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Cette fiche vous est proposée par : Vincent, sans pseudo


Les Royaumes du Grand Nord

« Ici ce sera parfait. » lâcha Siegfried en montrant du doigt une grotte. Surélevée, elle offrait une excellente vue sur Asgard et son entrée principale. Suivi de Syd, Albérich et Thor, il entra dans la caverne afin d’y établir leur camp pour la nuit.

Syd prit la parole :

- Je me demande ce que sont devenus les autres, car je ne ressens pas leurs cosmos. Se pourrait-il qu’ils n’aient pas été ressuscités ? Et s’il en est ainsi, pourquoi cela leur aurait-il été refusé ?

- Hum, j’ai une théorie sur la question, intervint le guerrier de Delta, attirant l’attention sur lui. Je ne crois pas que le retour à la vie leur ait été refusé, je pense plutôt que ce sont eux qui ont refusé de quitter la mort.

- Quoi ? s’écria Thor. Tu penses que Fenrir, Hagen et Mime n’ont pas souhaité revivre ?

- Pff ! Décidément, tes paroles sont toujours le même venin ! intervint le guerrier d’Alpha.

- Ts ts ts ! Siegfried ! Tu m’en veux encore pour tout à l’heure ? Je continue pourtant de penser qu’il faut se méfier de Derbal et ses sbires comme de la peste. Pour en revenir à nos frères d’armes, j’aimerais tout de même que vous écoutiez ce que j’ai à dire. »

Voyant l’auditoire pendu à ses lèvres, il continua :

« Tout d’abord, le cas de Mime est différent des deux autres. Lorsque j’ai été ramené à la vie par les Valkyries, j’ai bien ressenti son cosmos à proximité, ce qui signifie qu’il a été ressuscité comme nous tous. Seulement, peu après, sa présence s’est éloignée d’Asgard.

- Il aurait fui la cité ? réagit Syd. Pour quelle raison ?

- Ca je l’ignore, et cela ne m’intéresse guère. Mais pour ce qui est de Fenrir et Hagen, je pense savoir ce qu’il en retourne. »

Siegfried, Syd et Thor étaient attentifs au plus haut point. Albérich jubilait de l’emprise qu’il exerçait sur le groupe.

« Lorsque la vie est revenue en moi, j’ai eu la sensation très nette que je pouvais refuser ce présent : si telle était ma volonté, je pouvais ne jamais me réveiller. »

Il se tut un instant avant de reprendre :

« J’ignore l’origine des Valkyries et le but de nos résurrections, mais une chose est sûre : c’est à chacun d’entre nous de décider si nous devons vivre ou non.

- C’est vrai, confirma Syd, j’ai également eu l’impression que mon âme avait été ramenée dans mon corps, mais que seule ma volonté pouvait faire repartir mon coeur.

- Exactement ! reprit Albérich. J’en conclu donc que Fenrir et Hagen, pour des raisons que j’ignore, ont refusé d’affronter à nouveau la vie. Il faut dire que la façon dont nous avons été manipulés durant la bataille contre le Sanctuaire nous a tous beaucoup affectés. Toutefois, nous pouvons essayer de les retrouver, et peut-être que nous découvrirons un moyen de les réveiller...

- Il va de soi que nous mettrons tout en oeuvre pour les ramener auprès de nous, enchaîna Siegfried. Pendant que l’un restera sur place pour surveiller la grotte ainsi que l’entrée d’Asgard, un autre cherchera nos compagnons d’armes à l’extérieur. Les deux restants se reposeront.

- Je prends le premier tour de garde, dit Albérich.

- Et moi je pars chercher les autres, proposa Thor. J’en profiterai pour chasser de quoi nous nourrir. »

Et tandis que le géant quittait la caverne pour se fondre dans la nuit glaciale et obscure, Siegfried, le regard perdu dans le vide, serrait les poings.

« Enfin Hagen, pensa-t-il, je ne comprends pas. Pourquoi n’es-tu pas à mes côtés ? »

***

Pendant ce temps, Derbal et ses hommes s’étaient rendus à une petite tour de guet délabrée située à proximité de l’entrée d’Asgard.

Loki brisa le silence, une question le taraudant depuis longtemps :

« Ce n’est pas possible ! Comment deux ordres de guerriers divins peuvent-ils exister à Asgard ? J’aimerais me contenter de croire qu’ils sont des imposteurs, mais j’ai la profonde conviction que la vérité est bien plus complexe.

- Ce qui m’intrigue le plus, continua Derbal, c’est que j’ai l’impression de connaître ces hommes, comme si leurs visages m’étaient familiers.

- Pareil pour moi, reprit Loki. J’ai notamment reconnu leur chef, Siegfried. Il était l’un des soldats au service d’Asgard, et il a combattu à maintes reprises sous vos ordres. Et maintenant, le voilà vêtu d’une armure et portant le titre de Guerrier Divin. »

Il leva le poing et ajouta :

« Quoiqu’il en soit, je mets un point d’honneur à découvrir toute la vérité. J’aurais bien aimé connaître le nom des trois guerriers qui étaient absents, cela m’aurait peut-être aidé à rassembler les pièces du puzzle.

- Ils s’appellent Hagen, Mime et Fenrir, lâcha Derbal, à la surprise générale.

- Vous connaissez leurs noms ?

- Aurais-tu oublié, Loki ? Mes sens sont si développés que rien ne m’échappe. J’ai entendu Siegfried citer ces trois noms lorsqu’il discutait avec ses hommes.

- Hagen, Mime et Fenrir, dites-vous ? Les deux premiers noms n’évoquent rien en moi, en revanche, le troisième ne m’est pas inconnu. Fenrir... Ca me rappelle une histoire qui s’était déroulée à Asgard il y a une dizaine d’années. »

Il fit quelques pas vers la fenêtre avant de reprendre :

« A l’époque, nous étions déjà tous Guerriers Divins, et la nouvelle d’un tragique accident avait fait le tour de la ville. Une famille de nobles avait été attaquée par un ours lors d’une balade en forêt, et tous avaient été tués : le père, la mère, et le fils. Or, le père s’appelait justement Fenrir, tout comme l’enfant, c’était un nom qui se transmettait dans la famille avec le titre de noblesse.

- Et tu penses que ce guerrier dont Siegfried a parlé serait un membre de cette famille ? interrogea Rung. A quoi ça nous avance de savoir ça ?

- Ce n’est pas tout. Quelques mois après cette histoire, des rumeurs ont commencé à circuler dans tout Asgard : plusieurs personnes affirmaient avoir vu un jeune garçon vivre à l’état sauvage parmi les loups. D’habitude, je ne prête aucune attention aux racontars du peuple, toujours avide de sensations fortes. Pourtant, un jour j’ai vu une meute de loups passer à proximité de la cité. Je n’oublierai jamais qui était à leur tête : c’était un gamin vêtu de haillons, dont le visage exprimait une indicible joie d’être libre, mais également une incontrôlable agressivité. Ce n’était donc pas une légende : cet enfant sauvage existait réellement. Et je suis convaincu qu’il s’agit de Fenrir, le fils de cette famille exterminée par un ours. »

Les interlocuteurs de Loki ne dirent pas un mot, comme des gamins envoûtés par l’histoire d’un conteur.

« Tout cela est très intéressant, dit Derbal, mais en quoi cela peut-il nous être utile ?

- Je pense être capable de recruter cet homme. J’en sais assez sur lui pour le convaincre de se mettre à notre service. Et puis... un loup écoutera forcément un autre loup, surtout s’il le domine, ajouta-t-il, l’air réjoui.

- Parfait ! répondit Derbal avec enthousiasme. Une fois qu’il sera acquis à notre cause, les autres suivront plus facilement.

- Dans ce cas, je pars dès maintenant à sa recherche. J’ai mon idée pour retrouver sa trace...

- Et pendant ce temps, nous surveillerons l’entrée d’Asgard à tour de rôle. Ull ! Tu effectueras le premier tour de garde ! »

Mais personne ne répondit : Ull n’était plus là.

« Il est parti ? s’étonna Loki.

- Pourquoi il a disparu comme ça ? s’interrogea Rung.

- J’ai bien une idée... continua le guerrier loup. Peut-être que l’un des noms évoqués tout à l’heure ne lui était pas inconnu, et qu’il a l’intention de rencontrer cette personne...

- De qui s’agit-il à ton avis ? demanda Derbal.

- Ca je l’ignore. Mais une chose est certaine, c’est qu’Ull le trouvera où qu’il soit. »

***

A plusieurs kilomètres au sud d’Asgard était érigé le royaume de Muspelheim, ancien ennemi de la cité d’Odin.

A cette heure si tardive, aucun habitant n’était réveillé. Pourtant, une personne était dehors, écroulée au sol face à une petite maison totalement vétuste, dont l’un des murs était éventré. Ces dégâts étaient anciens.

Quiconque découvrant cet endroit n’y aurait vu qu’une bâtisse abandonnée et usée par le temps, mais pour l’homme qui se trouvait là, les yeux baignés de larmes, c’était le point de départ d’une terrible tragédie : celle de sa vie.

Mime était effondré là depuis des heures, sa lyre attachée à la taille, et même la tombée de la nuit ne l’avait pas fait bouger. Il avait été l’un des premiers à revenir à la vie, et sans même remettre son armure, il s’était élancé vers le lieu où tant de destins avaient été brisés. Arrivé à Muspelheim, il avait rapidement retrouvé la maison de sa prime jeunesse.

A présent, Mime en avait la certitude : il n’y avait eu ni bons ni méchants dans l’histoire de sa vie, justes des êtres qui avaient souffert. Deux frères liés par un amour invincible lui avaient ouvert les yeux : il ne devait pas en vouloir à Volkel d’avoir causé la mort de ses parents, il ne devait pas en vouloir à son père d’avoir risqué sa vie et celle de sa mère alors que Volkel ne souhaitait pas leur mort, mais surtout, et c’était là le plus difficile, il ne devait pas s’en vouloir d’avoir tué son père adoptif.

Toute sa vie, il garderait le souvenir de ses trois parents.

« Eh bien, que fait un guerrier comme toi à se lamenter ainsi ? » dit une voix sûre et agressive.

Mime se releva et clama :

« Qui est là ? »

L’homme s’approcha jusqu’à être visible et répondit :

« Je suis Ull, celui qui va prendre ta vie.

- Pour tuer, il faut en avoir la volonté et le pouvoir. J’ignore pourquoi tu as cette volonté, mais toi tu ignores que tu n’en as pas le pouvoir.

- Pff ! Le père comme le fils ont décidément la même arrogance ! répondit-il en dégainant son épée et en la tenant à deux mains au-dessus de son épaule.

- Mon père ? De quoi parles-tu ?

- Ton nom est Mime, n’est-ce pas ? Tu es ce garçon originaire de Muspelheim qui a été adopté par le guerrier Volkel ? Inutile de répondre : ces cheveux de feu et ces yeux de braise sont un témoignage assez parlant : tu es un Muspelien, de ceux que l’on surnomme le Peuple de Feu.

- Et alors ? C’est pour cette raison que tu en veux à ma vie ?

- A vrai dire, ça m’est complètement égal ! Mon seul désir est de me venger de Volkel, et puisqu’il n’est plus de ce monde, c’est toi, son fils adoptif, qui vas payer pour lui !

- Allons bon, répondit Mime avec dédain, une simple affaire de vengeance... Tes histoires ne m’intéressent pas. J’ignore pourquoi je suis revenu à la vie, et j’ignore même qui tu es, mais je ne suis plus un guerrier aujourd’hui, je suis juste un homme. »

Le guerrier d’Eta tourna le dos à Ull et s’éloigna de lui. Son instinct l’incita à sauter, évitant de peu le coup d’épée que venait de lui porter son agresseur.

Retombant doucement à terre, il se retourna, contrarié :

« Toi tu joues avec le feu !

- Jouer avec le feu est ma vocation ! Et je t’ai dit que tu paieras pour l’offense que Volkel m’a faite subir, d’autant que c’est pour toi qu’il avait agi de la sorte.

- Pour moi ?

- Exactement ! »

Voyant son interlocuteur intéressé, Ull brisa sa posture de combat et continua :

« Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis bien plus âgé que toi. Avant même que Volkel ne t’adopte, j’étais déjà un guerrier hors du commun malgré mon jeune âge. Je ne disposais pas encore de mon armure, mais j’étais destiné, de par ma naissance, à la revêtir un jour. Dans cette optique, je provoquais en duel les combattants les plus aguerris pour devenir toujours plus fort. Un jour, j’ai décidé de défier Volkel, le chef des gardes. On le disait invincible et impitoyable ; de plus, à l’époque une guerre faisait rage contre le royaume de Muspelheim, et c’était lui qui tenait les ennemis en échec. En tant que futur God Warrior, j’étais justement destiné à défendre le Front Sud d’Asgard contre le Peuple de Feu, aussi un duel contre Volkel s’imposait, je devais le vaincre pour prouver ma valeur ! Il a accepté de m’affronter. Malheureusement j’étais encore trop jeune, et j’ai été vaincu. »

Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre :

« Dès lors, je n’ai eu de cesse de m’entraîner encore plus durement, et après deux années, j’étais devenu invulnérable. J’ai défié Volkel à nouveau, mais ce dernier a refusé de combattre ! Je n’avais pensé qu’à ma revanche pendant deux ans, et ce lâche, cet être sans honneur ni fierté, se défilait face à moi ! Et sais-tu quelle raison a invoquée ce vieux fou ? Cet homme, dont la notoriété guerrière n’avait pas de frontière et qui ne vivait que pour le combat, prétexta qu’il n’était désormais plus un homme de bataille, mais un père, et qu’en tant que tel, il devait penser d’abord à son fils ! »

Et Ull partit d’un rire méprisant tant il trouvait ça risible.

Mime, quant à lui, bouillonnait intérieurement.

« Alors, reprit-il, sais-tu ce que j’ai fait ? Je l’ai frappé, encore et encore, jusqu’à ce qu’il se décide à combattre ! Mais il n’a pas esquissé le moindre geste, ni pour attaquer, ni pour se défendre. J’ai finalement abandonné ce combat à sens unique, sans doute par pitié. Quand j’y repense, je regrette de l’avoir laissé en vie, c’était un acte de faiblesse. J’aurais dû le tuer, et si aujourd’hui une telle situation se représentait, je n’aurais aucune hésitation à l’abattre, car je suis désormais sans failles ! »

Il pointa son interlocuteur de son épée :

« Voilà quel guerrier accompli je suis, et voilà quel lâche était ton père ! »

Le guerrier d’Eta se mit alors à rire doucement.

« Qu’est-ce qui t’amuse à ce point ? dit-il.

- Ce qui m’amuse, répondit Mime, c’est que tu viens de me servir sur un plateau une raison de te tuer, imbécile !

- Pardon ?

- Tu as bien compris ! Tu es une parfaite machine de combat, mais en dehors d’un champ de bataille, tu es un véritable idiot ! Et je vais te tuer. Non par vengeance, mais parce qu’un être comme toi est une insulte à l’ordre des Guerriers Divins ! En me parlant de mon père, tu as fait ressurgir les valeurs qu’il m’avait inculquées et que nous devons défendre. Durant ma précédente vie, mes combats étaient guidés par la haine, et peu m’importait le bien-être du peuple que j’étais censé défendre. Je ne referai pas la même erreur, et je prouverai à Odin que je suis digne de sa confiance.

- Pff ! Parmi tous les Guerriers Divins, tu es le seul à avoir fui Asgard sans te préoccuper du sort de la cité. Tu n’es pas en mesure de me faire la leçon sur notre rôle !

- Tu n’as pas tort, mais si j’ai des comptes à rendre, ce ne sera certainement pas à toi.

- Ca suffit ! cria Ull. Je ne te laisserai pas retarder davantage ce duel, et tu n’éviteras pas une seconde fois l’Epée Ardente ! Elle a été conçue pour combattre les flammes de Muspelheim, ce qui en fait l’arme toute désignée pour t’occire ! » dit-il en abattant sa lame. Une note de musique retentit, et l’onde trancha une silhouette qui se volatilisa.

Mime avait pris sa lyre en main, et avait créé cette illusion en grattant une corde. Il réapparut un peu plus loin, un bras tendu vers le ciel.

« Je vais à nouveau me vêtir de l’armure d’Eta, dit-il, puisque tu m’y obliges. »

Celle-ci apparut dans le ciel sombre, sous la forme d’une harpe rouge et brillante. Elle éclata en plusieurs parties qui vinrent recouvrir son porteur.

« A présent je suis prêt à me battre, Ull !

- Tant mieux, je ne voudrais pas d’une victoire facile ! »

***

Dans une chambre du Palais de Valhalla, Odin était couché dans un lit, veillé par quatre jeunes hommes inquiets. Ils étaient vêtus d’armures aux couleurs sombres et faisaient face à leur père mourant.

Un cinquième garçon entra dans la pièce, aussitôt hélé par ses frères :

« Balder !

- Toi aussi tu as repoussé l’ennemi ? lui demanda l’un d’eux.

- Bien sûr ! Grâce à nos pouvoirs et nos armures, rien ne peut nous résister. »

Les cinq frères se racontaient leurs exploits respectifs lorsqu’une voix faible et tremblante les coupa :

« Mes fils... »

Les princes s’approchèrent du lit et retirèrent leurs casques.

« Je suis fier de vous, reprit-il. Je sais que vous serez là pour protéger Asgard quand je ne serais plus. Mais ne prenez pas plaisir dans la guerre, ce serait une erreur. Si je vous lègue ma place, c’est pour permettre votre évolution et celle du peuple. Et peut-être qu’un jour, l’un d’entre vous deviendra mon égal. »

Le plus jeune des frères, les larmes aux yeux, prit la main du vieil homme :

« Père, je ne veux pas que tu meures !

- Ah Frey, tu es si sensible ! Tu dois me laisser partir, la mort n’est pour moi qu’une étape, et j’ai vécu bien plus de temps qu’un homme ne doit vivre. Et tu sais bien que mon esprit veillera sur vous, éternellement. »

Il retira sa main d’entre les paumes de son fils et ajouta :

« A présent, je laisse le territoire aux hommes. Qu’ils soient dignes de ma confiance, qu’ils soient dignes d’être des humains, tout simplement. Adieu, mes fils. Adieu. »

Serein, il ferma son unique oeil pour ne plus le rouvrir.

Ses cinq fils laissèrent couler leurs larmes.

Frey interrompit le silence de recueillement :

« Regardez, dans sa main ! »

Il s’approcha de son père et lui ouvrit les doigts : il y trouva un petit bout de papier replié, sur lequel étaient écrites ces quelques phrases :

« Cinq épées dans la couronne de cristal

« Et le royaume sera sauvé du mal

« Mais si une seule des armes manquait

« De notre époque le glas retentirait »

***

Derbal se réveilla brusquement. La première chose qu’il vit fut Alexei, qui était assis dans l’encadrement d’une fenêtre de la tourelle, le regard perdu au lointain. Le réveil de son chef détourna son attention :

« Tout va bien, maître ?

- Oui... oui Alexei, j’ai seulement fait un rêve étrange.

- Quel genre de rêve ?

- Peu importe. Loki et Ull sont-ils revenus ?

- Pas encore. »

Le prêtre guerrier se releva pour s’assoir sur un rebord en pierre. Il fixa Alexei :

« Je me posais une question au sujet des Blue Warriors : ne sont-ils pas cinq à l’origine ?

- C’est exact, vous êtes bien renseigné.

- Qu’est devenue la cinquième armure ? Aurait-elle été perdue ?

- Pas vraiment. C’est une longue histoire.

- Je t’en prie, dit-il en faisant un geste de la main.

- Il y a plusieurs générations, le peuple de Bluegrad prit conscience des dangers de son isolement : nous étions totalement ignorants de ce qu’il se passait sur le reste de la planète, et si une menace se manifestait, nous en serions informés au dernier moment. Alors il a été décidé que l’un des Blue Warriors serait affecté à une mission bien particulière : il deviendrait un pèlerin chargé de parcourir les continents afin de s’informer, de communiquer, et d’obtenir des alliés ; bref, afin que nous ne soyons plus seuls. »

Intrigué, Derbal intervint :

« Tu veux dire que l’un de vos protecteurs a été volontairement éloigné de votre pays ? C’est une stratégie plutôt discutable... Qu’est-il devenu aujourd’hui ?

- Je l’ignore. La dernière fois que j’ai vu le porteur de la cinquième Blue Robe, celle de l’Oiseau Bleu, je n’étais qu’un enfant. Cet homme était venu faire son rapport à mon père Piotr avant de repartir pour son pèlerinage.

- L’Oiseau Bleu ? Cette créature de légende dont, dit-on, les plus beaux joyaux et pierres précieuses jaillissaient de son bec ?

- Tout à fait, répondit Alexei, amusé, sauf que lui n’a jamais fait jaillir autre chose que de la glace, aussi belle que le diamant il est vrai.

- Et ce guerrier, tu ne l’as plus jamais revu ?

- Non. D’après les quelques informations que j’ai pu obtenir, il rendait des services au Sanctuaire d’Athéna, en échange de quoi il était autorisé à étudier la chevalerie de la déesse. Il semble à présent avoir disparu.

- Ce choix ne vous a donc mené qu’à perdre un de vos guerriers. N’était-ce pas dangereux ? Non seulement vous affaiblissiez votre défense, mais en plus vous n’aviez aucun contrôle sur lui : il pouvait apprendre du monde extérieur, mais il pouvait aussi dévoiler vos secrets.

- C’est possible, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de réfléchir à la question et je n’ai pas votre expérience. Cependant, j’ai toujours trouvé cette idée fascinante, aujourd’hui plus qu’autrefois.

- Fascinante ?

- Oui. Des hommes dont le rôle serait de relier les différentes sociétés humaines, à une époque où le monde est si vaste, si hétérogène. Je trouve le concept magnifique.

- Tu es jeune, Alexei, et bien que tu sois roi, tu es encore naïf. Mais lorsqu’on dirige un pays, il faut savoir laisser ses rêves d’enfant de côté, et ne penser qu’à ce qui peut faire avancer sa cause. Le pèlerinage de cet Oiseau Bleu n’était qu’un fantasme qui a prouvé son inefficacité.

- Peut-être, répondit Alexei, pensif. Peut-être, pourtant je continue de croire que l’isolement n’est pas une solution, et qu’un jour les royaumes du Grand Nord cesseront de vivre en autarcie. »

Derbal voulut répondre. Il aurait souhaité lui dire que c’était une idée stupide, une utopie, qu’on ne vivait bien que replié sur soi-même, mais il ne le put. Lui-même s’était laissé prendre à rêver, un instant, d’une autre façon de considérer le monde, d’une autre manière de diriger son peuple.

Il se coucha à nouveau, et se tournant contre le mur, il dit :

« J’ai encore besoin de dormir, Alexei, réveille-moi lorsque mon tour de garde sera venu.

- Bien, maître. »

Le prince de Bluegrad dirigea à nouveau son regard vers Asgard, la cité d’Odin.

***

L’Epée Ardente fendit l’air, mais Mime disparut pour réapparaître à la gauche de son ennemi. Le gardien du Front Sud regarda autour de lui : son adversaire apparaissait maintenant de tous les côtés tandis que la douce musique pénétrait peu à peu son esprit. Ull attaquait chaque image, mais sans succès. Une voix venant de toutes les directions le narguait :

« N’en as-tu pas assez de me chercher ? Laisse-moi t’indiquer ma position ! »

Mime leva une main en repliant ses doigts, et Ull fut frappé par une myriade de rayons blancs. Son corps fut emporté jusque contre un arbre qui se brisa sous l’impact.

Ull se releva difficilement.

« Je... je n’ai rien vu ! dit-il.

- Et ce n’est que le début ! » répondit le musicien en projetant à nouveau ses rayons destructeurs.

Le guerrier à l’épée ne parvint pas plus à esquiver que la première fois, et fut repoussé sur plusieurs mètres. Il se retint de tomber en s’appuyant sur son épée. Bien que blessé et reprenant difficilement son souffle, il leva son arme, décidé à poursuivre le combat.

« Halte ! » cria un homme.

Les deux adversaires se tournèrent vers le nouvel arrivant. C’était un jeune guerrier aux cheveux blond-roux courts qui tenait d’une main une lance de métal et de l’autre un large bouclier.

« Je me nomme Funfeng, dit-il, et je suis chargé de la défense de Muspelheim. D’après vos armures, je dirais que vous êtes des Guerriers Divins. Que faites-vous à vous combattre ici en pleine nuit ?

- Va jouer la police ailleurs ! lui répondit Ull en se détournant de lui.

- Ne soyez pas irrespectueux, Guerrier Divin ! Vous êtes sur notre territoire, et je ne veux pas que votre affrontement mette en danger les habitants du pays !

- Tu es sourd ? Dégage d’ici avant que je ne m’énerve ! »

Funfeng ne sut que répondre face à tant d’hostilité. Mime intervint :

« Funfeng. S’il-te-plaît, laisse-nous finir ce combat. Je te jure sur mon honneur de Guerrier Divin et de Muspelien que personne ne sera blessé. »

Le jeune guerrier prit conscience qu’il avait là un concitoyen, mais hésita à partir. Ull reprit avec violence :

« Tu es encore là ? Tu l’auras cherché ! »

Il porta un coup d’épée vers le gardien des lieux, dont la lance se brisa sur le coup. Funfeng avait esquivé de justesse en roulant sur le côté.

« Espèce d’ordure ! » cria-t-il en se relevant.

Il fit jaillir de sa main une flamme qui fondit droit sur Ull. Celui-ci se contenta de frapper avec son épée : le feu se sépara en deux, et l’onde tranchante atteignit le Muspelien, dont le bouclier fut brisé à son tour. Mime avait sauté pour écarter son compatriote, sans quoi il aurait été découpé lui aussi.

Ull rigolait de la situation :

« Vous faites la paire tous les deux ! Quant à toi, dit-il en pointant du doigt Funfeng, apprends que je porte l’armure qui fut conçue autrefois pour combattre le peuple de Muspelheim, ce n’est pas ton petit feu de camp qui pourra m’inquiéter !

- Tu n’es qu’un fou ! cracha Mime. Si je n’étais pas intervenu, ce guerrier était mort ! Tu vois donc des ennemis partout ?

- Ce minable, un ennemi ? Non, juste un petit prétentieux qui a voulu jouer dans la cour des grands ! Il n’avait pas à interrompre notre combat et n’a eu que ce qu’il méritait ! »

Le guerrier à la lyre était furieux. Funfeng se releva.

« Merci de m’avoir sauvé la vie, lui dit-il.

- Je t’avais promis qu’aucun Muspelien ne serait blessé, n’est-ce pas ? Mais cet homme a raison sur un point : tu n’es pas de taille. Laisse-moi lui régler son sort, c’est de toute façon une affaire personnelle.

- Très bien. » répondit le jeune homme, sans insister. Il s’éloigna, tandis que Mime reprit sa musique ensorcelante.

Cet intermède avait permis à Ull de reprendre son souffle. Sans crier gare, il porta un coup d’épée en visant une silhouette un peu éloignée des autres.

« Cette fois, je sais où tu es ! »

La lame ardente déchira l’air et fendit le sol en un énorme rayon tranchant, mais la cible n’était qu’une illusion de plus.

« C’était ton dernier essai ! Adieu ! »

Toutes les silhouettes de Mime projetèrent leurs rayons foudroyants en même temps. Le corps d’Ull s’envola dans une avalanche d’explosions et retomba très loin, son armure fissurée.

Ull se remit debout. Il était couvert de sang et blessé en plusieurs endroits, mais il n’abandonnait pas.

Pointant son épée vers le ciel, il dit :

« J’ai compris qu’il était inutile d’espérer te retrouver parmi tous tes doubles, mais il existe une autre solution... Firework Sword Attack ! »

De l’extrémité de son épée jaillit dans un sifflement une multitude de rayons jaunes qui retombaient tout autour de lui comme les jets d’un volcan, atteignant chaque silhouette, qui s’effaçaient alors une à une, jusqu’au moment où l’une d’elles ne disparut pas : Mime avait partiellement esquivé le coup, mais son épaule avait été sérieusement touchée.

« Cette fois je te tiens ! » s’écria Ull en se lançant vers sa proie. Mime lui répondit :

« Tu es parvenu à percer mes illusions en les attaquant toutes simultanément, mais rien ne te sauvera de ma mélodie fatale ! Stringer Requiem ! »

Les cordes de sa lyre jaillirent comme animées d’une vie propre et s’emparèrent d’Ull au beau milieu de son assaut.

« Argh, qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria le descendant d’Odin.

- Guerrier divin, dès que la mélodie sera terminée, ta vie s’achèvera.

- Je n’ai pas dit mon dernier mot ! » s’écria-t-il en refermant sa main avec plus de force sur la poigne de son épée. Mais l’étreinte des fils se resserra, et il lâcha son arme qui heurta bruyamment le sol.

« Tu es totalement à ma merci, Ull. Si tu acceptes d’abandonner le combat, je suis prêt à te laisser vivre. Je suis un Guerrier Divin, pas un bourreau.

- Je n’ai que faire de tes considérations, et que tu le veuilles ou non, tu n’es pas un vrai Guerrier Divin ! Tu n’as jamais été un défenseur d’Asgard, pas plus que ton père ! »

Mais sa phrase se termina par un cri : le requiem venait de s’achever. Un flux d’énergie partit des cordes de la lyre pour traverser le corps d’Ull, qui fut secoué d’une violente convulsion. Son armure explosa, et il s’écroula en expirant son dernier souffle.

« Tu as raison, il était inutile de poursuivre ce supplice plus longtemps. Mon attaque aurait dû mettre ton corps en pièces, mais je ne voulais pas souiller cet endroit. »

Regardant le cadavre encore fumant, Mime dit à haute voix :

« Sors de ta cachette, Funfeng ! »

Le jeune homme, qui s’était réfugié derrière une maison, avança de quelques pas. Le guerrier d’Eta poursuivit :

« Tu as encore des progrès à faire si tu veux passer inaperçu d’un Guerrier Divin. Qu’est-ce que tu fais encore là alors que je t’avais demandé de partir ? Tu n’avais pas confiance en moi ?

- Oh non, pardonnez-moi de vous avoir laissé penser cela. Mais comme vous l’avez dit, j’ai encore des progrès à faire. La manière dont cet homme m’a vaincu tout à l’heure m’a prouvé que je n’étais pas assez fort pour défendre mon pays.

- Ne sois pas si pessimiste. Tu es encore jeune, et je suis persuadé que tu deviendras aussi fort que moi plus tard. Il faut juste que tu n’oublies jamais pour quoi tu te bats.

- Je vous remercie de votre conseil. Mais... votre blessure semble grave. Laissez-moi la panser.

- Ca ira ! répondit Mime en se dégageant. Il en faudra plus pour m’inquiéter. »

Funfeng recula d’un pas. Le regard dirigé vers le sol, il reprit :

« Vous m’avez sauvé la vie et c’est grâce à vous s’il n’y a pas eu de ravages ici.

- Je n’ai fait que mon devoir : en tant que Guerrier Divin, je me dois de défendre Asgard et tous ses alliés, dont Muspelheim.

- Vous avez raison, la paix entre les deux royaumes est encore récente, mais nous devons apprendre à raisonner plus souvent en tant que compatriotes. C’est pourquoi j’aimerais vous aider en soignant votre blessure.

- Très bien, céda Mime. Mais après, je souhaiterais rester ici seul encore un moment. »

***

A quelques kilomètres au sud-est d’Asgard, la forêt de Glasbr, constituée d’énormes frênes centenaires, subissait, imperturbable la tempête naissante.

Siegfried, parti faire son tour de recherche, était immobile au milieu des arbres, regardant la lumière de la lune à travers les feuilles.

« Siegfried ? le héla une voix familière. Que fais-tu là ?

- Albérich ? dit-il en sortant de sa torpeur. Et toi donc ?

- Ne sois pas tant sur la défensive... Je suppose que tu t’interroges sur le sens de notre résurrection ?

- En effet, tout ceci est tellement incompréhensible ! De plus, tout à l’heure, je me suis senti attiré vers cet endroit, sans savoir pourquoi.

- Hum... La Forêt de Glasbr, ce n’est pas très étonnant. On l’appelle aussi la Forêt de l’Oubli.

- La Forêt de l’Oubli ?

- Oui, les Asgardiens s’y rendent lorsqu’ils n’ont pas le moral. Cet endroit est réputé pour faire disparaître leurs soucis du moment.

- C’est amusant. D’où sort cette légende ?

- Ce n’est pas une légende. Les arbres que tu vois autour de nous sont des frênes jaunes. C’est une espèce très rare, et leur survie dans ce milieu est tout aussi extraordinaire. Ils sont un miracle à eux seuls.

- Ils sont magnifiques, confirma-t-il, contemplatif.

- Oui, mais leur particularité réside dans l’effet produit par le pollen de leurs fleurs, qui entraîne une légère perte des souvenirs les plus récents. Cet effet reste minime, toutefois, des mages d’Asgard furent capables par le passé d’accroître les facultés de ces arbres. »

L’air pensif, le guerrier d’Alpha reprit :

« Quand je regarde la lumière de la lune nous parvenir à travers les feuillages de ces grands frênes agités par le vent, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu une situation similaire à Asgard, comme les réminiscences d’un souvenir oublié.

- Ou effacé. »

Siegfried se retourna brusquement vers Albérich :

« Tu penses que c’est ce qu’il s’est passé ? Que Derbal et ses hommes ont bel et bien été les protecteurs d’Asgard avant nous, mais que notre mémoire n’en aurait plus de traces ? Quel sens ça aurait-il ?

- Peut-être... peut-être est-ce la volonté d’Odin. Peut-être voulait-il effacer à jamais une période noire de notre histoire.

- Tu crois que nos prédécesseurs, s’ils le sont bien, auraient commis un acte si honteux que notre seigneur lui-même aurait choisi de nous le faire oublier ?

- Les voies d’Odin Gangleri sont impénétrables. En tout cas, cette théorie n’explique pas pourquoi nous sommes tous revenus à la vie aujourd’hui. »

Cette dernière phrase replongea Siegfried dans une intense réflexion. Après un silence qui parut une éternité, il reprit :

« Dis-moi, Albérich. Je voudrais savoir si tu... Enfin, est-ce que...

- Laisse-moi deviner : tu as un service à me demander, mais tu hésites encore à me faire confiance, n’est-ce pas ?

- Mmm... oublie ça.

- Une minute, je n’ai pas l’intention de m’amuser avec toi, tu as ta fierté et c’est normal. Alors je t’écoute, et je te promets de t’aider, si c’est dans l’intérêt d’Asgard bien sûr. »

Siegfried se décida à parler :

« Face à la situation actuelle, j’avais pensé que certaines personnes auraient pu nous aider à y voir plus clair, des personnes qui sont réputées pour maîtriser certaines formes de magie, et qui sont les alliées d’Asgard depuis bien longtemps. Mais les relations entre nos deux pays restent tout de même délicates.

- Tu penses à Svartalfaheim ?

- Tu as deviné. J’ai entendu dire que l’un de tes ancêtres avait noué des relations avec les Svartalfiens, ce qui est assez rare.

- Et tu voudrais que j’aille me renseigner auprès d’eux ? Ce n’est pas une mauvaise idée...

- Tu es d’accord ?

- Je n’ai personnellement jamais eu de contact avec eux, alors je ne sais pas si ça donnera des résultats. »

Il dévisagea Siegfried, puis fit un pas vers lui :

« J’accepte, en espérant que tu cesseras de te méfier ainsi de moi. »

Il partit sur-le-champ.

Le guerrier d’Alpha, se retrouvant seul, dit alors pour lui-même :

« Tu as raison, Albérich, je ne te fais pas confiance. Mais merci pour ce que tu vas faire. »

***

A proximité de la route menant à Asgard, juste en face d’une cascade gelée à moitié détruite, deux jeunes enfants marchaient en direction de la cité.

« Dépêche-toi, Hjuki, les vents commencent à se déchaîner ! Nous devons retourner en ville avant d’être au milieu d’une tempête ! »

C’était une jeune fille qui portait un gros manteau usé et un bonnet laissant dépasser ses cheveux châtains.

« Oui oui grande soeur, j’arrive ! »

Le petit frère avait les mêmes cheveux que son aînée. Il était emmitouflé dans plusieurs couches de vêtements d’hiver en triste état, et tentait de suivre tant bien que mal le rythme de marche de sa soeur.

Il s’arrêta soudain, son attention portée vers le pied de la cascade.

« Bil ! Attend ! cria-t-il. J’ai vu quelque chose là-bas ! »

La jeune fille s’arrêta, contrariée.

« Hjuki, non ! C’est dangereux ! »

Mais le garçon s’était déjà éloigné. Elle le rejoignit et constata qu’une forme se détachait effectivement de la neige. Elle eut un geste d’effroi en réalisant :

« Mais, c’est un homme !

- Tu vois, j’ai pas inventé ! Tu dis toujours que j’invente ! »

Le corps était à moitié recouvert de glace. Il était revêtu d’une armure bleu marine dont le masque couvrait le visage de l’homme sous des yeux semblables à ceux d’un loup.

Son frère commençait déjà à creuser la glace pour dégager l’homme.

« Grande soeur, aide-moi ! Il faut le sortir d’ici ! »

Reprenant ses esprits, elle s’affaira à son tour à la tâche. Après avoir retiré toute la glace qui recouvrait cet homme, ils tentèrent de lui parler. Hjuki lui adressa la parole tout en lui remuant les épaules :

« Monsieur, ouh ouh, Monsieur ! Vous êtes réveillé ? »

Mais il ne répondait pas. Bil attira son frère vers elle :

« Laisse, Hjuki, il est mort, on ne peut rien pour lui.

- Quoi ? Mais non, il dort seulement. Regarde l’armure qu’il porte, je suis sûr que c’est un Guerrier Divin, et les Guerriers Divins, ça meurt pas comme ça ! »

Il continuait à agiter le corps inanimé, tandis que sa soeur se retourna. Elle s’immobilisa dans l’instant, et chuchota :

« Hjuki, regarde ! »

Son frère fut à son tour paralysé par la frayeur : ils étaient entourés par une meute de loups.

« Grande soeur, ils... ils vont nous attaquer ? » dit-il en s’accrochant à la taille de son aînée.

Celle-ci avait déjà ramassé une pierre, prête à la jeter sur le premier qui s’approcherait.

« Ils ne vous feront rien, les loups ne s’attaquent pas aux hommes. » fit une voix qui venait de derrière eux.

L’homme était vivant, et il s’était relevé.

« Vous... vous êtes réveillé ? » lui dit Bil, peu rassurée par cet inconnu au masque si effrayant et dont les mains étaient armées de griffes de métal. Ignorant la question, il plaça deux doigts dans sa bouche pour siffler, et les loups lui répondirent en hurlant à la mort, achevant d’apeurer la fille.

« Ging ! Où es-tu ? dit alors le guerrier. Et tous les autres ? Pourquoi êtes-vous si peu nombreux? »

Hjuki, quant à lui, était piqué par la curiosité :

« Monsieur, vous êtes bien un Guerrier Divin ? C’est tellement rare d’en voir ! »

Sa soeur lui mit la main sur la bouche :

« Pardonnez-le, Monsieur, il est encore jeune et très curieux ! »

Mais le maître des loups ne semblait pas les entendre. Il se mit à pleurer.

« Ging ! Non ! Pourquoi suis-je revenu à la vie et pas toi ? Odin, pourquoi ? »

Le frère et la soeur comprenaient de moins en moins la situation. Bil en profita pour s’éloigner avec son frère :

« Encore pardon Monsieur, nous vous laissons tranquille. »

Tenant son frère par la main, elle courut en direction d’Asgard.

« Petite... »

Ce simple mot prononcé par le guerrier la fit sursauter. Paralysée par la peur, elle répondit :

« Oui ?

- Merci à vous de m’avoir sorti de là. »

Surprise, elle se retourna pour le voir à nouveau : son masque s’était relevé, découvrant un visage qui n’avait rien de démoniaque. Il ne devait avoir que quelques années de plus qu’elle, et il était même très beau. Cette pensée la fit rougir, alors elle tourna brusquement la tête, se retrouvant nez à nez avec son frère, qui regardait la scène sans comprendre.

« Comment vous appelez-vous, continua l’homme.

- Moi je m’appelle Hjuki, répondit le petit garçon, et elle c’est ma soeur, Bil. Et vous ?

- Je m’appelle Fenrir, et pour répondre à ta première question, oui je suis bien un Guerrier Divin. Mais vous devriez partir d’ici, cet endroit risque de devenir dangereux pour vous, dit-il en regardant au loin.

- Oh vous savez, ma soeur et moi on a jamais eu de parents, on a appris à se débrouiller tous seuls, répondit Hjuki l’air fiérot. Alors vous faites pas de soucis pour nous !

- Bon ! On y va ! » l’interrompit Bil. Tirant son frère par le bras, tous deux disparurent sur la route menant à Asgard.

Quelques minutes après, l’homme dont Fenrir avait perçu la présence fit son apparition.

« Bonsoir, tu dois être Fenrir, n’est-ce pas ? Je savais que j’arriverais à toi en suivant tes loups. Je me présente : Loki, guerrier divin d’Asgard, tout comme toi.

- D’où me connais-tu ?

- En fait, je ne te connais que de réputation. Tu l’ignores sans doute, mais les gens parlent de toi comme du Sasquatch ou du Monstre du Loch Ness, tu es une légende à Asgard !

- Je me fous de ce que pensent les gens. Que me veux-tu ?

- Hé hé ! J’aime ta façon franche et sans mesure de parler ! Tu as raison, il est inutile de s’encombrer de formules et de précautions, les humains étant très forts pour mentir par les mots ! »

Fenrir ne répondit rien.

« Si je suis venu jusqu’à toi, continua son interlocuteur, c’est pour une raison très simple : tous les Guerriers Divins ont été ressuscités, et ce que nous ignorions, c’est qu’il y en a deux ordres : je fais partie des cinq Gardiens des Fronts, tandis que tu appartiens aux Sept Représentants de la Grande Ourse. Tu ne comprends sans doute pas comment c’est possible, mais c’est pareil pour nous tous. Quoiqu’il en soit, Odin a sans doute une raison très précise d’avoir ramené ses combattants à la vie.

- Cela ne m’intéresse pas, le coupa Fenrir. Je n’ai aucune envie de défendre Asgard ou qui que ce soit.

- Tu ne m’as pas compris, Fenrir, je n’ai pas non plus l’intention de jouer les protecteurs. Pour être honnête, mon objectif a toujours été de conquérir le monde, et crois-moi nous en avons les moyens. Un allié tel que toi serait essentiel pour notre réussite. Tu symbolises la revanche de la nature face à l’homme. Tu hais l’humanité ? Comme je te comprends ! Les animaux se dévorent entre eux, mais ils ne prétendent pas ressentir de l’amour, de l’amitié ou de la compassion en accomplissant leurs actes. L’homme en revanche tue pour le plaisir ou pour la gloire, il tue même sans s’en apercevoir, tant toute vie autre que la sienne est insignifiante à ses yeux. Je vis parmi eux, mais je suis écoeuré de leurs masques hypocrites. Et je sais que tu ressens la même chose, je l’ai su dès que je t’ai vu ! »

Loki se rapprocha avant de continuer :

« Si tu décides de nous suivre et de te ranger du côté de Derbal, notre maître, tu constitueras notre première ligne de front pour tuer nos ennemis.

- Quels ennemis ?

- Peu importe ! Nous tuerons tous ceux qui seront sur notre chemin ! Hommes, femmes, enfants, vieillards, aucun ne méritera de survivre ! Quel sentiment de puissance et d’allégresse je ressens dans ces moments-là ! Le sang qui coule le long de mes mains, la carcasse de mon ennemi qui gît à terre, le râle de l’homme qui succombe ! Toutes ces sensations dont seuls les chasseurs comme toi et moi peuvent comprendre le plaisir ! Alors, Fenrir, que décide-tu ? demanda Loki avec un sourire carnassier.

- Pourquoi te suivrais-je toi plutôt que ceux de mon clan ?

- Pff ! J’ai rencontré ceux de ton "clan", et notamment Siegfried, ce beau parleur misanthrope ! Il prétend être le représentant de la justice, mais ne combattra jamais que pour sa propre gloire ! Crois-tu qu’un chasseur tel que toi y trouvera son compte en le suivant ? »

Fenrir regarda ses loups. Il repensa à Ging, son meilleur ami, qui n’avait pas eu le droit de revenir à la vie. Il sentit son désir du sang se raviver, alors il répondit :

« Après tout, pourquoi pas... »

Loki se tourna pour se rendre au repère. Fenrir le suivit à pas de loup.

***

Albérich avait franchi le col séparant les pics de Tindterne et Trold jusqu’à pénétrer dans une grotte sombre. Suivant un étroit couloir souterrain sur plus de cinq cents mètres, il déboucha dans une caverne plus large, aux tréfonds de la Terre.

« Enfin, Svartalfaheim ! » lança Albérich en guise d’entrée. Mais il changea rapidement d’attitude en ne découvrant que des décombres à perte de vue.

Ce royaume était réputé pour être un immense réseau de tunnels dont les parois étaient couvertes de cristaux aux mille couleurs, mais aujourd’hui il n’y avait plus que des murs et des plafonds écroulés, la plupart des couloirs n’étaient même plus praticables.

« Je suppose que les responsables de ces ravages ne voulaient pas laisser la moindre trace de leur passage, dit-il, mais c’était compter sans le pouvoir des Svartalfiens, leur science dépasse la mort. »

Il ramassa un morceau de cristal brisé, et le tenant entre les deux mains, il ferma les yeux et se concentra. Ses paupières clignèrent de plus en plus vite, puis s’immobilisèrent.

« Nous y voilà... »

Grâce à sa maîtrise de la "mémoire du cristal", apprise grâce aux chroniques de son ancêtre Albérich le XIIIe, il voyait tout ce qu’il s’était produit dans ce lieu. Il ne parvenait pas à savoir quand se déroulait la scène, mais il l’observait comme s’il y était.

De nombreux habitants étaient réunis dans l’une des plus grandes cavernes de Svartalfaheim pour un conseil d’état, lorsqu’ils furent interrompus par une gigantesque explosion qui retentit en des échos interminables. Tous constatèrent un phénomène qu’ils n’auraient jamais cru voir sous terre : des rayons du soleil éclairaient la caverne ! L’explosion avait ouvert une brèche si grande qu’elle reliait le fond souterrain à la surface.

Un homme entra par cette faille. Il était revêtu d’une armure cuivrée particulièrement hétérogène, comme si chaque pièce provenait d’une protection différente : sur ses genoux apparaissaient des pattes d’ours, sur ses coudes des griffes d’aigle, et sur son dos des ailes de chauve-souris. Sa main droite était armée d’un pic semblable au dard d’une abeille, et sa main gauche était décorée d’une tête de serpent. Enfin, son casque évoquait la tête d’un loup. Six bêtes réunies en un seul corps.

En arrivant au milieu du peuple souterrain, il clama :

« Je suis Io de Scylla, Général du tout-puissant dieu Poséidon. L’empereur m’envoie récupérer un objet. Je suis sûr que vous savez de quoi je parle... »

Albérich comprit immédiatement de quoi il s’agissait, mais aucun Svartalfien ne répondit. Des soldats arrivèrent en masse.

« Quitte immédiatement les lieux si tu ne veux pas goûter aux terribles armes qui font la réputation de Svartalfaheim ! » cria l’un d’eux. Mais Io fit un geste de la main, et le beau parleur fut projeté sur un mur, y laissant la vie.

« Ne m’obligez pas à me répéter : où est-il ? »

Les civils comme les soldats furent saisis de terreur et s’enfuirent dans tous les sens. Le Général étendit les bras en criant « Vampire Inhale ! », faisant apparaître une multitude de chauve-souris dans la grotte qui s’attaquèrent aux fuyards, n’en laissant pas un s’échapper.

« Que personne ne bouge ! cria-t-il. Celui qui désobéira sera vidé de tout son sang par mes créatures ! »

La foule s’immobilisa. Io s’approcha de l’un des membres du conseil qui présidait quelques instants auparavant, un homme âgé aux cheveux blancs.

« Toi, je suis sûr que tu vas pouvoir me répondre. »

Le Général fit un geste de la main, et l’homme sentit que l’emprise qui lui lacérait le cou se relâcher. Il reprit sa respiration et répondit :

« Je ne sais pas de quoi vous parl...

- Queen Bees Stinger. »

Le vieil homme n’avait pas fini de formuler sa phrase que le Mariner sauta sur un soldat pour lui transpercer la poitrine de son poing.

Il retira sa main, et le garde s’écroula dans son sang. Le haut dignitaire était pétrifié.

« A chaque mauvaise réponse, ajouta Io, je tuerai l’un de tes sujets. La prochaine fois, ça pourra très bien être une femme ou un enfant, alors sois sûr de toi avant de répondre.

- Vous... vous voulez parler de l’Anneau des Nibelungen ? bégaya-t-il.

- Eh bien voilà ! On se comprend ! » répondit le guerrier de Poséidon, enjoué. Puis sur un ton plus rude :

« Où est-il ? »

A la terreur de mourir venait s’ajouter pour le vieil homme la peur de trahir le plus grand secret de son peuple.

L’Anneau des Nibelungen était l’un des trésors les plus anciens du royaume. Il était le produit le plus abouti de la magie des Svartalfiens, experts dans l’art de contrôler les consciences. On dit que les armes de leurs soldats étaient ensorcelées, et que si un ennemi tentait de s’en emparer, une envie presque irrépressible le prenait de se tuer lui-même avec cette arme. Mais l’anneau maudit disposait d’un pouvoir de contrôle bien supérieur : il accordait à son porteur une puissance surhumaine, développant par là même ses instincts les plus vils, si bien que ce dernier en venait à se retourner contre les siens.

Autrefois, Svartalfaheim livrait une bataille acharnée contre le royaume d’Alfaheim afin d’obtenir la suprématie du monde magique. De part et d’autre, les forces étaient égales, chaque pays disposant d’une magie puissante. Aussi le royaume souterrain envoya l’Anneau des Nibelungen à son ennemi. En peu de temps, les Alfiens en vinrent à se battre les uns contre les autres, jusqu’à ce que tout soit détruit. Ainsi disparut l’un des neuf royaumes du Grand Nord, et ainsi naquit la triste réputation de l’anneau maudit.

C’est pourquoi Svartalfaheim cachait l’anneau depuis si longtemps, et le vieil homme ne voulait pas être celui qui trahirait le secret. Il se jeta sur l’épée d’un garde et en porta la pointe contre sa gorge, mais tout son corps s’immobilisa, comme si un serpent géant s’était enroulé autour de lui.

« Serpent Strangler ! » dit Io.

Il fit un pas en avant et continua :

« Tu me déçois, vieillard, j’avais pourtant été clair. »

Il se tourna vers un petit garçon qui s’était recroquevillé dans un coin et esquissa le geste de le frapper.

« Arrêtez ! l’interrompit le dignitaire. Je vous emmène tout de suite auprès de l’Anneau maudit ! Je vous le promets ! »

Io arrêta son coup. Le vieillard se dirigea vers l’une des sorties, invitant l’envahisseur à le suivre. Le Mariner se baissa vers le garçon recroquevillé et le saisit par le poignet.

« Je me permets de prendre une petite précaution, dit-il en s’adressant au vieil homme, au cas où tu t’aviserais à m’attirer dans un piège... »

Le dignitaire s’immobilisa, transpirant à grosses gouttes, puis il reprit sa marche et s’engouffra dans le tunnel, suivi du guerrier et de son otage.

Après avoir traversé de nombreux couloirs et cavernes, ils arrivèrent à un cul-de-sac. Le Svartalfien plaça une main sur une paroi et prononça une phrase dans un langage inconnu de Io. Le mur se souleva, dévoilant la présence d’une petite pièce aux cloisons couvertes d’un cristal rouge aux reflets noirs. Au fond se trouvait un piédestal sur lequel était déposé l’Anneau des Nibelungen.

Le Général de Scylla pénétra dans la salle du trésor en lâchant son otage. Il prit le petit anneau doré entre ses doigts.

« Pas de doute, c’est bien lui ! dit-il. Je ressens son pouvoir ! Maître Poséidon va être fier de moi ! »

Tout à sa victoire, Io n’eut pas le temps de réagir lorsque le mur se rabaissa violemment pour l’enfermer : le dignitaire Svartalfien venait de réactiver la fermeture de la porte.

Rassuré que l’ennemi se soit fait prendre, le vieil homme s’emporta :

« Adieu, messager du tyran des mers ! Cette pièce est faite d’un cristal indestructible, te voilà condamné à mourir avec l’objet dont tu désirais tant t’emparer ! »

Il se figea, remarquant que le mur ne s’était pas complètement refermé : le Mariner avait eu le temps de glisser une main en dessous. La lourde porte se souleva jusqu’à découvrir le guerrier de Scylla.

« Vieux fou ! Je me doutais bien que cet endroit était un piège ! »

Il fit un pas en avant et lâcha le mur, qui retomba avec fracas au sol. Tenant dans la main le trésor maudit, il s’approcha du dignitaire et lui dit :

« Au fait, mon maître m’a donné une consigne en m’envoyant ici : il m’a dit "Pas de témoins" ».

Le sang du vieillard se glaça en comprenant qu’ils allaient tous mourir.

Des soldats qui les avaient suivis jusqu’ici s’élancèrent contre l’oppresseur.

« Big Tornado ! »

Une tempête comme jamais personne n’aurait cru en voir un jour sous terre emporta les hommes et détruisit les grottes.

Après que le Mariner ait fini son oeuvre de destruction, il ne restait plus rien de Svartalfaheim.

Albérich rouvrit les yeux violemment.

« Bon sang ! Tant de morts en si peu de temps ! Ainsi, Poséidon ne s’était pas attaqué seulement à Asgard... Qui sait quels autres royaumes et quels autres peuples il a encore détruits ? »

Il regarda autour de lui. Il ne restait vraiment rien. Il jeta le cristal et se releva.

« Ce n’est pas ici que j’obtiendrai la moindre information sur la situation actuelle d’Asgard. »

Juste avant de sortir, il ressentit une présence. Non, c’était à peine une étincelle de vie, si faible qu’il doutait qu’il s’agisse d’un être humain, mais c’était suffisant pour piquer sa curiosité.

Et s’il y avait un survivant ?

Le guerrier de Delta se lança dans une recherche effrénée. Il parcourut les couloirs encore praticables et dégagea les autres. Son périple le mena dans une pièce ovale à moitié effondrée. Il repoussa les masses de pierre et de cristal qui lui obstruaient le chemin jusqu’à atteindre le fond de la pièce : une jeune femme était prisonnière d’un large bloc de cristal vert, comme un fossile piégé dans la pierre.

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