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Cette fiche vous est proposée par : SuiSeiKen


Dossier spécial films d'époque

« Ma vie appartient à Athéna,
j'accomplirai mon devoir jusqu'à la mort s'il le faut ! »
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« L’ardente Bataille des dieux » (La Guerre des dieux chez nous) est le deuxième film animé de la saga Saint Seiya à voir le jour. Il est diffusé à partir du 12 mars 1988 dans les grandes salles japonaises, toujours dans le cadre événementiel de la « Tôei Manga Matsuri » mais dans son édition printanière cette fois-ci. Les films l’accompagnant sont les suivants : « Bikkuriman », « Kamen Rider Black » et « Lady Lady !! » (Gwendoline en France). Son format sera strictement identique à celui de « La Maléfique déesse Eris » : moyen-métrage « double-épisode TV » d’une durée de 45 minutes, et introduit lui aussi par le générique « Pegasus Fantasy ». Le contexte de Saint Seiya lors de cette sortie ? Le public japonais découvre le jour même l’épisode 69 de la série (« Rose démoniaque ! Le parfum d’une mort douce » , dans lequel Shun affronte le gardien du dernier temple du Zodiaque, Aphrodite des Poissons. La grande bataille du Sanctuaire version animée arrive donc à son terme... tandis que Masami Kurumada ne commence qu’à peine son épopée « Poséidon », dont le premier chapitre est publié dans le Weekly Shônen Jump n°15 de 1988 paru le 7 mars de cette même année, soit moins d’une semaine avant l’arrivée de « L’ardente Bataille des dieux » au cinéma.




L’équipe technique de cette seconde production cinématographique est quelque peu remaniée. Ainsi, Takao Koyama, responsable de la structure scénaristique des 73 premiers épisodes, récupère sa place au niveau de l’écriture du script pour nous livrer une histoire sans temps mort et avec un rebondissement de taille qui marquera les esprits : la pseudo-trahison de Hyôga, qui se retourne l’espace d’un instant contre Athéna et ses compagnons d’armes ! Ce qui donne lieu à un duel particulièrement intense avec Shiryû, à l'issue duquel ils utilisent chacun leur plus puissante technique.




La mise en scène quant à elle est confiée à un jeune réalisateur méconnu à l’époque, Shigeyasu Yamauchi. Ce dernier avait déjà participé à quelques épisodes de la série, mais c’est son formidable travail sur l’épisode 30 (« Brûle ! Cosmos de l’amour » qui le fera rentrer dans les bonnes grâces des producteurs, qui choisiront alors de lui confier les rênes de ce second moyen-métrage. Talent qui se confirmera dans l'épisode 57 (« L'effroi du néant ! Shaka a ouvert les yeux » où les fans assisteront, ébahis, au supplice du Phénix face au chevalier de la Vierge. Pour beaucoup, il s’agissait là (et s'agit toujours) du meilleur épisode animé de Saint Seiya, toutes sagas confondues. En fait, les plus grandes qualités de Yamauchi (qualités qui feront que de nombreuses personnes admirent son travail sur Saint Seiya), sont d'une part cette alternance entre mise en scène contemplative « au ralenti » (insufflant un brin de poésie dans ce monde de brutes) et dynamique, d'autre part une potentialisation du graphisme et de l'animation du duo Shingo Araki et Michi Himeno (un peu comme l'avait fait, à sa manière à lui, le grand Osamu Dezaki dans « Versailles no bara » , accentuant ainsi chacune des caractéristiques de leur style, comme les postures mais aussi et surtout les fameuses déformations, exagérées, atteignant parfois des distorsions inhumaines, mais décuplant par là même l'intensité de l'action et l'émotion des personnages à travers leur visage difforme (la souffrance de Hyôga qui s'écroule sous son poids après avoir reçu de plein fouet la colère du Dragon de Shiryû . Yamauchi compare par ailleurs lui-même le rythme de ses réalisations à une trajectoire « incurvée », prenant donc son temps, tandis qu'il qualifiera (non moins respectueusement !) celles de Kôzô Morishita de trajectoire « directe », allant droit au but. L'une de ses mises en scènes préférées du film est celle où Dorbal se montre sous son grand jour à Saori, et pour laquelle il tenait à ce que la frêle (mais non moins digne) déesse Athéna se dresse face au prêtre d'Odin, à la taille ici volontairement démesurée. Intimidation, pression et domination sont les maîtres mots de cette opposition. Puis le contemplatif s'alliera au dynamisme lorsque Shun, à la recherche de Saori, « voit » celle-ci au gré de son ascension du palais, la caméra alternant habilement entre « élévation » et « chute » au cours de cette contemplation, ne laissant au final qu'un chevalier d'Andromède désespéré qui retombe sur ses pieds. Et ce n'est que le début, le moyen-métrage regorgeant de séquences intensément mises en scènes par le quatuor Yamauchi - Araki - Himeno - Yokoyama.




Mais « L’ardente Bataille des dieux » permet surtout à nos chevaliers d’évoluer dans un univers détaché de la mythologie grecque. C’était en effet le principal souhait du producteur Yoshifumi Hatano, qui désirait montrer la capacité de Saint Seiya à s’adapter à toute forme de mythologie à travers le monde. La toile de fond sera donc ici la mythologie germano-scandinave, mise sur pied à partir des légendes provenant des pays de l’Europe de l’Est, avec une histoire qui nous emmène dans le mythique royaume d’Asgard, citadelle sous la protection du dieu Odin. Les noms des personnages apparaissant dans ce film sortent eux aussi tout droit de cette mythologie nordique : Dorbal (anagramme de Baldr, fils d’Odin), Loki, Ullr, Rung (Hrungnir) dont les boomerangs lui reviennent directement dans la main, rappelant le marteau de Mjollnir du dieu Thor, et les jumeaux Freyja et Freyr.




Une influence qui se retrouve bien sûr au travers des décors mis en place par Tadao Kubota. Le chef décorateur signe là parmi ses plus belles créations artistiques de l’univers Saint Seiya, mêlant plaines gelées et forêts d'immenses sapins entourant une gigantesque structure féodale. On remarque pourtant que la neige n'y occupe pas, au final, une place prépondérante (contrairement à la mini-série dérivée du film, où le manteau blanc est omniprésent), le climat glacial de ces terres nordiques étant perceptible via la froideur émanant d'un ciel grisonnant et d'une nature décolorée, terne, blafarde. A ce titre, le contraste apporté dans les dernières minutes par l'Yggdrasil est tout bonnement édifiant ! S'élançant vers les cieux, les branches de l'Arbre Monde en percent le sombre voile qui prédominait jusqu'alors, faisant ainsi miroiter le soleil au travers des feuilles. Soleil dont la lumière redonne éclat à une végétation fadasse... et vie à un royaume tout entier.




Seiji Yokoyama peut quant à lui être encore une fois fier de son travail. Non content d’avoir à nouveau créé toute une série de thèmes spécialement pour le film, reflétant à la note près la mélancolie, la tristesse et le désespoir émanant du royaume d’Asgard (sans oublier bien sûr les traditionnels thèmes d'action chers à l'ambiance de la saga), le compositeur s’est à nouveau entouré de sa choriste préférée, Kazuko Kawashima, qui est cette fois-ci accompagnée des Choeurs masculins de Columbia (« Columbia Dansei Gasshôdan » , dont les puissantes voix résonnent comme les chants victorieux des conquérants nordiques, les Vikings. De nouvelles compositions tout sauf anodines qui, comme celles de « La Maléfique déesse Eris », seront réutilisées plus tard lors des combats les plus épiques de la saga. La liste est assez conséquente, je me contenterai donc de citer les plus marquantes : tout d'abord « Dorbal dévoile sa force », où les choeurs atteignent des sommets divins, en parfaite adéquation avec le duel Athéna - Poséidon ou encore l'ultime face-à-face Seiya - Rhadamanthe, au cours duquel le chevalier de Pégase parviendra à malmener le Juge d'Hadès à la puissance titanesque. Mais aussi « Epilogue - Aux pieds d’Yggdrasil », l’un des plus beaux de la saga, où la tristesse cède peu à peu sa place à l'espoir, sans doute choisi à ce titre pour accompagner les adieux poignants entre Dohko et Shion, mais surtout conclure l’adaptation animée du manga original avec le visage souriant de cinq héros (« dieux » ?) qui resteront dans les mémoires. Et « Hyôga et Ikki, le sens du sacrifice », moins lyrique et plus « rentre-dedans », évoquant le retournement de situation impromptu, la surprise, lorsque le prêtre Dorbal constate que le chevalier du Cygne n'est plus sous son emprise. On le réentendra à nouveau quand Shun « déchaînera les forces de son cosmos » face à un Sorrente déconcerté, ou encore au tout début du dernier épisode de la série, lorsque Seiya, Shiryû et Hyôga, tous trois revêtus d'une armure d'or, foudroient Poséidon de leurs plus terribles attaques. Enfin, impossible de ne pas mentionner le thème d'ouverture, « Prologue : légende nordique », qui est le préféré de Seiji Yokoyama sur ce film. Une intrigante montée en puissance sur fond de premier contact avec un non moins étrange royaume, et couplée à des choeurs masculins annonciateurs de l'imminente bataille divine.




A noter que ce film serait inspiré de la courte l’histoire « Natassia du pays des glaces », qu’on trouve à la toute fin du tome 13 du manga. Loin de moi l’idée de remettre en cause cette information en employant le conditionnel, mais il s’avère qu’elle n’a été prépubliée dans le Weekly Shônen Jump qu’une quinzaine de jours à tout casser avant la sortie cinéma de « L’ardente Bataille des dieux », dans un numéro qui dévoile également les croquis préparatoires de Kurumada. Alors évidemment, on ne pourra que constater que Freyja, Freyr et Dorbal sont les sosies respectifs de Natassia, Alexer (par ailleurs tous deux frères et soeurs) et leur père Piotr (Dorbal avec une barbe). Mais au final, que croire ? Cette histoire a-t-elle été dessinée bien avant sa publication par l'auteur pour inspirer le film en interne ? Ou n’est-ce qu’un récit destiné à l’accompagner ? Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il n’y a aucune trace de cette réputée inspiration dans le livret de la « Movie Box » japonaise, dévoilant dans les grandes lignes la production des films. La question reste donc ouverte... mais n'a évidemment pas lieu d'être dans le cas de la relation liant le film à cette mini-série dont je parlais plus haut. Car « L’ardente ataille des dieux » posera bien entendu les bases d'une saga animée inédite en manga, « L’anneau doré ». Cet arc de 26 épisodes, qu'on appelle tous plus couramment « Asgard », s’intercale entre les sagas « Sanctuaire » et « Poséidon » de la série TV pour permettre à l’auteur de prendre de l’avance sur son manga. Et bien que les films soient par nature considérés comme des univers parallèles, cette mini-série rend ce moyen-métrage chronologiquement inclassable, même avec une imagination débordante. Inclassable car même si Seiya mentionne à un moment donné les chevaliers d’Or (et non le Grand Pope qui est une invention de la version française), son univers est en tout point similaire avec cette série dérivée (normal puisqu’il l’a influencé . La contrée est identique, nous retrouvons le palais Walhalla et la gigantesque statue d’Odin (qui s’écroulera dans le final des deux univers), tandis que les personnages, eux, sont différents : la prêtresse Hilda de Polaris remplace le prêtre Dorbal dans la série, les guerriers Divins n’ont en commun que leur titre (même s’il y a eu une influence du film sur la série au niveau design et attaques), et enfin le personnage de Freyja, soeur de Freyr dans le film, soeur d’Hilda dans « L’anneau doré ». Notez par ailleurs que les traits du personnage de Hagen, guerrier Divin de Merak dans la série, devaient à l’origine se cacher sous le casque de Midgard, juste avant qu’il soit question de la potentielle traîtrise de Hyôga.




Pour conclure, de par le fait qu'il soit sorti en plein climax de la série TV et qu'il jouit du travail remarquable de la combinaison de rêve Yamauchi - Araki / Himeno - Yokoyama, « L’ardente Bataille des dieux » sera à nouveau un succès cinéma. On ne peut néanmoins pas en dire autant de sa série dérivée, qui marquera le point de départ de la chute de popularité de la série au Japon (alors que paradoxalement, elle rencontrera un immense succès chez nous). Peut-être parce que la dream-team de l’adaptation animée, cette « combinaison de rêve », travaillait au même moment et d’arrache-pied sur le nouveau volet cinéma qui devait coûte que coûte être prêt à l’été 1988 ?




« Les forces du mal ont été vaincues.
L'arbre de paix plonge ses racines dans la terre
et s'élance jusqu'au ciel pour nous réunir avec les dieux.

Puisse-t-il toujours régner dans notre cœur et fleurir dans notre âme... »



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