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Cette fiche vous est proposée par : Vincent, sans pseudo


Les Royaumes du Grand Nord

Asgard, il y a de cela plusieurs millénaires.

A l’est de la cité légendaire, une armée entière approchait avec les intentions les plus hostiles : deux mille soldats tous vêtus de noir, dont seul le symbole rouge en forme de serpent décorant les casques rompait avec la couleur du sinistre défilé. Leurs armes faites d’un métal sombre - lances, épées et couteaux aux lames ondulées - accompagnaient leur avancée de bruyants cliquetis.

Les guerriers n’étaient pas encore arrivés à trois kilomètres de la ville que leur avancée fut interrompue : un homme seul se tenait en travers de la route, et là où quiconque aurait fui, lui semblait les attendre.

Assis sur un rocher qui dépassait du sol, il était couvert d’une tunique beige qui cachait tout son corps à l’exception de sa tête. Il avait un visage jeune, des yeux bleu foncé et des cheveux courts couleur de cendre.

Voyant approcher l’armée, l’homme se leva, tandis que plusieurs soldats, sur l’ordre du chef de bataillon, l’encerclaient et le menaçaient de leurs armes. Du haut de son cheval, le général héla l’inconnu :

« Un seul geste de ma part et mes hommes t’ôtent la vie, alors dis-moi sans détours qui tu es et pourquoi tu es ici !

- Qui je suis ? répondit le jeune homme sans aucune marque d’inquiétude. Mais ce n’est pas un secret : je suis Balder, fils d’Odin.

- Balder ? Que fais l’un des princes d’Asgard sur un champ de bataille ? Tu souhaites peut-être négocier un armistice avec le royaume de Helheim ? Si c’est le cas, laisse-moi t’apprendre que c’est trop tard !

- Vous vous méprenez sur mes intentions, si je suis là c’est uniquement pour défendre Asgard.

- Tu ne sembles pas saisir la situation ! reprit le général. Même si tous les soldats de ton armée étaient cachés aux environs, prêts à nous repousser, cela ne sauverait pas Asgard de vos autres ennemis. »

Voyant que Balder ne réagissait pas, il enchaîna :

« Tu commences à comprendre ? Les cinq royaumes qui entourent la cité d’Odin et qui lui livrent bataille depuis si longtemps ont décidé de s’associer pour porter une offensive générale et décisive ! En ce moment même, les armées des quatre autres royaumes de l’Alliance attaquent la ville sur tous les fronts ! Vous êtes perdus ! » conclut-il avant de partir d’un grand rire.

Mais il fut interrompu par l’Asgardien :

« Ne te préoccupe donc pas des autres armées, mes frères sont chargés de les repousser. Tu devrais plutôt t’inquiéter de ton propre sort. »

L’exultation du général laissa place à de l’agacement :

« Tu m’ennuies, jeune ignorant ! Tu nous as fait perdre plusieurs minutes, et c’est déjà trop. Soldats, abattez-le ! » cria-t-il à l’attention des hommes qui encerclaient Balder.

Plusieurs lances transpercèrent le manteau qui recouvrait le fils d’Odin, mais lui n’était plus dedans : il avait bondi de plusieurs mètres, et dévoilait désormais l’armure très particulière qui le recouvrait.

Celle-ci ne ressemblait en rien aux cuirasses grossières et encombrantes que portaient tous les guerriers de l’époque, elle était au contraire fine et légère, et protégeait presque toute la surface de son corps sauf la tête. Violet sombre, elle se caractérisait par un col large et ouvert et une ceinture bleu nuit arborant les symboles d’Asgard. Elle était accompagnée d’une longue cape rouge à intérieur bleu, et sur sa hanche gauche pendait une épée dont la garde était décorée d’un visage stylisé à l’expression inquiétante.

« Je vous repousserai seul, car même si vous êtes des milliers, vous n’aurez aucune chance tant que je porterai cette Robe Divine !

- Tu es ridicule ! » lui répondit le chef de troupe avant de lancer à nouveaux ses hommes contre lui.

Ce fut comme si les deux milles barbares se jetaient vers lui, mais Balder resta à sa place. Il écarta les bras et prononça juste deux mots, à peine audibles pour l’assemblée :

« Odin Shield ! »

Une lumière jaillit de son corps, puis, l’instant d’après, les soldats n’étaient plus là : une armée entière venait de disparaître.

Le général, seul rescapé de ce phénomène surnaturel, n’avait rien vu ni rien compris. Il était genoux et mains à terre, immobile, l’air hébété :

« Que... que s’est-il passé ?

- Ecoute-moi bien ! lui dit sèchement Balder, ignorant sa question. Sache qu’à partir de maintenant, Asgard est défendue par les cinq Guerriers Divins, et tant qu’il en sera ainsi, aucun envahisseur ne pourra nous soumettre. »

Puis tournant le dos à l’émissaire de Helheim, il lui dit encore :

« Pars transmettre ce message à ton roi, et ne reparais plus jamais ici. »

Mais le général, remis de sa surprise, se redressa et empoigna une hache à deux mains, clamant :

« De quel droit me donnes-tu des ordres ? J’ignore ce qu’il est arrivé à mes hommes, mais rien ne pourra te sauver de ma hache ! »

Il porta un coup en y mettant toute sa force, mais Balder bloqua la lame d’une seule main. Pire encore : celle-ci se fissura au contact de l’armure qui recouvrait la paume du fils d’Odin.

« Je pensais que tu avais compris la leçon, tant pis pour toi... »

Tenant toujours la hache, il tendit son autre main vers la poitrine du chef d’armée, et un souffle d’énergie rouge le projeta au loin. Lorsque son corps retomba à terre, la vie l’avait quitté.

Balder se tourna vers Asgard, dont il pouvait voir de là une immense statue en pleine construction. Il posa un genou à terre et prononça comme un serment :

« Odin, mon père, merci du pouvoir que tu nous as accordé et du rôle dont tu nous as institués. Je jure de toujours en être digne, et de transmettre ces valeurs aux générations futures, afin qu’aussi loin dans l’avenir, tu ne sois jamais offensé, car je sais que si c’était le cas, ta colère serait sans limites. »

***

Fin du vingtième siècle. Dans le nord de l’Europe, le royaume de Bluegrad affronte depuis l’aube des temps les éléments déchaînés dans un lieu inapte à la vie humaine. Pourtant, le peuple de cette cité n’a jamais quitté ses terres ancestrales, ayant toujours su faire face au vent polaire et à la neige perpétuelle.

Ce jour-là, les Bluegradiens avaient prouvé une nouvelle fois qu’ils étaient dignes de leurs ancêtres, dignes d’être les fiers habitants du royaume de glace. Ces derniers temps, les eaux des mers et des océans s’étaient soulevées en d’énormes vagues destructrices, semblant vouloir réitérer le déluge implacable compté dans les légendes. La ville avait été touchée, et de nombreuses maisons avaient été démolies par ces soudaines inondations : la cité était en péril. Heureusement, le nouveau maître des lieux avait assumé son rôle à la perfection, et grâce à lui Bluegrad avait été sauvée. Tous les habitants du royaume s’étaient associés pour la reconstruction, et après quelques semaines, la vie avait pu reprendre son cours normal. Oui, Alexei, le jeune roi, pouvait être fier.

Ce jour-là donc, en début d’après-midi, tous les habitants, grands et petits, jeunes et vieux, hommes et femmes, étaient réunis dans la plus grande salle du palais, où un banquet avait été organisé pour célébrer la fin des grands travaux. Trois longues tables avaient été dressées au milieu de la pièce afin de recevoir tous les concitoyens, et depuis plusieurs heures, ce n’étaient que victuailles, musiques et jeux.

Tout le monde profitait de la fête et partageait sa bonne humeur dans un brouhaha des plus complets, lorsque les voix commencèrent à se faire chuchotantes et que le bruit diminua peu à peu. Tous les regards se dirigèrent vers Alexei : le peuple réclamait de son chef qu’il prononça un discours. Alors le jeune roi se leva et remercia chaleureusement chaque personne des efforts qui avaient été fournis, et obtint en réponse une averse de clameurs et d’applaudissements.

En cet instant, tout le monde à Bluegrad était au summum de l’allégresse. Tout le monde sauf une personne, qui était pourtant au centre des réjouissances. Alexei était effectivement incapable de se laisser porter par l’effervescence générale. Seule Natacha, sa sœur, en avait conscience. Elle voyait bien que s’il s’était adressé avec emphase à ses sujets tout en affichant un sourire apaisant, c’était uniquement pour ne pas gâcher leur plaisir, mais qu’il portait toujours en lui cette mélancolie qui ne l’avait pas quitté depuis ce jour tragique où il avait été victime de ses démons. Emporté par la soif de pouvoir, il avait tué son père, ce qui avait entraîné la détresse de sa sœur, qui s’était laissé mourir, et elle n’en avait réchappé que de très peu. Depuis cette date, le grand frère avait radicalement changé de comportement afin de ne plus jamais faire souffrir sa sœur.

Tandis que la fête continuait de battre son plein, Alexei sortit de table sans que personne ne s’en aperçoive et se dirigea vers la sortie. Natacha se leva à son tour et l’intercepta juste devant la porte. Elle tenta de le retenir par des paroles douces, mais en vain. Il sortit.

Dehors, le temps n’était pas meilleur que d’habitude ; le vent glacial soufflait à en briser les pierres et une fine neige tombait doucement du ciel, emportée dans toutes les directions par les courants d’air. Alexei portait seulement un pantalon noir en tissu épais et un blouson de fourrure court accompagné d’une capuche qui cachait ses cheveux blonds. Un homme ordinaire ne s’aventurerait pas dans un tel climat sans être mieux vêtu, mais lui s’était suffisamment entraîné par le passé à ignorer le froid pour ne pas être dérangé.

D’ailleurs, les autres habitants de Bluegrad, même s’ils n’avaient pas la résistance des Blue Warriors, étaient habitués à vivre avec ce froid et ne le craignaient donc plus. En revanche, ce qui les terrorisait, c’était la mer, cet élément informe, parfois calme, parfois déchaîné, mais toujours menaçant. Ils redoutaient que celle-ci n’emporte à nouveau des maisons, ou même toute la cité. Mais Alexei avait rassuré son peuple à ce sujet. En effet, après la fin des raz-de-marée, il était entré en contact avec le Sanctuaire pour en apprendre davantage au sujet de ce phénomène qu’il savait ne pas être naturel. Hyôga l’avait alors informé que ce déluge était l’œuvre de Poséidon, l’impitoyable dieu des océans. Plusieurs Saints d’Athéna s’étaient alors rendus dans le Sanctuaire des Mers, où ils avaient vaincu les sept Généraux Mariners et enfermé l’esprit du dieu dans une urne inviolable.

Plus aucune menace n’était à craindre, et c’était là la seule satisfaction d’Alexei. Son peuple méritait la paix et la sécurité.

Mais lui ? Sa sœur lui avait donné une seconde chance, mais la méritait-il ?

Tandis qu’il se torturait avec ces idées noires, Alexei aperçu au loin une forme qui disparut la seconde d’après. Malgré la neige et le vent, il était persuadé d’avoir vu une silhouette humaine qui flottait à mi-chemin entre la terre et le ciel.

La forme réapparut. Entraîné par la curiosité, il s’élança à sa poursuite.

Il parvint à s’en rapprocher, mais elle continuait de s’éloigner. Il put cependant la voir plus distinctement tout en la suivant : c’était bien une silhouette humaine, une femme plus précisément. Vêtue d’une armure légère d’un style ancien et tenant une lance dans la main droite, elle avait une peau grise aux contours mal définis, comme si sa chair était faite de brume. Elle était dotée de deux ailes de plumes noires qui battaient énergiquement pour la porter à travers les nuées. Son visage, bien que difficilement visible à cette distance, était presque effacé, comme une page vide, dénué de toute humanité.

« Une Valkyrie ? » pensa Alexei.

Partagé entre la fascination et l’angoisse, le jeune roi choisit de la suivre aussi longtemps qu’il le fallait. Il devait savoir jusqu’où elle irait.

Alexei traversa dans sa course effrénée d’interminables plaines gelées, mais bientôt le décor fut différent : les banquises laissèrent place à des steppes, et quelques forêts de pins apparaissaient ça et là. Toutefois, le climat était toujours trop rude pour permettre à des humains d’y vivre sereinement.

Après plusieurs heures de poursuite, Alexei stoppa brusquement sa marche, comme pétrifié par ce qui se découvrait à ses yeux : c’était une cité gigantesque, bien plus grande que Bluegrad, perchée au sommet d’un promontoire qui dominait tous les environs. Le seul accès était un chemin en pente menant directement à l’entrée principale, qu’il devait être facile de défendre en temps de guerre.

Au sommet de la ville était érigée une imposante statue représentant un guerrier tenant d’une main un bouclier léger et de l’autre une épée dont la lame était tournée vers le sol. Sa tête était couronnée d’un casque décoré de deux oiseaux dorés. Alexei comprit qu’il s’agissait d’Odin, qui protège, disait-on à Bluegrad, tous les territoires arctiques contre les forces du mal. Ce royaume ne pouvait être que la fameuse patrie du dieu nordique : Asgard.

En s’en rapprochant, Alexei fut figé de frayeur : la ville était entourée par une nuée de Valkyries qui planaient au-dessus des bâtiments comme autant d’oiseaux de mauvais augure.

***

A quelques kilomètres de là, au nord de la ville, un homme de légende reprenait vie.

Le vent froid et violent frappant son visage fut la première sensation qui lui permit de prendre conscience qu’il n’était plus mort. C’était un vent fort, trop fort. Il ouvrit les yeux qu’il avait laissés fermés depuis des jours, ou peut-être même des semaines, il n’aurait su le dire. Ce qu’il vit, il était loin de s’y attendre : il était en chute libre, à plusieurs milliers de mètres au-dessus du sol, le vent qui le giflait avec tant de force n’était que l’effet de sa propre chute.

L’homme était vêtu d’une armure sombre parée d’un joyau gris étincelant à la ceinture. Son casque représentait une tête de dragon, tout comme son épaulette droite. C’était un homme d’une grande beauté, aux yeux bleus comme le cristal et aux cheveux châtain clair.

En un éclair, Siegfried, le Guerrier Divin d’Alpha, comprit la situation : il venait d’être ressuscité exactement à l’endroit où il était mort.

« Odin, si c’est une plaisanterie, elle est de très mauvais goût ! »

Le God Warrior était certes invulnérable, et tomber de si haut ne le tuerait pas, mais il n’avait nullement l’envie d’essayer.

Alors qu’il ne lui restait qu’une centaine de mètres avant d’atteindre le sol, il aperçut une silhouette ailée venir jusqu’à lui et l’attraper au vol. Puis la femme à la peau de brume le déposa doucement au sol, et repartit aussi tôt. Siegfried se contenta de la regarder disparaître dans les cieux. Un sourire d’amusement aux lèvres, il prononça pour lui-même :

« Emporté par une Sirène, et ramené par une Valkyrie... »

Il regarda autour de lui : il se trouvait sur la banquise qui s’étendait à perte de vue derrière Asgard. En relevant la tête, il pouvait voir la cité dans les hauteurs. Hilda devait s’y trouver en ce moment même.

« Hilda... »

Et tandis qu’il s’interrogeait sur le sens de son retour, il entendit une voix derrière lui :

« Ainsi ne serais-je pas seul à avoir été ramené par les Valkyries ? »

Siegfried se retourna, immédiatement placé en position de combat tant cette voix était agressive et provocante. L’homme qui lui faisait face était grand et bien bâti, avec un regard d’acier et un sourire carnassier. Il portait une armure vert sombre dont le heaume affichait deux yeux rouges rappelant ceux d’un loup. Ce guerrier dégageait une puissance non négligeable, et il semblait prêt à s’en servir à la première occasion.

***

Alexei avait continué de suivre la Valkyrie à travers la ville. Il avait constaté en chemin que tous les gardes du royaume étaient endormis, comme victimes d’un mauvais sort. Cette poursuite avait mené le prince de Bluegrad tout en haut de la cité, où la femme ailée avait soudainement plongé dans le précipice au pied de la statue d’Odin.

Alexei attendit plusieurs minutes, guettant le moindre signe de vie, mais sans résultat. Il approcha du trou et scruta le fond. Lorsque son regard s’habitua à l’obscurité de ces profondeurs, il distingua vaguement la forme d’un corps.

N’hésitant pas une seconde, il descendit jusqu’en bas de la falaise en s’agrippant à la paroi. Après cette séance d’escalade, il constata qu’il s’agissait d’un homme. Alexei ne sentait ni de pouls, ni de battements de cœur, mais tout le corps dégageait de la chaleur, et il n’y avait aucune blessure apparente.

L’homme devait avoir dans les quarante ans. Il avait des cheveux gris et courts et portait une armure violet sombre recouvrant tout son corps à l’exception de sa tête. Il portait également une épée à la hanche et une large cape rouge entourait ses épaules.

Alexei le plaça sur son dos et remonta non sans difficultés jusqu’en dehors du précipice. Enfin à l’air libre, il déposa le corps à terre, mais celui-ci était toujours sans mouvement. Il tenta de réveiller le mystérieux individu en exerçant des pressions sur sa poitrine, ce qui eut pour effet de le ramener à la conscience. Il inspira dans un grand râle tout en relevant le buste, et porta immédiatement sa main à son cœur, comme s’il y ressentait une profonde douleur.

Puis il parla d’une voix qui venait difficilement :

« La neige sur mon visage... est-ce réel ? Suis-je en vie ? »

Puis prenant conscience de la présence d’Alexei à ses côtés, il se releva avec prestance, son visage n’affichant plus la moindre surprise. Cet homme était incroyablement grand : il dépassait Alexei d’au moins deux têtes.

Il regarda les traces laissées au sol par son « sauveur » lorsqu’il avait sorti son corps du précipice, et lui dit alors, le regard tourné vers la crevasse :

« Est-ce toi qui m’a extrait de ces profondeurs, jeune homme ?

- Ou... oui, répondit Alexei, qui tout prince et guerrier qu’il était, fut malgré tout impressionné.

- Je te remercie, ton geste était désintéressé et courageux. »

Puis tournant son regard vers lui :

« Je suis Derbal, chef des God Warriors, prêtre d’Odin et souverain d’Asgard. Et toi, qui es tu ?

- Mon nom est Alexei. Je viens d’une cité loin d’ici dans le Nord appelée Bluegrad. »

En entendant cela, le regard de Derbal changea.

« Bluegrad ? Alexei ? Serait-ce possible ? Tu serais... le fils de Piotr ?

- Comment ? Vous connaissez mon père ? s’exclama le jeune homme.

- Ca alors, tu es donc bien son fils ! J’aurais dû le deviner, tu lui ressembles beaucoup. Pour répondre à ta question, oui, je connais ton père. Autrefois, nous avons été alliés, et même très bons amis, certains nous prenaient même pour des frères, ajouta-t-il, amusé. Mais dis-moi, comment va-t-il ? Cela fait si longtemps que je ne l’ai pas vu. Les années ne l’ont-elles pas trop affaibli ? »

Cette question frappa Alexei comme un coup de poignard en plein cœur. Il hésita quelques instants sur la réponse à formuler, puis décida qu’il n’était pas nécessaire de lui en dire trop.

« Il... il est décédé il y a peu, il était très malade, dit-il, baissant le regard.

- Oh... je lui ai donc survécu... enfin, façon de parler, ajouta-t-il en portant la main à son cœur. En conséquence je ne parle pas à un prince, mais à un roi, n’est-ce pas ? »

Alexei lui répondit d’un hochement de tête mal assuré. Derbal continua :

« J’ignore ce qui t’a conduit jusqu’ici, mais je doute que ce soit le fruit du hasard. Je suis persuadé qu’il y a une raison à ma résurrection, Odin doit avoir besoin de moi et de mes guerriers, peut-être même qu’une guerre se prépare... Et je pense que toi aussi tu auras ton rôle à jouer ici. »

Alexei resta interdit, plus que jamais attentif aux paroles qui allaient suivre.

***

Lorsque l’homme au casque de loup découvrit le visage de Siegfried, il sembla surpris :

« Tiens, mais je te connais, ne serais-tu pas Siegfried, le jeune descendant du célèbre héros, dont la force passe pour être égale à celle des God Warriors ? Je me rappelle t’avoir vu parmi les soldats d’Asgard. Et aujourd’hui je te rencontre avec une armure sur le dos ? Qu’est-ce que cela veut dire ? »

Siegfried fut réellement interloqué par la remarque de l’homme, tant il semblait sincère.

« Je ne comprends rien à ce que tu dis, répliqua-t-il, non seulement car je ne te connais pas, mais en plus car je n’ai rien à envier aux God Warriors, en étant un moi-même. Je suis Siegfried de Dubhe, Guerrier Divin d’Alpha. »

L’homme face à lui resta figé un instant, comme s’il hésitait entre le rire et la colère. Il choisit de répondre, un sourire en coin :

« Guerrier d’Alpha ? Pff ! Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ? Je suis Loki, l’un des cinq God Warriors descendants d’Odin, et je n’ai jamais entendu parler d’un guerrier d’Alpha ! Non, ça sent l’imposture... De toute façon, tu n’as rien à faire à Asgard, et si Odin m’a ressuscité, c’est sans doute qu’il y a une menace à combattre, et pour le moment tu es la seule menace que je vois ici ! »

Siegfried dut se faire violence pour ne pas céder à l’envie de corriger ce présomptueux. De plus en plus intrigué par la situation, et notamment par l’évocation de ces "cinq God Warriors", il tenta d’en savoir davantage :

« Je ne suis pas un ennemi d’Asgard, et j’aimerais comprendre ce qu’il se passe. Pour ma part, je n’ai jamais connu que sept God Warriors, et je n’ai jamais vu ton armure.

- Et moi, je crois plutôt que tu es un menteur, il n’y a jamais eu qu’un seul ordre de God Warriors, et ta seule intrusion ici avec cette protection sur le dos est une déclaration de guerre. J’ignore pourquoi les Valkyries t’ont amené ici, mais je vais réparer cette erreur dans ton sang !

- Non, attends ! Je...

- Shûgeki Gunrôken ! »

Le corps de Loki prit la forme d’un loup de lumière qui se jeta griffes et crocs en avant vers Siegfried. Mais le héros légendaire ne broncha pas et laissa l’attaque l’atteindre de plein fouet, ce qui fut sans effet. En réponse, Siegfried contracta ses muscles et fit exploser son cosmos, repoussant Loki quelques mètres en arrière.

Le guerrier d’Alpha s’élança le poing en avant, mais le guerrier loup le bloqua d’une seule main et lui attrapa tout le bras pour le projeter au loin. Siegfried s’écrasa sur la glace de la banquise.

Il ne mit pas longtemps à se relever, mais son visage affichait une réelle surprise.

« Je suis impressionné par ta force et ta témérité, Loki. Même en découvrant mon invincibilité, tu ne t’es pas laissé troubler.

- Et tu n’as encore rien vu ! Odin Tempest !

- Odin Sword ! »

Des deux mains jointes de Loki jaillit un souffle d’énergie strié de rouge, tandis qu’un rayon blanc fin comme une lame partit du doigt de Siegfried. Les deux attaques se rencontrèrent à mi-distance, provoquant des éclats de lumière et des ondes de choc retentissantes. Le faisceau de l’épée d’Odin traversa le souffle de Loki et dessina un cercle au sol, tout autour du guerrier, tandis que la tempête d’Odin atteignait le corps de Siegfried. Mais là où Loki fut emporté par une explosion d’énergie et de fragments de glace jaillissant du sol, le guerrier d’Alpha, quant à lui, ne fut pas affecté le moins du monde par le vent qui le frappait.

Les énergies finirent de résonner, et l’homme invincible se tenait debout, imperturbable, face à son adversaire qui retombait lourdement sur le sol. Mais Loki se releva aussi rapidement que son opposant avant lui, toujours combatif, et peut-être plus encore : il ressemblait à une bête sauvage dont la férocité s’était accrue à l’odeur du sang.

« Souhaites-tu toujours poursuivre ce combat, lui lança Siegfried, ou préfères-tu que l’on reprenne notre discussion où nous l’avions laissée ? »

Mais Loki sourit avec un ravissement qui ne s’accordait guère avec la situation. Il répondit :

« Je crois, répondit-il, que nous allons tenter notre chance encore une fois...

- Nous ? » répéta Siegfried, sans comprendre.

Il tourna la tête, et ce qu’il vit répondit à son interrogation : trois guerriers venaient d’apparaître derrière lui. Loki clama :

« Rung, Ull et Midgard ! Je ne vous attendais plus ! »

Siegfried était désormais encerclé par quatre adversaires.

***

Derbal continua :

« Tu sais Alexei, je connais très bien Bluegrad, je sais même ses petits secrets. Autrefois, la cité s’appelait Niflheim, et elle fut en guerre contre Asgard, avant qu’elle ne reçoive elle-même la protection d’Odin, signant ainsi une paix éternelle entre les deux royaumes. Pour sceller ce pacte, Odin avait fait don à Bluegrad d’un présent unique : des armures, assez semblables aux nôtres, que seuls des guerriers exemplaires pouvaient revêtir. Ces hommes recevaient alors le titre de Blue Warriors. »

Il laissa s’écouler quelques secondes avant de reprendre :

« J’ai néanmoins une question : les Blue Warriors sont-ils actuellement en activité à Bluegrad ?

- Oui, répondit Alexei, surpris par l’étendue des connaissances de Derbal. J’en suis même le chef. Mais je suis venu ici seul et sans mon armure.

- Je m’en doutais... » dit-il pour lui-même. Puis s’adressant à son interlocuteur :

« Alexei, toi qui es à la tête des Blue Warriors ; afin d’affronter la menace qui se prépare, Asgard va avoir besoin de toutes les forces disponibles. Dans le passé, Piotr et moi avons plusieurs fois combattu ensemble. Aujourd’hui, je te propose de renouveler l’alliance qu’avait contractée ton père. Accepterais-tu ?

Face à l’air perplexe d’Alexei, il ajouta :

« Je m’excuse, jeune roi, j’aimerais pouvoir te laisser plus de temps pour prendre ta décision, mais je ressens que des combats ont lieu en ce moment même à proximité, j’ai donc besoin de ta réponse maintenant. »

Alexei était sous le choc. Il y a quelques heures, il se demandait encore s’il était réellement digne d’être le roi de Bluegrad, et maintenant il devait faire un choix qui pouvait radicalement changer son existence.

Derbal, en plus d’avoir été un ami de son père, présentait toutes les qualités d’un vrai souverain, plus que lui-même n’en serai jamais capable. Et puis, il avait raison : sa venue ici devait bien avoir un sens. Aussi prit-il sa décision.

« J’accepte, seigneur Derbal.

- Bien, agenouille-toi. » lui dit-il sur un ton à la fois paternel et autoritaire.

Alexei s’exécuta sans même hésiter, et Derbal sortit son épée du fourreau. Il posa le plat de la lame sur la tête du prince et prononça solennellement les paroles suivantes :

« Moi, Derbal, descendant direct d’Odin et grand maître d’Asgard, nomme Alexei et les Blue Warriors alliés des God Warriors contre l’adversité. »

Puis il plaça la lame sur son poignet et trancha légèrement son armure et sa chair. Quelques gouttes de sang tâchèrent le sol gelé. Il poursuivit :

« Et par ce sang, je renouvelle le pacte d’alliance entre Asgard et Bluegrad. Que nos forces respectives s’associent, et que nos ennemis communs soient anéantis ! »

Il rentra alors l’épée dans son fourreau et se retourna. Dos tourné, il s’adressa une dernière fois au Blue Warrior :

« A présent va ! Retourne à Bluegrad rallier tes guerriers et récupérer ton armure, puis rejoins-nous au plus vite, la guerre a peut-être déjà commencé. »

Sans dire un mot, Alexei se releva. Il fit volte-face et partit en courant.

Alors qu’il s’était éloigné d’une vingtaine de mètres, il sentit un besoin irrésistible de se retourner. Son regard se porta à nouveau sur Derbal, dont il distinguait parfaitement chaque trait malgré la distance.

« Cet homme, pensa-t-il, il me rappelle quelqu’un... quelqu’un que j’ai bien connu, très bien même, mais qui ? »

Il s’immobilisa ainsi quelques instants, concentré sur cette personne qui évoquait tant de mystères en lui, puis il reprit sa route, plus vite encore qu’auparavant.

***

Le premier des trois compagnons de Loki était un homme grand comme une montagne, et si lourd qu’on aurait cru que chacun de ses pas ferait s’écrouler la banquise. Il avait une barbe grise broussailleuse et une peau très sombre. L’armure qu’il portait était bleu indigo, et son casque était surmonté de deux pointes semblables à des cornes.

« Veux-tu que je lui règle son compte ? dit-il en détachant de sa ceinture deux armes étranges qui ressemblaient fortement à des boomerangs. Il ne pourra rien contre la puissance de mes Mjollnir Hammer !

- Non, laisse-moi plutôt m’en occuper ! le coupa le deuxième homme. Un seul coup de mon Epée Ardente suffira à le tuer ! »

Celui-ci avait une apparence qui contrastait radicalement avec celle du géant. Il n’était pas bien grand et assez mince, mais il n’en avait pas moins l’aspect d’un guerrier redoutable, et son regard perçant suffisait à révéler le plaisir qu’il pouvait prendre à combattre. Il était d’un âge difficilement déterminable et avait les cheveux blond très clair. Son armure indigo était légèrement plus claire que celle de l’homme aux boomerangs, et elle était accompagnée d’une cape de fourrure grise. Il tenait à la main droite une épée à double tranchant très fine, dont il faisait glisser la pointe sur la glace du sol tout en marchant.

Siegfried porta son regard sur le troisième arrivant qui approchait lentement, sans dire un mot. Il portait une armure assez différente de celles de ses frères d’armes : de couleur orange, elle était composée d’une multitude de pièces articulées comme les écailles d’un serpent. Le guerrier était affublé d’un casque à visière et d’un masque blanc qui ne laissait que les yeux découverts, toutefois Siegfried ne parvenait pas à les voir. Enfin, une épaisse cape de fourrure jaune était accrochée à son col par un cordon.

Ull fut le premier à attaquer. En un battement de cil, son épée avait tranché l’air en direction de Siegfried. Dans un mouvement qui tenait plus du réflexe que de la technique, ce dernier esquiva le rayon semblable à une lame. Ne lui laissant pas une seconde de répit, deux larges boomerangs venaient vers lui en une trajectoire imprévisible, et rien ne semblait pouvoir les arrêter. Alors Siegfried plaça ses bras en avant pour se protéger, son invulnérabilité ferait le reste. Le choc avec les armes volantes fut terrible et le repoussa au sol plusieurs mètres en arrière. Et alors qu’il se relevait, il ne vit pas l’adversaire qui s’était placé juste derrière lui, et à peine prit-il conscience de sa présence qu’il reçut un coup de poing dans le dos, près de l’emplacement du cœur. Il retomba à terre, et en se retournant il découvrit celui qui venait de l’atteindre : le guerrier à l’armure orange.

« Je ne comprends pas, pensa Siegfried, je n’ai pas ressenti sa présence alors qu’il était à quelques centimètres de moi. De plus, il a porté son coup juste à côté de mon seul point vulnérable, j’espère simplement que c’était un hasard. Quoiqu’il en soit, ces adversaires représentent un réel danger pour moi, alors je vais en finir au plus vite. »

Le voyant ainsi à terre, Rung cogna ses deux boomerangs l’un contre l’autre avant de les lancer. C’est le moment que choisit Siegfried pour contre-attaquer : il se releva comme l’éclair et fondit vers le géant, se faufila entre les deux boomerangs et asséna au barbare un coup de pied à la tête qui le fit s’écrouler.

Midgard était déjà sur lui, mais cette fois Siegfried avait prévu la manœuvre et il esquiva le coup, laissant son adversaire finir sa course contre un glacier. Cependant il n’eut pas le temps de l’attaquer à son tour : Loki et Ull fonçaient sur lui de concert. Le guerrier à l’Epée Ardente frappa, mais Siegfried se contenta de parer la lame avec son bras qui encaissa le choc sans problème. Il attrapa alors Ull par les deux bras et le jeta sur Loki. Les deux guerriers roulèrent sur la banquise.

Et tandis qu’il se réjouissait de sa victoire, Siegfried entendit un inquiétant sifflement parvenir à ses oreilles : les boomerangs lancés par Rung au début de l’assaut n’avaient pas fini leur danse volante, et ils arrivaient maintenant juste devant lui, prêts à l’atteindre en pleine poitrine.

Mais le guerrier d’Alpha fut arraché de la trajectoire par un nouvel arrivant, laissant les boomerangs creuser une énorme faille dans le sol. L’auteur de cette intervention était un guerrier vêtu d’une armure sombre et d’une cape rouge. Ses ongles allongés et son casque pourvu de longues dents lui conféraient l’aspect d’un fauve.

« Syd ! cria le guerrier d’Alpha, à la fois surpris de revoir son camarade en vie et rassuré d’avoir un allié dans cette bataille.

- Eh bien, Siegfried, tu voulais garder tout le gâteau pour toi, sans en laisser une seule part pour les autres ? »

Leur discussion n’alla pas plus loin, car déjà leurs quatre opposants les encerclaient à nouveau. Les guerriers d’Alpha et de Zéta se placèrent dos à dos.

« Leur chef est cet homme en armure verte, chuchota Siegfried, mais il faut aussi se méfier des armes des deux autres. Quant au dernier, j’aurais bien du mal à t’apprendre quoique ce soit à son sujet, je n’ai jamais rencontré un homme aussi insondable.

- Nous ferons avec... »

Loki avança d’un pas et s’adressa à ses hommes :

« Rung, Ull, Midgard ! Je sens que d’autres guerriers approchent. Débarrassons-nous de ces deux-là en les attaquant tous ensemble ! »

Les trois acquiescèrent, puis tous se jetèrent sur Siegfried et Syd. Cependant aucun ne put les approcher : les deux guerriers étaient soudain entourés par une trombe qui tournait autour d’eux comme pour les protéger. Les assaillants reculèrent tous, et une voix grave et tonitruante résonna :

« En attaquant les Guerriers Divins, c’est à Asgard tout entier que vous déclarez la guerre, et donc à moi-même, Thor de Phecda ! »

Cet homme était d’une taille équivalente à celle de Rung, mais il était plus filiforme et moins trapu. Il disposait d’une armure sombre teintée de violet et de vert, et son casque évoquait la tête d’un serpent.

A son arrivée, la tornade qui avaient repoussé les attaquants se dirigea vers lui et disparut au contact de ses mains : il s’agissait de deux énormes haches à doubles lames qui, tournoyant avec force dans l’air, avaient formé un tel tourbillon.

Tous les belligérants présents s’apprêtèrent à passer à l’offensive lorsqu’un étrange phénomène se produisit : toute la banquise se mit à se tordre sous leurs pieds comme si elle était douée de vie. Pensant être victimes d’une illusion, ils s’immobilisèrent tous, lorsqu’une voix hautaine et nasillarde fit écho :

« Hé hé hé ! Vos déballages de puissance sans finesse ni stratégie ne valent pas mieux que des chamailleries de gamins ! Alors si vous souhaitez apprendre à vous servir de votre tête plutôt que de vos poings, faites appel à moi, Albérich de Megrez ! »

Sur ces derniers mots, l’origine de la voix se précisa : cela venait d’en haut. Tout le monde leva la tête et vit un homme arriver au milieu du champ de bataille et rejoindre ses compagnons d’armes.

Il avait un regard plein de malice, et l’un de ses yeux était caché par une mèche de cheveux roses. Son armure semblait faite de cristal et brillait de reflets verts. A sa ceinture, il portait le même saphir que ses frères d’armes. Il était armé d’une épée constituée d’un cristal mauve. Siegfried, Thor et Syd l’accueillirent avec soulagement, même si le visage du guerrier d’Alpha cachait mal une certaine inquiétude.

Loki, loin d’être décontenancé, prit position en première ligne et pointa du doigt ses ennemis :

« J’avais bien senti que trois guerriers approchaient, alors maintenant que vous êtes tous là, nous allons pouvoir en finir !

- D’ailleurs, dit Siegfried à voix basse en s’adressant à ses acolytes, je ne ressens pas le cosmos de Fenrir, Mime et Hagen. J’espère qu’ils... qu’ils seront bientôt des nôtres. En attendant, nous allons devoir combattre sans eux.

- Pff ! Et alors ? opina Albérich. A quatre contre quatre, c’est la situation idéale pour livrer une belle bataille ! Moi j’ai déjà choisi mon adversaire, ajouta-t-il en serrant son épée de cristal, le regard rivé sur Ull, et je suis sûr qu’il en est de même pour chacun d’entre vous. Alors attaquons dès maintenant, car eux ne s’en priveront pas...

- Que le combat commence ! » confirma Siegfried.

Et les deux factions chargèrent telles deux armées sur un champ de bataille.

***

Alexei s’était déjà éloigné d’Asgard de plusieurs kilomètres, la cité étant encore légèrement visible à l’horizon, lorsqu’il vit venir en sens inverse un petit groupe d’hommes. Trois exactement. Ils portaient des tuniques recouvrant leurs corps à l’exception de la tête. Tous les trois avaient les cheveux roux, et leurs traits étaient si similaires qu’on aurait dit des frères. Alexei reconnut immédiatement les Blue Warriors, et sa surprise de les voir ici n’en fut que plus grande.

« Ivan, Dmitri, Aliocha ! Mais... comment êtes-vous parvenus jusqu’ici ? Nous sommes au milieu de nulle part ! »

Ivan, le premier, répondit :

« Environ une demi-heure après que tu aies quitté le banquet, ta sœur, inquiète de ne pas te voir revenir, nous a demandé d’aller te retrouver. Ne te voyant nulle part dans la ville, nous t’avons pisté, et nous voilà !

- Pff ! Cela ne devrait pas m’étonner, répondit Alexei, mi-amusé. Vous seriez capables de retrouver une souris perdue en Sibérie rien qu’avec ses traces de pas ! J’apprécie votre venue, mais nous devons retourner à Bluegrad, je dois y récupérer une chose importante.

- Ne serait-ce pas ceci ? » intervint Aliocha, un sourire aux lèvres, en retirant de son dos un ballot entouré de toile et de cordes et en le déposant à terre. Il tira d’un coup sec sur l’un des liens, et le bagage s’ouvrit de lui-même.

Le contenu se dévoila : c’était un assemblage de plusieurs pièces d’armure faites d’un métal blanc aux reflets bleus.

« Ma Blue Robe ! s’exclama Alexei.

- Ne sachant pas où tu étais, on a préféré prendre nos précautions. » lui dit Ivan en arrachant sa tunique qui recouvrait une armure légère brillant d’un éclat bleu. Dmitri et Aliocha firent de même, dévoilant des armures identiques.

« Vous avez vraiment pensé à tout ! ajouta leur chef. Vous m’évitez un éprouvant aller-retour ! Maintenant que les Blue Warriors sont au complet, nous allons pouvoir retourner à Asgard ! »

En entendant cela, les trois hommes semblèrent interloqués. Voyant leur incompréhension, Alexei reprit :

« Suivez-moi, je vous expliquerai en route. »

***

Sur la banquise au nord d’Asgard, la bataille était à son comble entre les Guerriers Divins. La confrontation des cosmos produisait éclairs et ondes de choc, tandis que des rayons de lumière éclairaient le ciel orageux, au point de rivaliser avec les légendaires aurores boréales.

Albérich, tout d’abord, combattait Ull, qu’il attaquait à coups d’épée répétés, mais le frère d’armes de Loki parait toutes les offensives avec sa propre arme. Il observait attentivement son ennemi tout en bloquant ses assauts, et lorsque l’angle le lui permit, il attaqua à son tour. Sa lame fendit l’air à une telle vitesse qu’un rayon tranchant partir vers Albérich. Celui-ci abaissa brusquement son épée pour la cogner contre le sol, ce qui déclencha une explosion de flammes et annula l’effet de l’attaque adverse.

« Ta lame est peut-être capable de couper la matière à distance, dit Albérich, mais mon Epée Ardente peut générer des flammes suffisamment puissantes pour repousser tes attaques ! Et tu vas bientôt découvrir les atroces brûlures qu’elle peut infliger à ton corps !

- Pff ! Tu as eu de la chance ! Apprend que mon Epée Ardente, la seule et l’unique, porte ce nom car elle est capable de lutter même contre le feu, et elle te tranchera les membres avant la fin de ce combat ! »

Puis Ull et Albérich repartirent à l’assaut, dévoilant chacun des talents d’épéiste hors pair.

Thor et Rung, quant à eux, avaient laissé leurs armes de côté pour s’empoigner violemment, mais ils rivalisaient de force et d’opiniâtreté. A chaque fois que l’un parvenait à prendre le dessus, l’autre rétablissait l’équilibre à la force de ses bras, jusqu’à ce que l’un des deux faiblisse à nouveau. Ainsi restaient-ils à s’affronter, presque immobiles, comme deux taureaux dont les cornes se seraient emmêlées.

Syd, face à Midgard, ne savait que penser de son adversaire. Aucune énergie, aucun cosmos, aucune vie ne se dégageait de lui. Etait-il seulement humain ? Il tenta de le faire parler.

« Je suis Syd de Mizar, Guerrier Divin de Zéta. Et toi, quel est ton nom ?

- Et toi, quel est ton nom ? » répondit Midgard, avec la même intonation que Syd et, plus étrange encore, avec une voix presque identique, pour ne pas dire la même. Le guerrier de Zéta avait de plus en plus la sensation d’être face à une ombre. Mais quelle que soit sa nature, il ne pourrait pas résister bien longtemps à ses coups.

Les ongles du Tigre Viking s’allongèrent à vue d’œil jusqu’à atteindre la taille de véritables couteaux, et, ainsi armé, il sauta avec l’agilité d’un félin vers Midgard en lui portant un coup de griffes. Mais le guerrier masqué s’était déjà déplacé derrière Syd. Toujours avec le même ton, il lui répéta :

« Et toi, quel est ton nom ? »

Syd fit volte-face et porta un coup avec ses deux mains, mais ne frappa que le vide. Il avait la sensation d’affronter un courant d’air. L’homme masqué sembla s’en apercevoir, et il choisit ce moment pour passer à l’attaque, mais ce fut à son tour de ne frapper que le vent, car Syd avait lui aussi esquivé.

« Tu es peut-être un fantôme, déclara le guerrier de Zéta, mais si toi non plus tu ne parviens pas à m’atteindre, je n’ai aucune raison d’avoir peur de toi ! Je finirai bien par te toucher, toute ombre que tu es, et à ce moment c’est la mort que tu connaîtras ! »

Seuls Loki et Siegfried, à nouveau face à face, ne livraient pas bataille. Ils se fixaient du regard comme deux ennemis éternels, leurs cosmos respectifs s’enflammant doucement, et il aurait été difficile de déterminer lequel dégageait le plus d’énergie.

D’un moment à l’autre, l’un des deux allait porter une attaque avec toute la force de son cosmos, et l’autre répliquerait avec tout autant de puissance.

Après quelques minutes qui semblèrent une éternité, Siegfried esquissa un mouvement d’attaque : il remonta ses deux poings contre ses flancs tout en gonflant son thorax, tandis que son aura matérialisait l’image d’un dragon bicéphale hurlant. Loki concentra une énergie rougeoyante entre ses mains, et celle-ci était sur le point de jaillir lorsque...

« Arrêtez tous ! » cria une voix incroyablement autoritaire.

Et Siegfried, tout comme Loki, interrompit son attaque. Tout le monde s’était immobilisé et avait tourné la tête vers l’homme qui venait de s’imposer en une seule phrase : Derbal.

« Que se passe-t-il ici ? dit-il.

- Maître ! cria Loki. Je désespérais de vous revoir ! »

En un bond, il se retrouva aux côtés de son chef, et Ull, Midgard et Rung en firent de même.

Loki continua :

« Maintenant que notre maître Derbal, le prêtre d’Odin, est revenu, vous n’avez plus aucune chance contre nous !

- Le prêtre d’Odin ? s’exclamèrent d’une seule voix les serviteurs d’Hilda.

- Parfaitement, enchaîna Derbal. Je suis le maître tout puissant d’Asgard. J’ai été choisi par Odin pour être son représentant sur terre, et ces hommes qui m’entourent sont les God Warriors qui m’épaulent dans le commandement et la défense de la cité ! Et vous, qui êtes-vous ?

- Tu te moques de nous ? lui répondit Syd. Jusqu’à preuve du contraire, les God Warriors, c’est nous ! Et trois des nôtres nous rejoindrons bientôt pour former l’ordre des sept guerriers protégés par les étoiles de la Grande Ourse. »

Loki resta interdit. « Tiens, lui aussi il tient ce discours ? » pensa-t-il. Alors il chuchota à son maître :

« Derbal, c’est le deuxième qui défend de tels propos, et je dois vous avouer que je suis intrigué. Peut-être sont-ils vraiment des combattants d’Asgard, même si je ne parviens pas à m’expliquer comment. Si c’est le cas, il faudrait parvenir à les rallier afin qu’ils soient nos serviteurs.

- Hum... tu as sans doute raison Loki. En tout cas, ils ne semblent pas être au service de Helheim ou de l’un des autres royaumes de l’Alliance. »

Il se plongea dans une intense réflexion, et après quelques instants, il reprit la parole :

« Guerriers Divins, puisque vous vous présentez comme tels, apprenez que c’est Odin qui, il y a des siècles, offrit les cinq armures que vous voyez à ses cinq fils pour qu’ils défendent Asgard sur les cinq fronts : au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest, et sous terre. Sur chacun de ces fronts un royaume ennemi nous faisait la guerre. Nous-mêmes sommes les descendants des cinq fils d’Odin. Par conséquent, le sang divin du seigneur d’Asgard coule dans nos veines ! »

Ces révélations eurent l’effet d’une décharge sur Siegfried et ses compagnons. Cette histoire ne pouvait coexister avec la leur, mais ce prêtre guerrier avait parlé avec tant de conviction que le doute les tiraillait. Seul Albérich semblait amusé par la situation. Il clama comme une conclusion :

« D’un côté les Représentants de la Grande Ourse, et de l’autre les Gardiens des Fronts. Comme c’est curieux ! »

Derbal constata que le ciel s’obscurcissait. Il s’adressa à Siegfried et aux autres :

« La nuit commence à tomber, aussi serait-il vain de poursuivre cette discussion maintenant. Je pense que seul le peuple d’Asgard pourrait être capable de juger qui sont leurs défenseurs, je propose donc de laisser passer la nuit et de se retrouver demain aux aurores, devant l’entrée du royaume.

- Et pourquoi ne pas consulter les Asgardiens dès maintenant ? renchérit Albérich.

- Car personne ne serait en mesure de t’entendre, lui répondit Derbal. J’ignore pourquoi, mais tous les habitants de la cité sont plongés dans un profond sommeil que rien ne peut rompre. Je suppose que c’est lié à l’intervention des Valkyries.

- Il dit vrai, enchaîna Syd. Toutes les personnes que j’ai vues en sortant de la ville étaient endormies, comme frappées d’hypnose. »

Siegfried prit à part ses trois compagnons d’armes :

« Je pense que nous devrions accepter cet ajournement, la nuit nous laissera le temps de rechercher Hagen, Mime et Fenrir. Si nous devions combattre Derbal et ses hommes, j’aimerais autant que nous soyons au complet.

- Mais non ! coupa Albérich. Nous avons commencé un combat, nous devons le finir ! Tu as bien vu comment ils t’ont attaqué à quatre. Tu penses vraiment pouvoir traiter avec eux ?

- Il n’a pas tort, ajouta Syd. Je serais aussi d’avis de régler la question ici et maintenant, je n’ai aucune confiance en eux.

- Et toi, Thor, qu’en penses-tu ? lui demanda Siegfried.

- Je pense que si nous pouvons épargner une bataille à notre royaume, nous devons essayer. Nous avons suffisamment combattu dans l’erreur.

- Tout à fait, enchaîna immédiatement Siegfried, repensant au triste épisode de l’anneau. Ne nous précipitons pas dans une guerre que l’on pourrait éviter. »

Puis s’adressant aux Gardiens des Fronts :

« Nous sommes d’accord, mais à une condition : aucun d’entre nous tous, ni nous quatre, ni vous cinq, ne devrons entrer dans la ville avant que nous nous soyons tous retrouvés au petit matin.

- Nous acceptons cette condition ! répondit Derbal.

- Non ! cria avec violence Albérich, à la stupéfaction de ses frères d’armes, qui ne le connaissaient pas si impulsif. Il n’y aura pas de trêve avec ces imposteurs !

- Comment ? répondit Rung, hors de lui.

- Tu nous traites de menteurs ? » continua Ull en dégainant son épée.

Et tandis que la situation risquait d’exploser d’une seconde à l’autre, l’attention de Derbal se porta ailleurs. Il sentit une présence, non... une multitude de présences, tout autour d’eux.

« On nous observe ! Des êtres maléfiques nous épient dans l’ombre ! » pensa-t-il.

Il tenta de les situer, de les voir, de toucher du regard ces créatures mystérieuses, mais impossible. Et l’instant d’après, leurs présences n’étaient même plus perceptibles. Ils avaient disparu.

Une phrase d’Ull le ramena à la réalité :

« Vous n’êtes que de pitoyables avortons, et nous, descendants d’Odin, pouvons vous abattre en un clin d’oeil !

- C’est quand tu veux ! répliqua Syd en faisant sortir ses griffes. »

Derbal tendit les bras sur les côtés pour retenir ses hommes :

« Rung, Ull, calmez-vous ! Et ne m’obligez pas à me répéter ! »

Immédiatement, les deux hommes rangèrent leurs armes et reculèrent.

« Mais c’est qu’ils obéissent bien tes petits chiens, continua Albérich.

- Ca suffit ! lui lança Siegfried. Nous en resterons là.

- Mais tu ne comprends pas que l’affrontement est inévitable ? lui répondit le guerrier de Delta. Quoiqu’il arrive, la guerre éclatera. »

Soudain une voix étrangère lui fit écho :

« Non ! Que tu le veuilles ou non, il n’y aura pas de combat ce soir, à moins que vous ne souhaitiez combattre à quatre contre neuf ! »

Tous tournèrent la tête vers l’origine de la voix : c’était Alexei, portant son armure blanche aux reflets bleus, suivi de Dmitri, Aliocha et Ivan.

Derbal afficha un sourire de vainqueur en voyant les renforts arriver.

« Représentants de la Grande Ourse, je vous présente les Blue Warriors avec à leur tête Alexei, le roi de Bluegrad. Maintenant que les présentations sont faites, je crois qu’il est temps de se séparer pour la nuit. A moins que vous n’ayez autre chose à ajouter ? »

De longues secondes s’écoulèrent, puis Siegfried fit volte-face, tournant ainsi le dos à ses ennemis potentiels, et clama à l’attention de ses frères d’armes :

« Nous partons. »

Thor et Syd le suivirent, puis Albérich à son tour. Avant de disparaître, il observa le ciel et dit pour lui même :

« Mmm... une tempête se prépare... »

En face, les Gardiens des Fronts et les Blue Warriors tournèrent aux aussi les talons pour disparaître dans l’obscurité grandissante, laissant ce lieu aussi silencieux que la mort.

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