le bossu faisait une nouvelle roulade vers lui. Thor, un sourire en coin, se plaqua au sol, et la hache vint se planter en plein dans le crâne du géant à la bosse. Il hurla tout en essayant de retirer l’arme, puis il s’écroula, inerte. Celui aux longs bras ne put réagir lorsque Thor le frappa d’un coup de poing qui l’envoya à terre.

   Constatant la mort de leur compagnon, les deux autres géants se jetèrent sur Thor et Rung.

   L’albinos jeta un rocher vers Thor, que ce dernier esquiva de justesse, puis il arracha deux arbres qu’il lança coup sur coup ; le deuxième renversa le Guerrier Divin, qui se releva et continua d’avancer. Le géant donna un coup de poing dans un énorme rocher, le réduisant en pierres de la taille de boulets de canon. Il en prit une dans chaque main et les jeta vers Thor, qui fut touché à la jambe et à l’épaule, mais il se rapprochait encore. Le géant continua de lancer ses projectiles, avec une telle vitesse et une telle adresse que sous la pluie d’impact, Thor avait lâché ses haches. Une autre pierre fit voler son casque et lui creva un oeil. Il s’accroupit en portant une main sur sa blessure. Il fit exploser son cosmos.

   « Titanic Hercules ! »

   Son rayon traversa tous les projectiles jusqu’à atteindre le géant albinos, dont il perfora la poitrine.

   Aux prises avec le velu qui l’avait attrapé dans ses bras, Rung s’en libéra à force de coups de coude, et il lui asséna un uppercut qui le mis hors de combat.

   « Jamais tu n’utilises ton énergie cosmique ? lança le guerrier de Gamma à son allié.

   - Je préfère me reposer entièrement sur la force de mes poings et de mes armes !

   - Est-ce digne d’un Guerrier Divin ? »

   Rung ne sut que répondre. Quant à Thor, tout à sa victoire, il ne vit pas Rungnir se relever. Il avait survécu à l’attaque de Gamma, seules ses paumes étaient un peu roussies. Il porta un coup de poing à Thor, qui dû le retenir des deux mains tant il était énorme.

   Rung lança ses boomerangs vers le géant aux longs bras qui les attrapa au vol, mais il fut surpris de voir que son ennemi s’était jeté en même temps contre lui. Un phénomène étrange se produisit : les deux boomerangs semblèrent attirés l’un vers l’autre. Le Jotunien ne voulait pas les lâcher, mais ils se rapprochèrent jusqu’à fusionner en lui tranchant les doigts au passage. Une large épée venait d’apparaître à la place. Rung la saisit à deux mains et la planta dans le ventre du géant, puis la remonta en tranchant son torse jusqu’à l’épaule.

   Sans perdre une seconde, il se jeta sur Rungnir, le forçant à libérer Thor. Les deux alliés se rapprochèrent.

   « Quel est donc ce prodige avec ton Mjollnir Hammer ? interrogea le Guerrier de Gamma.

   - Mon arme est une épée à l’origine, comme celle des quatre autres Guerriers Divins. Odin lui donna la capacité de se changer en boomerangs afin de mieux atteindre les points vitaux des géants, mais sa forme initiale est parfois bien pratique ! »

   Rungnir chargea les deux hommes et tenta de les frapper avec ses poings. Thor fut touché, mais Rung esquiva le coup. Toutefois il ne prit pas garde au dernier acolyte qui suite à un bond se retrouva derrière lui. Ouvrant grand sa bouche, il le mordit à l’épaule, brisant son armure déjà fragilisée. Rung hurla, et attrapant son ennemi par les poils de son dos, il le fit passer par-dessus lui et le projeta au sol. Pris d’un excès de fureur, il le frappa à la poitrine de coups de poing si puissants qu’ils déchirèrent sa peau, traversèrent sa chair et brisèrent ses os. En peu de temps, sa cage thoracique fut ouverte. Rung y plongea sa main et en extirpa le coeur qu’il brandit comme un trophée.

   Thor, constatant le lugubre spectacle dont son frère d’armes s’était rendu coupable, lui lança avec un air de dégoût :

   « Avais-tu besoin d’agir de la sorte ?

   - Regarde la morsure que ce dernier m’a faite !

   - Ca n’excuse pas un acte aussi immonde ! Tu n’es qu’une brute sanguinaire qui ne vaut pas mieux que ces monstres !

   - Tu me fatigues avec tes remontrances ! Tu n’es ni mon père ni mon maître, alors ne me donnes plus de leçons ! »

   Rung chargea le dernier géant encore en vie avec son épée, mais ce dernier saisit l’épée à main nue, se blessant à peine, et attrapa Rung par les deux bras, les tirant de toutes ses forces afin de les arracher. Rung hurlait tandis qu’on entendait ses os se briser. Thor accourut, mais le roi des géants lui jeta le corps de son frère d’armes et tous deux roulèrent au sol.

   Rung gémit en se tenant le bras gauche, qui pendait à son épaule.

   Tous les deux étaient dans un état critique. Ils avaient reçu tellement de coups qu’ils n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Ils peinaient à se relever.

   Rungnir créa une nouvelle faille en frappant le sol de son poing. Réunissant ses dernières forces, Thor planta une hache de chaque côté de la fissure afin d’en éviter l’élargissement et les rapprocha jusqu’à ce que les deux bords se consolident.

   Le roi des Jotuniens lui arracha les haches des mains et les brisa avec sa seule force. Il souleva le pied pour écraser les deux guerriers.

   « Rung, j’ai besoin de toi ! » hurla Thor. Celui-ci se releva in extremis pour aider son frère d’armes à retenir le pied du géant. Ils tentèrent de résister de toutes leurs forces, mais la pression était trop intense. Ils furent écrasés.

   Ses adversaires réduits à l’impuissance, Rungnir entreprit de rejoindre la cité.

   Thor releva la tête et vit le géant menaçant sa ville. Il voulut se relever mais s’écroula sous la douleur : il avait une jambe brisée. Il perdit connaissance, et se retrouva dans un lointain souvenir.


***


   Un jour de tempête, bien avant qu’Hilda ne vienne à lui, Thor avait découvert sur la route la charrette d’un couple de vieux paysans qui s’était renversée sous la force des vents. Le mari s’en était sorti, mais la femme était restée coincée sous la voiture. Thor avait dégagé la paysanne, mais cette dernière avait eu les deux jambes gravement blessées lors de l’accident. Il l’avait transportée contre vents et marées auprès d’un médecin.

   La vieille femme avait été sauvée, mais l’une de ses jambes était perdue. Thor en avait été profondément attristé, se sentant responsable de ce malheur.

   « Si... si seulement je vous avais transportée plus vite, avait-il dit à la femme encore alitée.

   - Non, jeune homme, tu n’as pas le droit de culpabiliser. J’ai peut-être perdu une jambe, mais c’est grâce à toi si j’ai la vie sauve. Dix personnes n’auraient pas pu m’aider comme tu l’as fait. Tu es un héros à mes yeux, et je prie le seigneur Odin pour que toute ton existence tu continues d’aider les gens comme tu l’as fait avec moi. »


***


   Ce fut ce jour-là, bien plus que celui où il reçut son armure, que Thor avait endossé pour toujours le rôle de protecteur du peuple d’Asgard.

   Il sentit la force revenir en lui. S’adressant à son allié, il lui dit :

   « Rung ! Nous pouvons encore le battre si nous mettons nos forces en commun ! »

   Mais son frère d’armes ne put qu’ouvrir un oeil sans pouvoir bouger. Il lui répondit d’une voix faible.

   « Tu avais raison sur un point Thor, je ne suis qu’une brute sanguinaire. Mais je refuse de te laisser dire que je suis indigne d’être un Guerrier Divin.

   - Ne parle pas Rung. Dès que j’en aurais terminé avec notre ennemi, je m’occuperai de toi.

   - Ne me mène pas en bateau, je sais que tu ne peux rien contre lui et que tu vas finir comme moi. Laisse-moi t’aider afin de mettre un terme à ce combat. »

   La main de Rung se tendit et commença à briller. Le Guerrier de Gamma écarquilla les yeux.

   « Tu maîtrises le cosmos ?

   - Je ne pensais pas en être capable, mais finalement tout est possible. Laisse-moi te donner un dernier coup de main. Si je te projette avec suffisamment de puissance vers Rungnir grâce à l’énergie de mon cosmos, tu pourras lui porter un coup fatal. C’est la dernière chance que nous ayons.

   - Cet effort risque de t’achever.

   - Et alors ? N’est-ce pas le rôle des Guerriers Divins de se sacrifier pour leurs semblables ? Allons, Guerrier de Gamma, je suis sûr qu’on peut réussir ! »


   Thor se rapprocha de Rung et mit sa main dans la sienne :

   « Ce fut un honneur de combattre à tes côtés, Rung, Gardien du Front ouest. Jetons-nous dans notre dernière charge ! »

   Rung se releva tant bien que mal et souleva Thor sur son épaule encore valide. Tout son corps s’auréola de la lumière du cosmos, et celui de Thor fit de même. Leurs deux énergies se confondaient en cet instant. Percevant cette puissance, Rungnir se retourna.

   « Encore vous ? rugit-il. Je vais vous découper en petits morceaux afin d’en finir, ajouta-t-il en ramassant l’épée de Rung.

   Rung concentra tout son cosmos dans son bras et propulsa Thor, qui s’envola vers le géant et transperça son torse, avant de s’écrouler en même temps que lui. Rung laissa retomber son bras, tandis que sa vie prenait fin.

   Thor se releva et jeta un regard vers son allié. L’image de sa propre mort lors de la dernière bataille lui revint en mémoire. A l’époque, ce n’était qu’au moment où la vie s’échappait de son corps qu’il avait compris son erreur.

   « Adieu Rung, le meilleur frère d’armes que j’ai eu. Cette guerre n’est pas terminée et seul Odin décidera si je dois te rejoindre ou non. »

   Il marcha en direction d’Asgard mais s’arrêta après quelques pas. Il ressentait une douleur dans la poitrine, et pour cause : l’épée de Rung était plantée dans son dos et ressortait par son torse. Rungnir était parvenu à le pourfendre lors de l’assaut final, et il ne s’en était même pas aperçu.

   « Ainsi, mon sort était déjà décidé. Seigneur Odin, faites que cette nouvelle mort lave les fautes de ma précédente vie. »


***


   « Tu souhaites vraiment combattre malgré l’état de ta jambe ? Soit ! Mais je ne prendrai pas de gants.

   - Moi non plus ! Blue Impulse ! »

   Albérich plaça son épée devant lui, et le feu qui en léchait la lame annihila l’attaque de glace.

   « Tu as fini ? A mon tour ! »

   Il contre-attaqua avec l’épée enflammée mais Alexei évita le coup facilement. A la deuxième tentative, il saisit la lame entre ses paumes et intensifia son cosmos. En quelques secondes, l’épée fut entièrement recouverte d’une épaisse couche de glace.

   « Ce n’est pas la première fois qu’un homme tente de geler l’Epée Ardente ! dit Albérich. Mais c’est inutile ! »

   La glace qui enfermait la lame de cristal mauve éclata sous l’effet des flammes.

   « Tu ne pourras pas échapper éternellement à l’Epée Ardente !

   - Je n’ai plus l’intention de l’éviter.

   - Tu es donc un mort en sursis ! »

   Albérich porta un coup d’épée à Alexei en plein dans la poitrine. Juste avant l’impact, le Blue Warrior cria :

   « Diamond Reflection ! »

   L’épée toucha l’armure bleue mais ne la brisa pas ; bien au contraire, elle ricocha à son contact, comme si cette dernière était constituée du diamant le plus pur. L’arme fut repoussée avec tant de force qu’elle échappa des mains de son détenteur et se planta dans le tronc d’un arbre quelques mètres plus loin.

   Albérich recula en se frottant les poignets qui ressentaient encore la douleur du choc, l’air frustré.

   Alexei disposait d’une deuxième technique d’une redoutable efficacité : en concentrant son cosmos à la surface de son corps, il rendait celui-ci aussi dur que le diamant. Cependant, cette défense ne pouvait être générée qu’une seconde à peine. Alexei devait donc faire preuve d’une synchronisation parfaite lors de son utilisation.

   Le guerrier de Delta récupéra son épée tandis que son air satisfait réapparaissait.

   « J’ai une surprise pour toi ! »

   Il planta l’Epée Ardente dans le sol, provoquant un véritable mur de feu qui sépara les deux hommes. Alexei projeta un souffle glacial qui éteignit les flammes, retrouvant Albérich avec un grand sourire. Il comprit pourquoi en regardant derrière lui : ses trois lieutenants étaient piégés dans des blocs de cristal d’un mauve brillant.

   « Sale charognard ! Libère mes hommes dès maintenant !

   - Ne te fais pas plus bête que tu ne l’es ! Si tu souhaites que je les délivre des Cercueils d’Améthyste, tu devras t’agenouiller devant moi et jurer de faire tout ce que je te demanderai. »

   Alexei regarda un par un ses trois frères d’armes. Ils étaient toujours inconscients et leur énergie était très faible. S’ils restaient dans ces prisons maléfiques, ils ne survivraient pas longtemps.

   « Je refuse ! Dmitri, Aliocha et Ivan m’ont juré fidélité, leur dévotion envers moi est sans limite.

   - Tu te fiches de laisser mourir tes amis ? Tu n’as donc pas de coeur !

   - Et encore, il paraît que j’étais pire autrefois. Mais je suis un roi, et en tant que tel j’ai des devoirs, notamment celui de ne pas abandonner mon royaume, même si cela doit coûter la vie de mes hommes, quelle que soit l’affection que je leur porte. Par ailleurs je n’ai aucune confiance en toi et je sais que tu les tueras de toute façon. »

   Albérich serra les dents.

   « Tu es plus impitoyable que je ne l’aurais cru, aussi vais-je utiliser contre toi ma technique ultime, et crois-moi, tu ne seras pas plus que lui capable d’y résister ! Nature Unity ! »


***


   Loki et Fenrir avaient atteint la région de la tant redoutée Helheim. Ils ne voyaient pas encore la ville, mais déjà sa présence maléfique se ressentait : l’air était lourd et poisseux comme si on y respirait l’haleine des morts, et des fumées sombres et épaisses produites dans la cité transformaient cette matinée ensoleillée en un jour noir plus triste que les nuits. Les chemins étaient longés de crânes et de divers ossements humains entreposés là tels des trophées. A certains endroits, des squelettes entièrement reconstitués faisaient office de statues décoratives pour ce peuple fasciné par la mort.


   Les deux hommes avaient passé des heures à tourner en rond parmi tous ces chemins entremêlés à la manière d’un labyrinthe. A chaque fois qu’ils avaient cru arriver à destination ils s’étaient retrouvés à leur point de départ, luttant pour s’orienter au milieu de cette atmosphère pesante. Ils auraient perdu encore un temps précieux si Fenrir n’avait pas fait appel à sa meute de loups. Ces derniers ne mirent pas longtemps à indiquer le chemin qui menait à la ville.


   Suivis par la meute silencieuse, les serviteurs d’Odin s’approchaient désormais de la cité, qui ressemblait à un immense bûcher tant les fumées qui s’en échappaient étaient imposantes. Les loups se mirent à grogner, et avant que Fenrir ne puisse réagir, une trappe s’ouvrit sous ses pieds, le laissant tomber dans un trou dont le fond était couvert de pics acérés. Loki fit un bond sur le côté, mais en atterrissant, son pied fut pris par une corde qui le souleva la tête en bas à dix mètres au-dessus du sol. Deux herses couvertes de pointes s’abattirent sur lui pour terminer la besogne, mais le Guerrier Divin tendit ses mains de chaque côté et hurla :

   « Odin Tempest ! »

   Les herses éclatèrent, et l’Asgardien coupa la corde qui le maintenait, retournant au sol.

   « Fenrir ! Tout va bien ? » dit-il en se rapprochant du trou.

   Il constata qu’une grille avait refermé l’entrée du piège. Au fond du trou, son compagnon de route était tombé sans se blesser, mais un autre danger le menaçait : un ours énorme avait été enfermé dans ce piège afin d’achever les éventuels survivants.

   « Tu as besoin d’un coup de main ? lui lança Loki d’en haut, tandis que les loups montraient les crocs.

   - Non, ça va aller. »

   Fenrir approcha la bête et tendit sa main vers elle.

   « Doucement, je ne te veux aucun mal. Laisse-moi sortir d’ici et tout se passera bien. »

   L’ours tenta de lui porter un coup de griffes ; Fenrir comprit qu’il ne pourrait pas amadouer cet animal affamé. Il lui sauta au cou et serra la gorge de l’animal jusqu’à ce que celui-ci s’écroule, mort.

   Loki força la grille qui refermait le trou, et en quelques bonds, Fenrir le rejoignit.

   « Je n’aime pas vraiment les ours, mais cette façon d’enfermer des animaux pour les laisser mourir me dégoûte ! J’ai hâte d’en découdre avec ces hommes !

   - Moi aussi, mais il va falloir être très prudent, il y a sans doute beaucoup d’autres pièges du même type sur la route. Au moins, ça signifie qu’on se rapproche.

   - Mes loups nous serons utiles pour déjouer les guets-apens, mais dès que nous arriverons en ville je leur ordonnerai de rebrousser chemin.

   - Nous devrions les garder avec nous, qui sait ce que nous aurons à affronter là-bas.

   - Mes frères sont morts en assez grand nombre durant la dernière bataille. A présent je ne veux plus qu’ils risquent leur vie pour moi. »


***


   Le guerrier de Delta venait de lancer son invocation secrète, et d’énormes racines jaillirent du sol. Alexei fut frappé par l’une d’elle, atterrissant contre un arbre qui s’écroula sous son poids.

   « Quel est ce cauchemar ? » s’écria-t-il en se relevant.

   La paisible forêt qui l’entourait quelques instants auparavant s’était changée en enfer. Les arbres se bougeaient comme s’ils étaient doués de vie : leurs branches s’agitaient comme des bras et leurs racines ondulaient telles des tentacules. Mais le phénomène ne se limitait pas aux seuls arbres : des rochers se mettaient à rouler afin de broyer le Blue Warrior, et d’autres étaient éjectés du sol et retombaient avec fracas. Il esquiva deux blocs de pierre, mais un troisième arriva ; il le frappa en son centre, le réduisant en morceaux. D’autres projectiles s’envolaient vers lui.

   « Blue Impulse ! »

   Les rocs furent gelés instantanément, et Alexei visa Albérich.

   « Blue Imp... »

   Il n’eut pas le temps de porter son coup qu’il fut frappé par une branche et tomba au sol. Il tenta de se relever mais une liane s’était enroulée autour de son pied. Il voulut s’en détacher lorsque d’autres lianes lui ligotèrent les bras et les jambes. En quelques secondes, il se retrouva suspendu entre deux arbres.

   Il voulut geler ses liens, mais un tronc d’arbre se détacha du sol et s’envola dans sa direction.

   « Diamond Reflection ! »

   Le tronc rebondit sur son armure et il brisa les lianes qui le retenaient en les gelant, atterrissant au sol, les membres endoloris.

   Le prince de Bluegrad chercha son adversaire du regard, mais tout ce qu’il voyait autour de lui était une armée d’arbres monstrueux et menaçants qui se rapprochait de lui. Il repéra finalement le maître des opérations qui était placé en retrait à quelques dizaines de mètres de lui.

   Il voulut s’élancer, mais le sol s’enfonça sous ses pieds. Déjà la moitié de ses jambes avaient disparu dans le sol lorsque les arbres qui l’entouraient se mirent à tordre leurs branches de manière à les briser en autant de projectiles de bois qui furent lancés vers lui.

   « Blue Impulse ! »

   La déflagration pétrifia tous les traits qui volaient vers lui, mais déjà une nouvelle salve l’assaillait.

   « Blue Impulse ! » invoqua-t-il une fois encore. Son attaque gela une grande partie des projectiles, mais plusieurs parvinrent jusqu’à lui et criblèrent son corps. Il tomba à terre.

   Le guerrier de Delta, constatant que son adversaire était désormais inoffensif, se rapprocha de lui.

   « Enfin, te voilà calmé ! Tu m’en auras fait perdre du temps ! Déjà hier ton intervention a retardé la bataille entre les deux ordres. Sans toi, il n’y aurait peut-être déjà plus de survivants !

   - Tu souhaitais cette guerre ? Tu souhaitais que les gens meurent, chez tes ennemis comme chez tes frères d’armes ?

   - Surtout chez mes frères d’armes ! Depuis le début des événements j’ai fait tout mon possible pour envenimer les relations entre ton groupe et le mien.

   - Mais... mais pourquoi ? bégaya Alexei, médusé.

   - Pour le pouvoir bien sûr ! Tu l’ignores sans doute, mais la cité d’Asgard renferme un trésor inestimable, capable de donner un pouvoir absolu à celui qui s’en emparerait : c’est l’épée Balmung !

   - Tu veux parler de l’épée d’Odin ?

   - Précisément ! Pour l’obtenir, il faut réunir les sept saphirs d’Odin détenus par les sept représentants de la Grande Ourse. J’ai déjà essayé une fois par le passé, mais sans succès. Seulement aujourd’hui, les conditions sont optimales pour que mon plan fonctionne ! »

   Alexei tenta de se relever.

   « Ne bouge pas ! » cria Albérich. Une épaisse racine jaillit du sol et enlaça le Blue Warrior, l’écrasant juste assez pour qu’il ne puisse plus bouger.

   « Merci de ne plus m’interrompre. » ajouta-t-il. Puis il glissa ses doigts dans sa ceinture et en ressortit une gemme grise, identique à celle qui décorait son armure.

   « Comme tu peux le constater, j’ai déjà récupéré le saphir sur le cadavre de Mime. Par ailleurs, j’ai ressenti la mort de Thor il y a peu, son joyau est donc libre. Avec la mienne, ça fait déjà trois pierres, il ne me manque plus que celles de Syd, Hagen, Fenrir et Siegfried, et je pense pouvoir les obtenir rapidement. Je suis assez ennuyé que Fenrir soit parti à Helheim avec son joyau, mais il me reste une autre solution... »

   Il fit un geste avec le bras, et des lianes apportèrent deux épées de métal qu’elles faisaient pendre au-dessus de sa tête.

   « J’ai découvert en faisant quelques recherches dans la bibliothèque secrète de ma famille que les premiers Guerriers Divins étaient eux aussi capables d’invoquer l’armure d’Odin. Ils ne devaient pas réunir des saphirs, mais des épées, et les planter toutes en même temps dans la couronne de la statue d’Odin. J’ai déjà celles de Ull, ainsi que celle de Midgard qui était conservée dans le palais de Valhalla. Bref, peu importe lequel des deux clans s’éteindra le premier, ce sera pour moi la victoire. J’ai déjà l’intelligence, mais avec cette arme, j’aurai en plus la puissance infinie ! »

   La malfaisance de cet homme plongea Alexei dans une profonde réflexion.

   « Cet homme est diabolique ! Mais... est-il si différent de moi ? Par le passé, j’ai commis tant d’horreurs ! Comment en suis-je arrivé à tuer mon père et à pousser ma soeur au suicide ? D’où sont venus ces désirs de conquête et de pouvoir ? Ai-je toujours été ainsi ? Cet homme, il n’est pas tourmenté par tant de questions, pour quelle raison ? Peut-être en sait-il plus que moi ? »

   « Notre combat touche à sa fin, reprit Albérich. Dis adieu à la vie !

   - Attends ! Avant de mourir, j’ai besoin de savoir : comment es-tu devenu cet homme dénué de toute humanité ? Je voudrais comprendre ! »

   - Eh bien, Blue Warrior, tu n’as pas fini de me surprendre ! Tu es sur le point de mourir, et tu t’interroges sur ma personnalité ? »

   Il s’approcha de lui et le regarda droit dans les yeux.

   « J’ai toujours été ainsi ! Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu la conviction d’être un homme qui n’était pas entravé par la morale, les sentiments et toutes ces hypocrisies. Tu t’attendais à autre chose ? » ajouta-t-il avant de rire comme un démon.

   « Il... il n’a rien à voir avec moi ! réalisa Alexei. C’est le mal incarné ! Je refuse de pouvoir être comparé à lui ! Je dois... je dois l’éliminer, le danger qu’il représente est tel que le Grand Nord et même toute la planète est menacée ! Je ne suis pas encore mort ! Pas encore ! Je dois poursuivre le combat, je dois trouver un moyen de contrer son invocation de la nature, quel qu’il soit ! »

   Albérich reprit la parole :

   « Inutile de retarder davantage l’inéluctable ! Nature Unity ! »

   Un éclair sembla traverser Alexei. Il fit éclater la racine qui le retenait à l’aide de son cosmos et se mit à courir, aussi vite que ses jambes pouvaient le porter, échappant de peu aux branches qui voulaient le saisir.

   Il se retrouva rapidement hors de portée du pouvoir d’Albérich, mais ce dernier le talonnait de près, et les arbres sous son contrôle n’étaient pas loin non plus.

   « Je sens sa présence toute proche ! cria le Guerrier de Delta. Esprits de la Nature, ne le laissez plus s’enfuir ! »

   Alexei découvert, une nuée de lianes et de branches s’élancèrent vers lui. Mais les arbres s’immobilisèrent à quelques mètres de son corps.

   « Comment ? » cria Albérich en manquant de s’étrangler.

   En s’approchant, sa surprise redoubla : le corps d’Alexei était étrangement pâle, et plus incroyable encore, il ne dégageait plus aucune énergie, pas même une étincelle de vie.

   « Il s’est gelé lui-même ? Mais pourquoi ? Aurait-il essayé de pousser son cosmos au-delà de ses limites ? »

   Un autre détail l’intriguait : juste avant de mourir, le Blue Warrior avait joint ses deux mains au-dessus de sa tête en une posture qui ne lui était pas inconnue.

   Il regarda de plus près cette statue de glace, et eut l’impression que les yeux d’Alexei le fixaient.

   Ce n’était pas qu’une impression.

   « Tu ne peux pas être viv...

   - Blue Execution ! »

   Albérich fut emporté par une salve glaciale comme il n’en avait jamais vue. Son casque s’envola et son armure se brisa, puis il s’écroula au seuil de la mort. Au même instant, à quelques dizaines de mètres de là, trois cercueils d’améthyste se liquéfiaient, libérant leurs prisonniers.


***


   Derbal était sur une terrasse du Palais de Valhalla, les yeux fermés en une intense concentration. Lorsque Siegfried le rejoignit, l’ancien maître d’Asgard ouvrit les yeux.

   « Vous semblez bien méditatif, dit le jeune guerrier.

   - Je tente de repérer une éventuelle nouvelle menace.

   - Il est vrai que vos capacités de perception sont impressionnantes. Cela donne-t-il des résultats ?

   - Hélas oui. Je pense que Helheim joue là son dernier mouvement : j’ai ressenti deux armées approcher d’Asgard. Une première vient vers nous par la porte principale, et une deuxième, quoique moins importante, arrive du côté opposé.

   - Par l’arrière de la ville ? Mais ce ne sont que des falaises infranchissables. Il est impossible d’attaquer par là !

   - Pourtant tout semble indiquer qu’ils vont essayer. Le plus gros de leurs forces nous occupera à l’entrée de la cité tandis que les autres gagneront l’intérieure de la ville par les falaises : c’est un plan qui correspondrait parfaitement à leur manière d’agir.

   - Dans ce cas, nous devons poster des hommes de ce côté-là pour repousser toute attaque.

   - Hélas, Thor et Rung ont succombé, et Fenrir et Loki ne sont toujours pas revenus. Quant à Albérich et aux Blue Warriors, leurs énergies ont presque disparu. Il ne reste guère que Syd et Hagen, mais j’ignore où ils sont.

   - Hagen approche de l’entrée de la ville, je reconnaîtrais son énergie entre mille.

   - Dans ce cas nous sommes quatre à pouvoir prévenir la prochaine attaque. Midgard ! »

   Le mystérieux Guerrier Divin jaillit du coin de la terrasse. Siegfried fit de grands yeux en le voyant apparaître, constatant qu’il n’avait même pas perçu sa présence en arrivant.

   « Je propose que Midgard et Hagen se rendent à l’arrière de la cité afin d’empêcher toute attaque à revers, et que nous deux restions à l’avant pour repousser le gros des troupes heliennes.

   - Ca me va. Jusqu’à présent les collaborations entre nos deux ordres ont été efficaces, il n’y a pas de raison que ça change. »

   Derbal se mit face à Midgard, son visage presque collé au sien, et lui dit distinctement :

   « Va aux portes de la ville. Transmets à Hagen l’ordre suivant : Deux armées approchent d’Asgard. Siegfried et Derbal vont protéger l’entrée de la ville, Midgard et Hagen doivent défendre l’arrière de la cité. Ce sera tout. »

   Le guerrier masqué sauta par-dessus la rambarde de la terrasse et disparut dans la ville.

   « Quel être étrange, dit Siegfried. Sommes-nous sûrs de sa loyauté ?

   - Midgard se jetterait au feu si je le lui demandais. »


***


   « Enfin ! Voici Helheim ! »

   Loki et Fenrir ressentirent un grand soulagement en pénétrant dans la ville maudite. Les pièges qu’ils avaient traversés avaient été tous plus vicieux les uns que les autres.

   Ils avançant discrètement dans la semi-obscurité étouffante du lieu, se glissant entre les maisons rendues noires par la fumée de manière à ne pas être repérés. Ils constatèrent que seuls quelques vieillards, femmes et enfants étaient présents.

   Ils continuèrent de s’enfoncer dans la ville et parvinrent à une place surélevée où trônait un énorme bûcher. Celui-ci était entouré par des dizaines d’hommes et de femmes vêtus de tuniques qui cachaient leurs visages.

   « Je suis prêt à parier que ces prêtres sont à l’origine des zombis qu’on a combattus ! » dit Loki à Fenrir.

   Il bondit vers l’un d’eux et s’apprêta à lui porter un coup, mais il stoppa son poing.

   « Ces personnes sont mortes ! »

   Fenrir le rejoignit, constatant que pas un d’entre eux ne bougeait.

   « Ils ont tellement puisé dans leurs forces pour ressusciter tous ces soldats qu’ils en ont perdu la vie. Leur bêtise n’a d’égal que leur fanatisme ! Regarde, il y en a même une qui est allongée sur l’autel. Tu crois que c’était pour un sacrifice ? »

   Il y avait à côté du corps un vieux grimoire dont il s’approcha, mais il vit la prêtresse bouger.

   « Attention, celle-ci est en vie ! » dit-il à l’attention de son frère d’armes.

   La revenante bondit vers les deux guerriers, mais Loki la repoussa d’un coup de pied, et Fenrir se jeta sur elle.

   « Wolf Cruelty Claw ! »

   Son attaque l’éventra, et elle tomba à terre, les organes à l’air.

   « Bien joué, à présent nous voilà tranquilles.

   - Loki ! » l’interpella Fenrir.

   L’intéressé se tourna vers l’endroit que lui indiquait son frère d’armes : il y avait un groupe de prêtres assis dans un coin. Ils étaient très jeunes, ce n’étaient que des enfants qui pleuraient toutes les larmes de leur corps.

   « Ils ont dû assister à la mort de leurs aînés. » constata Fenrir.

   Loki explosa de rire.

   « C’est donc tout ce qu’il reste de la terrible Helheim ? Une bande de gamins pleurnichards ? Quand je pense qu’Asgard a craint ces dégénérés pendant des siècles, et aujourd’hui leur ville est à notre merci ! Bon, tu t’occupes d’eux, et moi je vais voir s’il n’y en a pas d’autres aux alentours.

   - Pardon ?

   - Ne me dis pas que tu comptais les laisser en vie ? Regarde comme leurs yeux sont emplis de haine rien qu’à nous voir. Combien de temps s’écoulera avant qu’ils reprennent les mêmes actes de guerre que leurs pères ? Un peuple assez fanatique pour embrigader des enfants aussi jeunes n’a aucune limite !

   - Tu as raison. Je m’en charge. »

   Fenrir s’approcha du groupe et leva son poing. Aucune de ses proies ne montra de signe de peur, au contraire ils soutenaient le regard de leur bourreau. Fenrir rabaissa son bras.

   « Que t’arrive-t-il ? Tu as pitié d’eux ?

   - Non.

   - Alors où est passée ta soif de vengeance envers l’humanité ?

   - Elle est toujours là, mais je me posais une question : aurais-je été le même si je n’avais pas été seul ?

   - Pourquoi t’interroges-tu en ce moment même ?

   - Ces enfants, ils me rappellent deux orphelins que j’ai rencontrés cette nuit. Ils n’avaient pas eu de chance dans la vie, mais au moins ils n’étaient pas seuls, et aujourd’hui, ils sont heureux.

   - Fenrir, crois-moi, quel que soit ton destin, tu aurais été le même loup mangeur d’homme, car c’est dans ta nature profonde, et rien ne peut dompter un tel instinct.

   - Pourtant, je ne peux m’empêcher de douter.

   - Le doute est l’ennemi des grandes entreprises ! Alors tue ces enfants, tes griffes ne réclament que ça ! »

   Un lourd silence s’installa entre les deux guerriers, et après quelques secondes, Fenrir lâcha sa réponse :

   « Non. Je suis sûr qu’on peut trouver une autre solution »

   Loki s’approcha de lui et il regarda les jeunes prêtres.

   « Après tout, tu as peut-être raison. J’ai trop longtemps livré des guerres, il est peut-être temps de chercher la paix.

   - Tu le penses sérieusement ?

   - Bien sûr, je dis toujours ce que je pense. A présent quittons les lieux. Si tu pouvais récupérer le grimoire qui est sur l’autel, il nous sera peut-être utile pour comprendre comment ils ramènent les morts.

   - Très bien. »

   Il se tourna pour prendre l’objet, et Loki en profita pour lui porter un coup dans le dos. Fenrir l’esquiva de justesse et lui porta un coup de griffe au visage.

   « Tu pensais pouvoir me tromper ? J’ai suffisamment été abusé par les humains pour ne plus me faire avoir ! Quand je pense que j’ai failli tuer des enfants et m’allier à un homme comme toi, alors que c’est exactement le contraire que j’aurais dû faire ! C’était une erreur de croire que tous les hommes sont les mêmes.

   - Tu as de la ressource, répondit Loki en caressant sa joue marquée de deux coupures parallèles. Dommage que je doive me débarrasser de toi, ensemble nous aurions pu devenir les maîtres du Grand Nord, et même plus !

   - Tu es bien ambitieux pour un simple sous-fifre. »

   Loki se mit à ricaner.

   « Tu es naïf ! Mais comment te le reprocher, tu es aussi dupe que tout le monde !

   - Que veux-tu dire ?

   - C’est pourtant clair : Derbal n’est pas le maître que tu crois.

   - Pff ! Tu ne vas pas me dire qu’en fait, c’est toi le chef ?

   - Oh non, loin de là. Derbal a toujours été un homme extrêmement puissant, et même moi, je dois l’avouer, je ne pourrais rien contre lui. Seulement, si sa force est exceptionnelle, son mental, lui, n’est pas aussi solide. Autrefois il était un homme bon et loyal, la plus grande caricature de héros qu’il soit. Son seul objectif était de défendre Asgard aussi vaillamment que ses ancêtres. Il n’avait ni ambitions, ni désirs personnels. Heureusement, moi j’étais là, et j’avais des projets pour Asgard et les Guerriers Divins, nous ne pouvions nous contenter de ce seul pays éternellement ! Alors j’ai fais peu à peu germer en lui la graine du tyran, et j’ai réveillé son âme de conquérant et de dominateur. Ainsi, Derbal détient le pouvoir du roi, et moi celui de l’ombre, et cela me convient très bien !

   - C’est donc toi le seul responsable de la déchéance de votre ordre ?

   - Quelle déchéance ? Aujourd’hui, Odin nous a donné une seconde chance, et une fois Helheim détruite, nous finirons ce que nous avions commencé ! D’ailleurs, je tiens à préciser une chose avant que l’on se batte : j’avais vraiment l’intention d’épargner ces enfants.

   - Je ne te crois pas.

   - C’est parce que tu ne vois pas assez loin. Ces enfants ont été embrigadés par leurs aînés, mais ils sont si jeunes que nous pourrions tout à fait accomplir le même processus pour en faire des soldats d’Asgard, et la puissance de Helheim deviendrait notre ! Mais ce n’est pas tout, nous pourrions poursuivre cette opération sur notre propre jeunesse, et notre armée deviendrait la plus puissante du monde !

   - Tu es une pourriture ! Je ne te laisserai pas faire ! En garde ! »

   Les deux guerriers se placèrent en position de combat lorsque le corps de la prêtresse se redressa. Plusieurs côtes jaillirent de son torse ouvert comme s’il s’était agit de flèches, et Loki fut frappé de plein fouet. Fenrir attaqua le cadavre, mais son poing se logea dans le corps décharné sans lui faire le moindre effet. Les intestins qui pendaient des blessures de la Helienne s’enroulèrent autour du guerrier. Il les trancha avec ses griffes, mais ceux-ci se reformaient immédiatement. Le visage de la morte était à quelques centimètres de son propre visage.

   « Tu ne peux pas me tuer, j’ai accompli le maléfice de résurrection sur moi-même alors que j’étais encore en vie, et désormais chaque parcelle de mon être peut se reconstituer et même devenir une arme ! Mon corps n’a plus de limites ! »

   Loki se releva et bondit vers eux.

   « Odin Tempest ! »

   Ses mains projetèrent une énergie dévastatrice qui envoya Fenrir à terre, son armure détruite et son corps meurtri.

   Quant à la prêtresse, son corps avait été réduit en morceaux, et seule sa tête était encore entière. Une langue de plusieurs mètres jaillit de sa bouche et attrapa le cou de Loki. Celui-ci fit jaillir son cosmos rouge.

   « Shûgeki Gunrôken ! »

   Son corps prit la forme d’un loup qui attrapa la tête du cadavre entre ses dents jusqu’à la réduire à l’état de cendres. La langue qui était enroulé à son cou tomba en miettes.

   Loki s’approcha de Fenrir, agonisant.

   « Tu n’es qu’un traître et un lâche ! hurla-t-il.

   - Eh oui, je suis une ordure, tu aurais dû être plus prudent. J’avais bien vu que la prêtresse n’était pas vaincue, et j’ai fait croire qu’elle m’avait tué pour la laisser s’occuper de toi, ce qui m’a permis de résoudre mes deux problèmes en une fois. A présent je te laisse mourir comme un misérable sur cette terre maudite. Moi je dois retourner à Asgard, car ce royaume sera bientôt mien. »

   Il voulut passer derrière le bûcher afin de sortir de la ville, mais les enfants prêtres s’interposèrent.

   « Pourquoi ne nous combats-tu pas ? Nous sommes des adversaires comme les autres.

   - J’ai d’autres projets pour vous, les gamins, laissez-moi passer.

   - Nous ne te laisserons pas quitter la ville ainsi.

   - Mais que pensez-vous faire ? Vous ne pourriez même pas me ralentir. Vous... vous essayez de gagner du temps ! »

   Il les repoussa et bondit derrière le bûcher, découvrant un immense cimetière où chaque tombe était ouverte. D’innombrables traces de pas en partaient, et elles partaient en direction d’Asgard.

   « Qu’est-ce que c’est que ce cauchemar ? Vous n’avez pas pu ressusciter autant de soldats !

   - Les armées de revenants que vous avez combattues jusqu’à présent n’étaient rien face à celle qui marche en ce moment même vers votre ville ! » répliqua l’un des jeunes prêtres.

   Le bras droit de Derbal les regarda, le visage angoissé. Il comprenait que sa ville, ainsi que tout ce sur quoi son pouvoir reposait, risquait de disparaître.

   Avant de partir, il lança à ses ennemis :

   « Vous ne perdez rien pour attendre ! Je suis venu une fois, je saurai revenir. Et cette fois, nous anéantirons votre peuple pour toujours ! »


   Fenrir vivait ses derniers instants. Tandis qu’un voile noir recouvrait peu à peu ses yeux, un souvenir doux et chaleureux lui revint en mémoire. C’était peu de temps avant la mort de ses parents.

   Il n’avait pas vu son père et sa mère de la journée car ils avaient dû se rendre en ville, et lorsque le soir ils vinrent le récupérer chez le voisin, ils semblaient particulièrement guillerets. Fenrir, très intrigué par leur attitude, leur avait demandé de sa petite voix :

   « Qu’est-ce qu’il se passe ?

   - Mon petit Fenrir, nous avons appris une chose importante aujourd’hui, lui avait répondu sa mère.

   - Mais quoi ? avait répliqué le garçon, perdant patience.

   - Dis-nous, avait enchaîné son père, tu préférerais avoir un petit frère ou une petite soeur ?

   - Quoi ? Oh non ! Je veux pas de petite soeur moi ! Les filles, ça pleure tout le temps ! Puis je veux pas de petit frère non plus, je suis très bien tout seul !

   - Donc tu préférerais un petit frère, avait enchaîné la mère, amusée. Dans ce cas, nous verrons si Odin t’a écouté. »

   Le souvenir s’arrêta là, Fenrir avait expiré son dernier souffle de vie.


   « Aurais-je été le même homme si je n’avais pas été seul ? »


***


   Allongé à terre plus mort que vif, Albérich ne put s’empêcher de relever la tête pour s’assurer qu’Alexei était bien en vie.

   « Ce n’est pas possible ! Tu étais mort, j’en suis sûr !

   - Tu as raison, je me suis moi-même plongé dans un état de mort clinique, sans aucune certitude de pouvoir m’en réveiller, et ce uniquement pour tromper ton invocation. Mais lorsque tu t’es approché de moi, ton énergie maléfique m’a permis de reprendre conscience.

   - C’est impossible ! Impossible ! Personne ne peut faire un pari aussi risqué juste pour gagner un combat ! Tu avais une chance sur mille de te réveiller !

   - C’était ma seule chance : je devais jouer avec la mort, geler mon corps jusqu’à ce que mon coeur cesse de battre, afin de te laisser approcher. Et si j’échouais, peu importe, cela m’aurait permis d’échapper à l’enfer des remords, car c’est au fond tout ce que je voulais. »

   Des larmes coulèrent sur ses joues.

   « Je te remercie Albérich, sincèrement ! Grâce à toi j’ai découvert que je ne souhaitais pas mourir. C’est pourquoi j’ai fais en sorte de ne pas te tuer. A présent, j’en ai terminé avec toi.

   - Je ne suis pas encore vaincu ! lui lança Albérich en tentant de se remettre debout, mais il trébucha maladroitement à cause de ses blessures.

   - Tu as raison, lui répondit le Blue Warrior sur un ton ferme et menaçant. Il me reste une chose à faire. »

   Il s’approcha de l’homme meurtris qui fut pris d’une peur panique.

   « Nooon ! Ne me tue pas ! Je suis incapable de me défendre ! Ce serait déloyal ! »

   Alexei tendit la main vers la ceinture de l’armure de Delta et prit le saphir qui y était caché, ainsi que celui de Megrez qui se détacha facilement de sa protection détruite.

   « Je préfère ne pas te laisser ça ! ajouta-t-il. Adieu !

   - Tu crois que tu es différent de moi à présent ? Le mal est en toi, et il ne te quittera jamais !

   - Je le sais, mais je passerai ma vie à combattre le mal, qu’il soit en moi ou chez des hommes tels que toi.

   - Pauvre imbécile ! explosa Albérich. Tu te crois malin parce que tu as refoulé la part sombre qu’il y a en toi ? Tout le monde a un côté obscur, et les plus intelligents sont ceux qui ont compris qu’il ne faut pas hésiter à s’en servir !

   - Tu me fais pitié, Albérich. Tu te laisses si facilement corrompre par le mal qui est en toi, en croyant que c’est là une force... cela en est lamentable ! »

   Il lui tourna le dos et s’éloigna.

   Albérich se releva, possédé par la rage.

   « Moi, faible ? Amethyst Shield ! »

   - Diamond Reflection ! »

   L’effet fut immédiat : Albérich se retrouva prisonnier de son propre cercueil d’améthyste.


   Alexei se retourna pour constater le résultat.

   « J’aurais souhaité que ça se termine autrement, Guerrier Divin. »

   Un détail attira son attention : Albérich avait été emprisonné avec le bras tendu et l’index pointé en avant, comme s’il avait aperçu quelque chose de suffisamment important pour attirer son attention quelques instants avant d’être vaincu. Alexei regarda dans la direction indiquée mais ne vit rien. En revanche il sentit une présence.

   Il simula de vouloir quitter les lieux, mais après quelques pas, il bondit à la vitesse de l’éclair et se retrouva face à l’homme de l’ombre. Celui-ci tenta de fuir, mais pas assez vite.

   « Blue Impulse ! »

   L’homme tomba à terre, mort, et le prince de Bluegrad le regarda attentivement. Il fut figé de stupeur.

   « Mais c’est... »

   Cependant il ne put finir sa phrase : au même instant, un deuxième homme apparut dans son dos et le frappa à la tête.


***


   Un nuage de poussière s’approchait d’Asgard, au milieu duquel se trouvait une armée de morts vivants vêtus de noir et armés jusqu’aux dents. Le symbole du serpent ornait chacun de leurs casques.

   A l’entrée de la ville, deux hommes leur bloquaient la route. Derbal prit la parole :

   « Barbares de Helheim, vous n’avez jamais pu franchir les portes d’Asgard, et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer ! »

   L’armée stoppa son avancée, et la poussière qui la recouvrait se dissipa, dévoilant sa véritable dimension : il y avait là des dizaines de milliers de soldats, et même avec la plus grande puissance du monde, les serviteurs d’Odin ne pourraient pas les empêcher de ravager la cité des dieux.

   « Qu’est-ce que c’est que cette marée humaine ? s’exclama Siegfried.

   - Vous avez sous les yeux dix siècles de vengeance ! lui répondit l’un des soldats. Asgard vit ses derniers instants ! »


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